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Science Fiction et réalité : Ubik par Philip K.Dick

27 avril 2010

La science-fiction propose ce que pourrait être le futur, selon diverses échelles de temps.
Dans les futurs lointains (dans plusieurs milliers d’années), la science nous proposera très probablement de vivre sur d’autres planètes que notre Terre, et l’Homme sera sûrement en mesure de coloniser des galaxies. C’est pourquoi dans ce cadre-là, les romans de science-fiction nous font plonger dans un univers extraordinaire, où on rêverait de naître – dans dix mille ans, par exemple.
Dans les futurs proches (dans quelques dizaines d’années), la science nous proposera très probablement la vie toujours et uniquement sur notre Terre (la science n’aura pas encore assez progressé pour proposer les voyages sidéraux, ce qui est logique), mais le mode de vie ne sera certainement pas le même et l’Homme vivra dans un système économique sans doute différent : la société aura donc sûrement évolué, ainsi que les mentalités.

Après un premier article de science-fiction abordant un futur lointain avec Fondation d’Isaac Asimov, je vous propose maintenant un deuxième article de science-fiction abordant un futur plus proche : à quoi pourrait ressembler notre futur, dans vingt ans par exemple ?
Nous vivrons certainement encore sur la Terre, dans une atmosphère relativement similaire à celle d’aujourd’hui, toutefois accentuée par la recrudescence de nos propensions égoïstes, cupides et dépravées.

C’est ce que Philip K.Dick, auteur américain, nous propose avec son célèbre roman Ubik. Un futur proche édifié sur la hantise des humains assujettis par leurs propres créations techniques. Le temps rétrograde petit à petit, les morts convoitent nos vies, et un protagoniste qui poursuit les télépathes va entamer une étrange mission.

Philip Kindred Dick a aussi écrit d’autres grands romans tels que Total Recall et Blade Runner, tous les deux adaptés au cinéma.
Le roman Ubik est paru en 1969, pour des lecteurs des années 70, et le roman présente donc ce que pourrait être l’avenir dans les années 90.

Synopsis

Ubik paraît être un produit dont tout le monde ignore la nature exacte, mais que tous veulent posséder. Toutefois, en 1992, Ubik est encore au dessus de tout soupçon, et innombrables sont les personnes ayant des aptitudes parapsychiques. L’entreprise de Hollis emploie des individus possédant ce genre de capacités, qui, par l’attrait du gain, ne respectent pas la vie privée des gens. La firme de Runciter fait tout pour s’opposer à celle de Hollis et donc protéger les gens des télépathes. Les sociétés de Hollis et de Runciter constituent donc un véritable business. Néanmoins, l’entreprise de Runciter est en difficulté car elle n’arrive plus à repérer les employés de Ray Hollis. De ce fait, le directeur Glen Runciter sollicite l’avis de son épouse, qui est dans un état de semi-vie : elle est morte physiquement mais pas spirituellement, son âme est encore sur Terre pour discuter avec son mari. Joe Chip est un détective privé expert dans la chasse des individus coupables d’user leurs facultés psychiques pour perpétrer des forfaits. Il y a dans ces coupables des précogs qui ont l’aptitude de prévoir le futur. Joe Chip travaille chez Runciter et dilapide son argent périodiquement. Il fait la connaissance d’un individu, Pat, doté d’une faculté baroque. Plus tard, Runciter va faillir à son devoir, indiqué dans l’énorme contrat qu’il a eu. Puis Glen Runcinter, Joe et ses collaborateurs anti-psis subissent un guet-apens. Glen Runcinter ne s’en sort pas vivant. L’atmosphère se décline alors dans le temps : les objets régressent vers leur passé. Les compagnons de Joe disparaissent un à un. Des messages de Glen Runcinter sont mystérieusement réceptionnés par Joe et les autres rescapés. Il s’avère que Runcinter réside au moratorium dans un sarcophage cryogénique car il est désormais en semi-vie. Le temps a l’air de couler non plus vers l’avenir mais vers le passé, de 1992 à 1939.
Mais qu’est-ce qui leur arrive ? Subissent-ils une déformation temporelle de la réalité ?
L’espoir renaît grâce à Ubik, ce produit inconnu et ineffable… ce remède, cette panacée qui s’oppose à l’altération de la réalité et de soi.

Qui gouverne ?

Le capitalisme a pris le dessus, tout est dirigé par l’argent, le gouvernement étant assez souvent absent.
Ce sont les grandes entreprises qui ont le pouvoir.
Un ponte nommé Mick Stanton tente d’élaborer un système moderne de déplacement cosmique, afin de coloniser Mars.
Le chef de l’entreprise des « psis » est Ray Hollis. Cette société propose des mutants, moyennant une certaine somme d’argent, qui peuvent  épier leurs rivaux avec l’aide de leurs « aptitudes psioniques » : télépathes, précognitifs, etc.
En revanche, son rival Glen Runciter dirige des « anti-psis » qui ont l’aptitude inverse des psis : ils annulent leurs pouvoirs.
En conséquence, il y a ceux qui sont cupides et ne respectent pas votre vie privée : ils travaillent pour l’entreprise de Hollis. Et il y a ceux qui s’opposent à ces individus et vous défendent : ils travaillent pour la firme de Runciter.

L’économie

Tout ce qui vous entoure se monnaye : un logement, appelé un « conapt », est un lieu où vous devez payer toutes vos interactions avec les objets. En effet, ces derniers sont doués de parole et sont équipés d’un récipient pour recueillir les pièces de monnaie. En plus de votre loyer à payer, la porte, le percolateur, la télévision, la douche, etc… ne sont utilisables que si vous payez.
C’est en quelque sorte la loi absolue de la consommation. Et n’est-ce pas là même la conséquence de l’évolution de notre société actuelle qui ne repose que sur la consommation ?
La société s’est orientée dans son cheminement vers la totale consommation. Même si vous n’êtes pas d’accord avec le capitalisme, c’est ce système qui se déploie. On n’a pas le choix : on est prisonnier de ce système économique, et il faut donc s’y adapter pour survivre.
Ce qui est très probable, c’est que la vie en société va sur ce chemin, et on devra tous un jour s’y résigner de telle sorte que la pensée d’un autre système ne sera même plus concevable. Néanmoins, ce n’est autre que l’aboutissement de la dépravation de l’homme, et donc l’épilogue souhaité par tous au départ…

La porte refusa de s’ouvrir. Elle dit : « Cinq cents, s’il vous plaît. »

La régression du temps

La société de Mick Stanton propose un contrat à Runciter : enquêter et supprimer les précogs qui les espionnent sur la base lunaire de Mick Stanton.
Joe Chip, employé chez Runciter, et ses collègues de travail vont alors, dans le cadre de cette mission, tomber dans une embuscade – c’est une bombe qui a explosé : Joe et son équipe s’en sont échappés vivants, mais elle a provoqué le trépas de Runciter.
Joe et son groupe repartent ensuite sur Terre, et ils constatent que quelque chose n’est pas normal : le temps régresse. Alors qu’avant leur départ pour la lune, ils étaient en 1992, les voilà maintenant sur une ligne du temps qui avance à reculons vers 1939. Quant à savoir pourquoi, l’énigme reste entière.
Les compagnons de Joe périssent les uns à la suite des autres : ils se décomposent et se déshydratent très rapidement en l’espace d’une heure, devenant ainsi des sortes de zombies.
Qu’y a-t-il à l’origine de cet événement temporel ?
À vous de le découvrir !

« Cette pièce est datée de 1940 », le fonctionnaire âgé braqua son regard sur lui sans ciller.
Avec un gémissement, Joe sortit ses pièces restantes, les tria à nouveau; enfin il trouva une pièce de 1938 et la jeta par terre devant le fonctionnaire. « Gardez les deux », dit-il, et une fois de plus il s’assit sur le banc poli et incurvé.

La semi-vie

Juste avant de mourir, vous êtes réfrigéré au bon moment, ce qui vous permet de gagner de la « réserve » de temps avant votre véritable mort définitive. Mais cette « réserve » de temps, vous la passez dans un état végétatif, tout ce que vous pouvez faire est communiquer avec les vivants durant une période déterminée, ensuite vous mourrez vraiment.
La semi-vie est, dans une première approche, une congélation artificielle d’une personne au moment de mourir, ce qui lui permet d’avoir certains moments de réanimation éventuelle pour dialoguer avec autrui dans les « moratoriums », cette personne est ainsi en quelque sorte ranimée le temps de quelques conversations. Cependant, ce temps n’est pas inépuisable, et lorsqu’il est épuisé, la personne congelée devient alors véritablement décédée : son trépas est définitif.
On se rend compte plus tard, que la semi-vie est bien plus complexe que cela : la personne est véritablement décédée physiquement, mais son âme a été en quelque sorte encellulée, pour pouvoir la conserver à ses côtés, durant certains instants avant de disparaître définitivement.
La semi-vie n’est qu’une étape intermédiaire, une sorte d’expiation pour les âmes mais sans avoir cette finalité de la rédemption. La mort est alors vue comme un concept particulier qui ne représente plus l’absence absolue de l’individu, puisque dans la semi-vie celui-ci est effectivement mort physiquement mais pas spirituellement, du moins durant le temps crédité de l’étape. La question se pose alors : est-il mort ou pas ?
Actuellement, les vivants, en tout cas les croyants, pensent qu’après la mort, l’âme se sépare du corps pour monter au ciel où Saint Pierre les accueille pour leur accorder ou non le repos éternel. La semi-vie pourrait alors être semblable à ce concept, mais bien sûr sans ange pour nous accueillir puisque c’est la technologie qui rend cette phase végétative possible.
Que ressent la personne qui est dans l’état de semi-vie ? Sait-elle qu’elle morte ? Comment pourrait-elle le savoir, vu qu’elle peut toujours communiquer avec le monde des vivants ? Et si tout cela n’était qu’un rêve ?
Cette notion de distinction entre le vrai du réel et le vrai des rêves est également abordée dans Total Recall.

Qu’est-ce que la réalité ? Notre vie n’est-elle que factice ?

Qui nous dit qu’en ce moment même vous n’êtes pas en train de rêver de lire mon article ? La semi-vie dans Ubik peut très bien exister dans notre année 2010, sauf qu’on ne s’en rend pas compte vu qu’on est déjà en ce moment même dans cet état de semi-vie : on croit qu’on est vivant alors qu’en fait on est mort et maintenu éveillé artificiellement.
C’est ce paradoxe que Dick expose : est-il aisé de faire la différence entre la vie et la mort ? Un autre monde, un autre univers, une autre réalité : des possibilités de parallélisme lesquelles nous n’arrivons pas à différencier les unes des autres. Comment savoir que notre réalité est la vraie réalité ?
Nous les Hommes ne pourrons jamais connaître ou faire cette distinction, cette connaissance n’est pas à notre portée, car nous sommes trop restreints par les capacités très faibles du corps humain. Je me permets de rappeler une phrase du grand philosophe Kant, selon laquelle l’homme est un être fini auquel se pose la question de l’infini.
Vous vous croyez réellement vivant juste parce que vous êtes en train de manger quelque chose ou que vous vous procurez du plaisir, mais qui vous dit que ce n’est pas tout simplement une information nerveuse transmise à votre cerveau par une machine qui vous exploite ?

Les facultés psis

Nous sommes dans une société où l’homme a développé cette partie de son cerveau qu’aujourd’hui nous appellerions « floue », celle qui est le siège des phénomènes de précognition ou de télépathie.
Il y a la transmission de pensée entre deux personnes éloignées l’une de l’autre : c’est la télépathie. En outre, la connaissance d’informations concernant des événements et des situations futurs selon des modalités inexpliquées scientifiquement à l’heure actuelle : c’est la précognition, qui fait partie des perceptions extra-sensorielles.
Il s’agit essentiellement d’un marché commercial : les Psi et les anti-Psi sont précisément à la manière des réseaux d’enquêteurs ou d’agents secrets.
Au démarrage de l’histoire, les facultés psis paraissent être primordiales, et deviennent presque marginales à l’histoire au fur et à mesure de l’avancement de la lecture. En effet, Ubik pourrait neutraliser la puissance des grandes entreprises qui prennent le pouvoir grâce aux capacités des psis. Mais qu’est-ce qu’Ubik ? Personne ne le sait…

Le personnage principal

Joe Chip est un subordonné du cartel de Runciter. Son rôle est de « jauger l’aptitude des anti-psis ». Il n’est pas un citoyen modèle : il boit sans soif et gaspille l’argent en se ruinant. Son conapt est insalubre. C’est un célibataire démotivé. Il rencontre une jolie mutante anti-psi nommée Pat dont il doit jauger la capacité anti-psi. Pat possède un pouvoir d’un nouvel ordre : elle est capable de retourner dans le passé et de le changer. Lorsque que Runciter disparaît, Pat et Wendy, une autre jolie mutante anti-psi, veulent toutes deux épouser Joe Chip. Mais quelle est leur réelle motivation ?

« Je vais me marier avec Joe Chip », dit Wendy dans une voix sombre et introspective avec une gravité enfantine.
« Ah? » dit Pat Conley. Ses yeux noirs saturés de lumière s’enflammèrent, « Vraiment? ».
« Pouvez-vous changer cela aussi? » dit Wendy. « Avec votre talent? »
Pat dit: « Je vis actuellement avec Joe. Je suis sa maîtresse. En vertu de notre entente je paye ses factures. J’ai payé sa porte d’entrée, ce matin, pour le laisser sortir. Sans moi, il serait encore dans son conapt. »

Ubik

Ubik est un produit mystérieux. Il apparaît dans l’histoire de la même manière qu’il n’y apparaît pas, de telle sorte que Joe Chip tente ardemment de se le procurer. Mais qu’est-ce qu’Ubik ? Une sorte de produit prodige apparemment ? L’histoire du roman pourrait se dérouler sans parler d’Ubik, et serait alors une histoire policière de Joe Chip traquant des télépathes avec des facultés psychiques et voyageant dans le temps en régression. Cependant, sans Ubik l’histoire n’aurait pas de but, n’aurait pas d’espoir, car Ubik offre ce rêve, cet objectif à acquérir.
Personne ne comprend ce qu’est Ubik. Une question sans réponse claire ? Comme pour Total Recall, est-ce que tout cela n’est qu’est artificiel ou réalité ?
Le seul moyen de comprendre Ubik serait de le consommer, mais est-ce que cela est possible alors que la confusion sur son existence est présente ?

« Qu’est-ce qu’Ubik ? » dit Joe.

Joe dit: « De quoi est fait Ubik ? Comment ça marche ? »

Conclusion philosophique

Les univers parallèles sont une réalité. Un exemple concret : n’oublions pas qu’avant l’invention du microscope nous n’imaginions même pas qu’il existait le monde de l’infiniment petit (les microbes) or aujourd’hui on sait qu’ils existent, mais on ne les voit pas. Alors nous même, nous serions dans une réalité que d’autres ne voient pas.
Existons-nous réellement ?
Ubik c’est un peu comme le fruit de la connaissance. En tant que faible humain, nous ne saurons jamais ce qu’est la véritable réalité, ni faire la distinction entre le rêve et le réel, alors Ubik est pour nous un espoir de découvrir cette vérité. Mais Ubik est-il un produit utopique ?
Ubik serait donc une sorte de pilule rouge comme dans le film Matrix ? Il y a des gens qui choisissent de vivre dans le monde des Bisounours en prenant la pilule bleue, et il y en a d’autres qui choisissent de vivre dans le monde du désespoir, de la tristesse, etc… en prenant la pilule rouge. Mais ce dernier choix, n’est pas le choix du désespoir, c’était au départ le choix de connaître la vérité. Et accéder la vérité c’est accéder à la souffrance. Donc il vaut mieux rester ignorant si on veut être heureux 😉

Terminons donc cet article avec une citation de Philip K-Dick :

La réalité c’est ce qui continue d’exister lorsqu’on cesse d’y croire

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5 commentaires leave one →
  1. plantmann permalink
    27 avril 2010 09:25

    Excellent article, qui éclaire bien ce livre un peu abscons qu’est Ubik.

    La dernière citation me fait penser à une autre nouvelle (de K.Dick aussi) qui s’appelle la fourmi électrique (ou électronique, selon les traductions), qui d’après moi vaut le détour sur ce même thème de « qu’est-ce que la réalité? ».

    • Macguyre permalink
      27 avril 2010 12:09

      C’est dans quoi déjà « la réalité, c’est quand on se cogne » ?

  2. 27 avril 2010 09:43

    « Philip Kindred Dick a aussi écrit d’autres grands romans tels que Total Recall et Blade Runner, tous les deux adaptés au cinéma. »

    Si je me souviens bien, le bouquin de Philip K. Dick qui a inspiré Blade Runner, c’est le truc avec les androïdes et les moutons électriques, et les rêves – Do Androids dream of electric sheep ou un truc dans le genre. Dans ma tête c’est plus un format nouvelle, mais je ne suis pas sûre.

    • DeD permalink
      27 avril 2010 20:08

      Oui, c’est bien adapté d’une nouvelle, pareil pour Total Recall et Minority Report.
      A ma connaissance, la seule adaptation d’un roman de Philip K Dick est A Scanner Darkly, adapté de Substance Mort.
      J’envisageais de faire un article sur Philip K Dick un de ces 4, mais du coup vu que le sujet a déjà été défriché, je réserve juste A Scanner Darkly (je reste dans mon périmètre, c’est une sorte d’animé, enfin si on veut, quoi), sauf si ça dérange quelqu’un, auquel cas je le ferai quand même 😉

      Sinon Raniver, tu n’as pas choisi la facilité … Décrire l’univers d’un livre de Philip K Dick, ou le résumer, ce n’est franchement pas évident. Ubik n’est pas le plus tarabiscoté, mais il part déjà assez loin 🙂

      • Lien Rag permalink*
        28 avril 2010 08:01

        Planète Hurlante aussi ça vient d’une nouvelle de Philippe K. Dick, il me semble.
        PKDick a été un des plus gros contributeurs au cinéma SF américain il me semble…

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