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Saez – J’accuse

31 mars 2010

Ce lundi est sorti le dernier album de Saez. Ne prenez pas le même air désabusé que la dame, ce n’est pas _encore_ un article sur Saez ! C’est la suite du précédent, maintenant que J’accuse est sorti.

La polémique

Pour toute publicité, outre la tension qu’il entretient chez ses fans avec la sortie régulière de titres gratuits, Saez pensait sortir une simple affiche annonçant ses concerts (et par extension l’album). Si vous suivez l’actualité un peu alternative (comprenez : autre chose que le 20h de TF1), vous devez avoir entendu parler de l’affaire. L’affiche représentant la pochette de l’album (photo Mondino) est refusée, « dégradante pour l’image de la femme ». Une affiche sans image et très sobre est proposée en alternative, refusée également.

Difficile de ne pas penser que les publicitaires se vengent de celui qui leur dit fuck depuis tant d’années. Saez est d’autant plus furieux que les féministes s’en mêlent, et appuient ce reproche de dégradation ! Saez écrit deux lettres ouvertes (le 5 mars et le 8 mars), fait une intervention sur France Inter ( feat. Abd Al Malik, la classe 🙂 ) et à Ce soir où jamais, où la président des Chiennes de gardes persiste dans son absurdité. Il fait quelques magazines et a quelques relais presse également. Les interventions publiques de Saez sont tellement rares que je vous invite à les regarder/écouter.
Malheureusement, si son discours est cohérent, il est tellement dans le refus (et l’inexpérience) des conventions audiovisuelles qu’il dessert son message en passant pour un petit merdeux. Il le reconnaît d’ailleurs. Les éternelles critiques ne vont pas diminuer. Ah, et sinon son look 2010 c’est clodo…

C’est du n’importe quoi ! Cette pochette est au contraire un acte féministe. C’est comme si j’avais mis un goéland plein de cambouis avec « J’accuse » dessus et qu’on me dise que je suis en train de faire l’apologie des pétroliers. L’auto censure que fait cette société vis-à-vis d’elle-même ne cesse de me dépasser. Cette pochette n’est jamais qu’un miroir de ce qu’on est aujourd’hui. On est que de la viande dans du caddie… sinon, je n’ai rien compris.

NB : pas de nouvelle des chiennes de gardes pour cette campagne de pub, ce qui confirme ce que disait Saez : « Si c’est pour vendre du soutif ça passe, si c’est pour dire j’accuse, ça ne passe pas ».

L’album

Venons-en au principal : le nouvel album.

Comme l’avaient annoncé J’accuse et Police, l’album commence par une critique virulente de la société. On est en plein dans Jours étranges/God blesse, mais complètement réactualisé : les problèmes d’aujourd’hui sont à la fois les mêmes et différents de ceux d’il y a 10 ans. On glisse ensuite peu à peu vers le deuxième sujet de prédilection de Saez : l’Amour, le vrai, l’exclusif, le passionné. Ambiance Debbie, donc.
Il m’a semblé repérer à plusieurs moment des références à ses propres textes, ce dont je ne sais quoi penser. Plus d’info quand j’aurai vérifié.

Au niveau musical, l’album est étonnant par sa constance rock FM : des mélodies simples avec peu de mouvements différents, souvent une même mélodie répétée jusque la fin, très facile d’accès donc. Là encore, on revient au niveau de Jours étranges. Même si je suis surpris, ce n’est pas nécessairement un mal de refaire des mélodies simples et claires ; mais on dit qu’on oublie d’autant plus facilement ce qu’on a aimé rapidement, l’avenir nous confirmera…
Petit bémol : comme je le craignais, J’accuse, largement trop simple avec sa boîte à rythme et sa guitare gentille, jure et semble fade à côté du reste.
Si Police n’est pas sur l’album, son gros riff continu est utilisé sur un autre titre, Sonnez tocsin dans les campagnes ; a titre personnel, je déteste cette décorrélation du texte et de la musique, qui détruit l’illusion d’une œuvre construite, une et indivisible, en la rabaissant à une simple association aléatoire de musique et de texte.
Enfin, j’entends autour de moi des comparaisons avec les Béru ou Noir Désir ; Marguerite me fait penser à Gérard Lambert, mais la comparaison est moins flatteuse j’imagine ^^.
L’album finit par de la pop parfois enjouée, ce à quoi Saez ne nous a clairement pas habitué 🙂
.

En résumé : un album retour aux sources, tant au niveau des textes que des musiques, très facile d’accès, avec quelques expérimentations aux antipodes de ce que Saez nous avait fait jusque là. Un bon opus, a priori, mais les trois semaines d’écoute intensive que je me réserve me confirmeront :).
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J’accuse
Les p’tits sous
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8 commentaires leave one →
  1. 31 mars 2010 11:27

    Bon, pas trop moyen d’écouter en journée, et puis je ne connais pas, donc voilà, sur le disque et la musique, je n’ai pas d’avis.

    Sur le visuel, j’avoue que je reste un peu sidérée : le rapprochement avec la pub des 3 Suisses est particulièrement éclairant. En attendant que mes questionnements aboutissent, je ne peux m’empêcher de penser que les publicitaires ne préfèrent pas seulement la mode à la musique (et au discours engagé qui va avec), mais aussi la laideur à la beauté. Sur le plan esthétique, c’est même pas comparable, la photo de Mondino (ah oui, c’est lui qui a fait tout ça…!) est magnifique.

    • platypus permalink
      31 mars 2010 13:03

      Les publicitaires je sais pas, en tout cas à la Fnac Saez a droit à un super gros présentoir avec l’image choc. Tant que la rébellion fera vendre, elle aura toujours sa place en gros plan, ironie du sort^^

      • Lien Rag permalink*
        31 mars 2010 13:32

        Tu devrais tenter de publier un recueil de tes commentaires alors, tu deviendrais riche 🙂

      • 31 mars 2010 14:01

        Euh… strike ? (Oui, je m’en tiens à mon plan crétin et j’assume ! Enfin, tant que ça me fera rire. Il m’en faut peu, je sais.)

  2. Juana Kaya permalink
    30 mai 2010 13:45

    J’aime beaucoup cet album et l’écoute énormément en ce moment.
    Beaucoup le jugent « trop facile » au niveau des textes… J’y répondrai la chose suivante: c’est vrai que les paroles, notamment Les p’tits sous et J’accuse, peuvent paraître « faciles »… Mais n’oublions pas les albums précédents de Saez: il nous a montré à quel point il peut porter la poésie et la finesse d’approche à leur apogée dans ses chansons… alors pas la peine de dire que c’est par simplisme qu’il nous sort des textes clairement dénonciateurs et sans métaphores.
    Mais justement, pourquoi il nous pond ces textes « faciles »? Je trouve qu’il a le mérite, à travers des textes paraissant « faciles » de hurler ce que peu d’artistes chantent… Il est dans la provoque, on le sait, ça fait partie de son style, et il utilise dans J’accuse cette provoque pour faire passer des messages clairs et sans ambiguité, accessibles à tout le monde. Parce-que ceux qui connaissent un peu Saez savent qu’il a ce double souci permanent: faire de la musique de qualité, mais également hurler son dégoût vis-à-vis de nos sociétés: certaines chansons sont blasées, d’autres sont pleines d’espoir: Fils de France, Jeunesse lève-toi, …
    En résumé, les textes du dernier album peuvent paraîte facile, mais y’a que lui qui a les couilles de dire tout ça.
    Au niveau de la musique, c’est vrai qu’elle nous pénètre vite le coeur, on verra si elle en sortira aussi vite que ce qu’elle est rentrée, je ne saurais y répondre maintenant. Mais on retrouve du rock , du vrai, avec des bonnes sonorités punk des années 90, il l’a dit lui même, il s’est inspiré des Bérus, de la Mano, etc.
    Et je ne m’attarderai pas sur la dégoûtante hypocrisie de la censure de son affiche…
    Pour finir je tire donc mon chapeau bas à Damien Saez, un des rares artistes français qui se refuse encore de se faire violer par la télé et de faire de la musique séduisante et dérangeante pour personne.

    • Lien Rag permalink*
      30 mai 2010 16:50

      Ça fait quelques mois maintenant que je l’écoute, et il y a quand même des choses qui me laissent perplexe dans ses textes.

      Déjà, dans cigarette, il s’agit clairement de la juxtaposition de deux textes indépendants ; la première partie avant/maintenant puis celle sur la cigarette. A titre personnel je suis assez déçu par l’association d’un aussi beau début et d’une fin qui soit une banale gueulante contre l’interdiction de fumer dans les lieux public (interdiction, qu’à titre personnel je trouve géniale). Donc voilà, je trouve un peu petit de commencer à évoquer Solidarność pour finir par dire « ça me fait chier de plus pouvoir fumer au café ». C’est un peu comme si « Saint-Pétersbourg » avait fini sur un coup de gueule sur le prix de l’essence, tu vois, ya un gros décalage.

      L’autre, c’est « les cours des lycées ». En soit, je n’ai rien à reprocher au texte qui est plutôt pas mal, ce qui m’étonne, c’est qu’il le chante : quand en 99 il chantait sur les lycées, ok, il venait juste d’en sortir. 10 ans plus tard, alors qu’il a 33 ans, chanter sur les problèmes des lycées, problèmes qu’il n’a évidemment pas vécu depuis des lustres, ça me gène. Tu me diras, c’est p-ê un texte qu’il a écrit à l’époque, il est problable que ça n’ait pas beaucoup bougé depuis le temps, et il n’y a pas besoin d’avoir vécu les soucis pour en parler (ya qu’à voir tous ces chanteurs à succès qui parlent de la pauvreté), mais quand même, le gaillard de 33 balais qui me chante ses problèmes de prof, j’accroche pas, ça me casse la magie.

      A part ça, je suis d’accord avec toi sur la musique très « punk fr 90 », d’ailleurs il fait plusieurs références aux bérus dans ses textes ; quant à sa manière de dénoncer un peu brut, c’est sans doute puéril, mais c’est le seul à le faire 😀

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