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L’article sans nom

6 février 2012

Finir ses études, commencer à travailler, rentrer dans le système, dans « le moule » permet d’apprécier, à leur juste valeur, les trop courts week-ends (hmm les 35h… ils ont pas été jusqu’au bout du truc… Avec moi, ç’aurait été les 21h… Bah oui, trois jours de travail pour quatre jours de fin de semaine). Le moindre loisir ou moment de détente est vécu de la plus intense des manières ! Ces moments permettent de renouer notamment avec les plaisirs de la lecture dont, personnellement, j’avais pu m’éloigner au profit du passe-temps plus abrutissant qu’est la navigation aveugle et vaine sur l’Internet…

Mes retrouvailles avec le plaisir charnel du tournage de pages ou du reniflage de papier soi-disant recyclé se sont concrétisées par la lecture du Livre sans nom (The book with no name), auteur : anonyme. Intéressant me direz-vous avant de partir discrètement lire un autre brillant article de notre blog… Et pourtant, je ne vous fais pas une blague. C’est bien le titre du bouquin en question, et l’auteur est bien, a priori tout du moins, anonyme… Ce livre fut d’ailleurs l’un des événements littéraires, ou plutôt le « buzz » littéraire, des années 2007-2010.

Le premier chapitre de ce livre est paru sur Internet en 2007 sur un site d’autopublication Internet appelé Lulu.com. Ensuite, très vite la machine s’est emballée, avec des droits d’éditions rachetés la même année en Grande-Bretagne. En 2010, c’est le tour de la France. Au final, ce livre aura été distribué dans 25 pays.

Le livre sans nom est le premier volet d’une quadrilogie mélangeant genre policier et fantastique. Le style « gore » plaira certainement à quelques personnes qui se reconnaîtront sur ce blog. Lorsque  le journal l’Express a interviewé (quelle exclusivité !) ce fameux auteur sans visage à l’occasion d’un article publié en février 2011, ce dernier a décrit son roman comme ceci : « Je ne sais vraiment pas [à quel genre appartient mon roman]. J’ai commencé Le Livre sans nom comme un western mais j’ai très vite décidé de le situer au XXIe siècle. Puis, au cours de l’écriture, j’y ai mêlé un peu de polar, de fantaisie et de SF. Par la même occasion, j’ai ajouté quelques vampires ».

Personnellement, alors que je suis plutôt ouvert aux romans bien sombres, bien glauques, avec policiers véreux et compagnie,ici je suis tout de même resté quelque peu circonspect quant-à l’aspect fantastico-mystique du bouquin. Et pourtant… Ne serait-ce pas ce qui a fait le succès de l’ouvrage ? Ce mélange éclectique mêlant les genres et les références cinématographiques (Star Wars, Kill Bill, Zombies, vampires, morts-vivants, etc), musicales (rock des années 60-70s), culturelles (monde américain – du Nord comme du Sud  -, évocation des grands mystères judéo-chrétiens comme le Graal, intervention de moines style Bouddhiste…) : bref, le grand bazar !

De mon coté, il m’est difficile de m’accrocher aux personnages d’une histoire aussi déjantée que celle du Livre sans nom. Cela m’est d’autant plus difficile lorsque les dizaines de personnages peuplant le livre meurent coup sur coup ce qui rend encore plus complexe le moindre attachement entre ces derniers et le lecteur. Par ailleurs les personnages « gentils » (enfin manière de parler parce que dans ce livre y’en a aucun de vraiment gentil) sur lesquels s’ouvrent l’aventure ne tiennent pas le premier rôle dans l’histoire. Pourquoi donc ne pas assumer et ne pas carrément faire un livre sur les méchants en zappant les gentils ! Et ces méchants, pour pouvoir écrire sur eux, il faut quand même qu’ils vivent un peu plus que trois chapitres ! J’exagère… Car le vrai héros du livre surnommé le Bourbon Kid est présent tout au cours de l’histoire, mais sa présence est en filigrane et ce premier volet de la quadrilogie ne révèle, au final, que peu de choses sur le Bourbon Kid.

A part ça, je n’irai pas jusqu’à vanter l’intérêt ni même la recherche littéraire dudit ouvrage. Toutefois, reconnaissons l’originalité de publier un livre sans nom… Et surtout quel pactole cela doit représenter pour les éditeurs. Toutes les rumeurs diffusées autour de ce roman entretiennent tantôt le mythe d’un internaute de génie et loufoque – véritablement anonyme –   et tantôt le caprice d’une star, comme Tarantino (certain aurait même dit le Prince Charles, et moi je dis, WHAT ? Pourquoi le Prince Charles ??? Et vous, vous me répondrez : « pourquoi pas ?… » Well… ok). Quel meilleur moyen pour vendre un bouquin que celui de dire que le mystère de l’anonymat pourrait peut-être être levé par une lecture attentive et critique du roman foisonnant, comme je l’ai dit, de références variées…  Et enfin, que de frissons que d’imaginer que ce curieux roman pourrait nous tuer comme il tue les personnages qu’il contient et qui ont le malheur de se plonger eux-mêmes dans ce Livre sans nom

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6 commentaires leave one →
  1. 7 février 2012 17:54

    Oh ! Et bien dire que je me réjouissais de voir un article fleurir sur ce bouquin qu’une personne de goût m’a offert à Noël, bouh El Steph !
    A te lire on dirait que justement, ça ne t’a pas plus plu 😦

    A peine offert, à peine lu, je crois que j’ai dévoré ce bouquin en 2 jours. Au delà de l’aspect « anonyme » du truc (mais j’avoue qu’en règle générale je ne prête que peu d’attention à ce genre de détails, donc ça n’a pas vraiment constitué une source d’étonnement particulier) j’avoue que moi c’est le contenu qui m’a plu (que ce soit du côté narratif ou dans le style).

    Je ne sais pas ce que donne la VF de la chose, mais en V.O. c’est écrit dans un style discutable (en gros, j’ai imaginé un dude beurré comme un petit lu devant son papier à se dire « c’est bon ça coco! »), mais avec ce qu’il faut de recherche que ce soit au niveau de la syntaxe ou du vocabulaire pour piquer mon attention. Il y a clairement un mélange des genres, au premier oeil – c’est franchement mal écrit, mais en passant le premier chapitre on commence à se prendre au style limite lapidaire par moments.

    Côté histoire, j’ai trouvé que malgré la simplicité de l’idée, c’est bien rendu – parce que servi par un espèce de mash-up de l’extrême : « hé ! si je partais totalement dans tous les sens en mélangeant tous les styles que je connais, et oh Bruce Lee passe à la télé, si je mettais du kung-fu aussi ».
    L’intrigue se déroule pas trop mal, et on n’arrive pas spécialement à deviner ce qui va se passer ensuite. J’avoue que la fin du bouquin m’a un peu scotchée, et que du coup, j’ai relu le truc avec une perspective plutôt différente.

    Niveau références, que ce soit dans la musique, les textes mentionnés, les différents mythologies ou autre, il y a à mon avis un petit travail de recherche qui ne m’a pas laissée indifférente et dont je me suis inspirée pour ma campagne de JDR en cours ! 😉

    My two cents sur le bouquin : ça se lit vite, et ça en vaut la peine.
    Oh, et j’apprends avec joie que ce n’est que le premier d’une série \o/

    • stef808 permalink
      9 février 2012 20:21

      Ahah c’est marrant d’avoir ce type de commentaire 🙂
      Eh oui, tu as bien compris, j’ai bien aimé sans être emballé !
      Ok le dude beurré comme un lu mais bon, ça va cinq minutes, au bout d’un moment c’est un peu répétitifs les carnages aux uzis et ça donne même plus envie de vomir, so, à quoi bon ?
      Concernant le style, si si, t’inquiète pas, je pense que le traducteur a du bien se marrer. Quand tu dis qu’il y « a ce qu’il faut de recherche pour attirer ton attention » je me dis « utch » quoi lol 😮 Comme on dit chez nous dans le 1-3, « ça casse pas trois pattes à un canard » ^^ mais bon, effectivement, c’est funkie, c’est fou, c’est déjanté, c’est original 🙂
      Au fait, t’as vu, le Bourbon Kid a kiffé mon article ? :p

      • 11 février 2012 11:21

        Que l’histoire ne t’aie pas emballé, je peux comprendre. Je pense que c’est un de ces « ça passe ou ça casse ».
        Par contre, pour ce qui est de la recherche dans le style, là vraiment pas d’accord. Je jetterai un œil à la traduction française, mais en anglais, je maintiens : ça roxxe. Le vocabulaire est riche, même si justement on ne s’en rend pas compte première vue (puisque le style éclipse un peu tout, imho), et il y a des petites perles de syntaxe par ci par là !

  2. Pov'frut permalink
    10 février 2012 18:45

    Je ne suis pas d’accord du tout. J’ai lu le Livre Sans Nom dès sa sortie, et j’ai tout autant dévoré l’Oeil de la Lune et le Cimetière du Diable. Pourquoi ? Parce que ces livres offrent au lecteur quelque chose d’exclusif, inédit dans le genre littéraire français. Sans même parler de son intrigue, Le Livre Sans Nom est une bombe qui explose tous les codes de la littérature que nous connaissons, avec une structure originale – les chapitres volent d’un personnage à un autre – et un irréalisme jouissif – la description de Rodéo Rex n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. D’accord, le style d’écriture laisse parfois désirer, mais ce livre aurait-il eu le même impact si Maupassant l’avait écrit ? Non. C’est une écriture rude, et délibérément brutale, qui nous plonge cette atmosphère incomparable ; celle de Santa Mondega.

    Car l’intrigue, digne d’un film de Guy Ritchie ou de Quentin Tarantino, est magistrale. Au travers de centaines de références – de Batman à Seven, de Elvis à au magicien d’Oz – l’auteur nous livre une histoire Rock ‘n Roll d’intensité incroyable. On comprend dès les premiers chapitres que l’espérance de vie d’un Santamondéguin est extrêmement courte, ce qui brise encore une fois le genre du roman – on a tellement l’habitude de voir le héros survivre jusqu’à l’ultime obstacle dans d’autres romans que ça en devient lassant, ennuyant – surtout que les survivants ne seront pas nécessairement les plus forts – on voit bien Sanchez survivre à travers trois bouquins complets – ni les plus gentils – Kyle se fait arracher la moitié du crâne lors de l’éclipse. Ces personnages incroyablement diversifiés – on passe d’une amnésique à un tueur à gages, d’un inspecteur du surnaturel à deux gardes du corps homosexuels, de Terminator à une diseuse de bonne aventure – contribuent également à rendre le Livre Sans Nom un objet de culte, sans aucun doute équivalent à Pulp Fiction ou Fight Club.

    Pour finir, je pense honnêtement que ce qui fait la force du Livre Sans Nom, c’est que c’est un gros délire. L’auteur a clairement beaucoup apprécié l’écrire, et son enthousiasme transparaît à travers l’humour dont il fait preuve alors que les situations sont dramatiques – comme lorsque Peto tue accidentellement Rusty, ou lorsque Dante insulte El Santino et le traite de tapette. L’ambiance dans ce livre est lourde, affreusement lourde, mais paradoxalement il fait l’effet d’une bouffée d’air frais, car il ne se plie ni au commun, ni au conventionnel.

    Il est probablement inutile de dire que je l’ai adoré et que j’attends avec impatience le Livre de la Mort 🙂

    • 11 février 2012 11:26

      Voilà de l’enthousiasme !
      Merci Pov’frut de défendre à mes côtés ce petit pavé sympathique 😀
      Globalement, je plussoie : c’est le côté délirant du bouquin qui a fait mouche chez moi aussi. Ce sentiment d’énorme « mais ouate de phoque ?!?! » suffisamment rare pour en devenir totalement jouissif. Le parallèle avec Pulp Fiction est bien trouvé, mais quitte à y rajouter une référence ça s’apparente plus à du Machete 🙂

      Bon, par contre, les chapitres qui changent de personnage, faut pas pousser hein … ça se fait déjà depuis un bail et ça n’a rien de novateur sur le fond. Mais ça a une touche de piment supplémentaire quand on se rend compte que les personnages se font dézinguer à la pelle les uns après les autres …. 😀

  3. leonardo97150 permalink
    9 avril 2012 16:49

    C’est le bouquin est le plus délirant que j’ai lu. Le style loufoque où tous les héros et personnages même les plus puissants meurent les uns après les autres comme de mouches écrasées au plafond, c’est complètement déroutant et hilarant à la fois. Le King Elvis qui se fait dégommer deux fois, fallait avoir le courage de l’écrire… Cet écrivain anonyme semble avoir plusieurs têtes comme si cette histoire avait été écrite à la manière d’une conversation épistolaire entre plusieurs personnes qui ne se connaissent pas et qui ont raconté leur suite en tuant les héros des autres. Le vocabulaire est par de rare fois déroutant de complexité dans un langage pourtant simpliste. Un mot n’est d’ailleurs pas dans le dictionnaire : Santamondéguin p : 458
    En résumé, je me suis bien marré. Par contre je ne sais pas si je lirai la suite…

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