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Albums de démission

21 décembre 2011

Aujourd’hui les enfants, je vais vous parler d’un « style » d’album assez peu connu, et pourtant ô combien jouissif. Je veux parler des albums en forme de lettre de démission, de gros fuck lancé à la face de la maison de disques. Ils peuvent servir aux artistes à se faire virer d’une major trop contraignante, ou tout du moins à emmerder sérieusement tout ce beau monde. Mais ces albums n’en sont pas moins des petites pépites pour les amateurs de bizarreries en tout genre comme moi. Il s’agit généralement d’albums tordus, extrêmes, souvent très drôles, parfois difficilement écoutables, mais toujours entiers, sans aucune forme de concession. A l’opposé total de la musique mercantile et formatée. Alors, foutages de gueule ou coups de génie ?

 

Commençons par Mike Oldfield. Oui, le monsieur de Tubular Bells. L’album qui nous intéresse ici est son douzième album, Amarok. Il faut savoir que depuis ses débuts, Mike était lié à Virgin, qui l’a signé parmi ses tous premiers artistes. Richard Branson, le président de Virgin, aurait quelque peu abusé de sa grande timidité, en lui faisant signer un contrat pour treize albums, et lui demandant ni plus ni moins de refaire un deuxième Tubular Bells, son premier album au succès planétaire. Et c’est précisément avec cet album, Amarok, qu’il fera … tout le contraire. Il est l’album anti-commercial par excellence. Une longue plage d’une heure, constituée de collages sans interruption de nombreux petits morceaux (tous beaucoup trop courts pour pouvoir devenir un single), et de bruits en tous genres. Dès le début, on est agressé par des éruptions sonores au volume volontairement élevé, destinées à décourager les gens qui jetteraient une oreille au disque aux bornes d’écoutes des supermarchés. Totalement déconstruit (du moins c’est ce que l’on peut croire à la première écoute), ce long morceau nous fera découvrir au détour de ses méandres Mike se brosser les dents, ou une voix nous demander à plusieurs reprises : Happy ?, ou encore un synthé envoyer un message codé en morse : FUCK OFF RB (messages clairement destinés à Richard Branson). Enfin, le final du morceau est tout simplement annoncé par une speakerine, non sans humour. Ce sera l’avant-dernier album d’Oldfield chez Virgin.

Mais alors, me direz-vous, qu’en est-il de la musique ? Et bien, aussi étrange que cela puisse paraître, cet album n’est rien de moins qu’un chef d’œuvre. Malgré sa structure en patchwork, cet album n’est pas pour autant dénué de cohérence. Tout au long de cette heure de musique, on va en effet retrouver le même thème, parfois subtilement dissimulé, parfois maltraité, défiguré, cassé en morceaux, reconstruit, puis recassé à nouveau, avec des arrangements extrêmement riches et variés, qui n’en finissent plus de nous surprendre et de nous faire rire. La guitare occupe évidemment une place centrale, tantôt acoustique tantôt électrique (le bonhomme est d’ailleurs un sacré virtuose de la six cordes, soit dit en passant), mais on croisera aussi des chœurs africains, du banjo, de la harpe, de la cornemuse, du xylophone, une flûte qui semble sortie tout droit de chez les hobbits du seigneur des anneaux, et j’en passe … Et le final, mesdames et messieurs, est absolument majestueux, sublime, avec une intensité digne d’un Beethoven.

Quelques extraits (mais sérieusement, écoutez l’album en entier !) :

 

Vous connaissez les Melvins ? Si vous ne connaissez pas, vous devez sans doute connaître Nirvana (ou alors votre cas est désespéré) … Ah, les années 90 ! L’époque du grunge, des rockeurs crades à cheveux longs, aux chemises à carreaux et aux jeans déchirés, et le succès interplanétaire et totalement inattendu du groupe de Kurt Cobain. Forcément, vous imaginez bien que les majors ont voulu tirer leur épingle du jeu. Notamment Atlantic, en voyant le succès de ce nouveau courant musical, a voulu en profiter en signant les Melvins, les « vétérans du grunge », et accessoirement potes de Nirvana. Mais c’était sans compter sur le rock anticonformiste, nonchalant, gras et tatoué, mais surtout débordant d’auto-dérision des américains. Évidemment, nos amis n’étaient pas contre se faire un peu de fric pour continuer à manger et à faire du bruit, mais pas question de faire la moindre concession musicale ! Deux albums voient donc le jour chez Atlantic, Houdini et Stoner Witch, puis les Melvins sortent l’album Prick sur un label indépendant, Amphetamine Reptile. L’album n’est pas publié sous le nom Melvins, mais sous le pseudonyme Snivlem (attention message crypté !). Chez Atlantic, ça commence alors à tiquer, mais quand les Melvins leur mettent l’album entre les oreilles, ils réalisent qu’effectivement ils n’en auraient jamais voulu. Des collages loufedingues, des morceaux qui n’en sont pas vraiment, un gros bordel, et même un vague pastiche du Eruption de Van Halen … Bref, une vaste blague.

Ca continue donc chez Atlantic pour les Melvins, et c’est sur ces entrefaites qu’ils leur livrent un troisième album, Stag. Cet album, c’est toujours du Melvins, mais beaucoup plus déjanté que les deux précédents. Un album extrêmement jouissif, du rock sous gaz hilarant. Ca part dans toutes les directions : du gros rock qui tâche, du rock presque métal ou noise par moments, mais aussi des morceaux vaguement funky et un peu boiteux, annonçant l’excellent The Bootlicker qui sortira trois ans plus tard,  des plages plus ambiantes, une ballade chantée sous hélium, et un morceau de rock gras accompagné d’une trompette jouant plutôt dans un registre que je qualifierais de « pouet pouet », qui m’a juste valu un fou rire de deux minutes la première fois que je l’ai entendu :

 

Cette fois, c’en est trop pour Atlantic. Dehors les Melvins ! Pas de problème, ils continueront tranquillement chez Amphetamine Reptile.

 

Pour finir, l’exemple le plus ancien à ma connaissance, est celui de Lou Reed. Oui, Lou Reed, l’ex-chanteur du groupe culte The Velvet Underground (notamment pour leur album à la banane signée Andy Warhol), qui officie dans un style pop-rock qu’on pourrait plutôt qualifier de classique. Pourtant, après quelques albums solos, le père Reed sort, en 1975, un album qui ne représente rien de moins qu’un suicide commercial. Alors chez RCA Records, il y sort ce double vinyle, constitué d’un seul et unique morceau (mais découpé en 4 pour tenir sur les 4 faces des vinyles) nous envoyant en pleine face et pendant plus d’une heure un bruit ininterrompu, un entrelacs de larsen, accords dissonants de guitare ultra-saturée, le tout samplé et empilé jusqu’à plus soif. Comble du supplice, dans la version vinyle, le disque était pressé de façon à ce qu’en arrivant à la fin de l’album, la tête de lecture saute et parcoure le même sillon à l’infini … Vous l’aurez compris, cet album n’en est pas vraiment un, et très honnêtement je me demande si quelqu’un a déjà réussi à l’écouter dans son intégralité, en tout cas moi pas. Mais pas de licenciement à la clef pour le sacré Loulou, on lui a juste gentiment demandé de ne « plus jamais faire ça ».

Allez, juste pour le plaisir :

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