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We Need To Talk About Kevin

2 novembre 2011

Il y a quelques années, j’ai lu, sur les conseils d’une collègue, le roman choc de Lionel Shriver, We Need To Talk About Kevin. Partant de ces horribles faits divers sur les campus américains, où des adolescents pètent un plomb et descendent plusieurs de leurs camarades, (Virginia Tech, Columbine…), Lionel Shriver s’intéresse à un personnage qui reste souvent dans l’ombre : la mère du monstre.

La voix de ce roman, c’est donc Eva, mère de Kevin qui, la veille de ses 16 ans, a pris son arc, ses flèches, pour méthodiquement abattre ses camarades de classe. Eva qui, après le drame, revient sur l’enfance, puis l’adolescence de ce fils qu’elle a toujours soupçonné de n’être pas comme les autres. Dans de longues lettres qu’elle écrit à son mari, sans que celui-ci ne réponde jamais, elle dissèque cette relation mortifère entre elle et Kevin, et ses conséquences sur l’ensemble de la famille.

J’avais été drôlement secouée par ce roman. Très bien écrit, sans aucune complaisance, tout en pudeur : Eva ne cherche ni à s’excuser, ni à se dédouaner du drame, mais bien à comprendre pourquoi son fils en est arrivé là, et à déterminer sa part de responsabilité. Et sans jamais sombrer dans le côté gore, qui serait si tentant… un vrai bon roman psychologique, psychanalytique presque, que je vous recommande chaudement.

Pour signer l’adaptation cinématographique de ce roman, Lynne Ramsay, qui a déjà derrière elle quelques bonnes réalisations, et notamment Ratcatcher, un très bon film qui se passe dans les quartiers pauvres de Glasgow. Tilda Swinton dans le rôle d’Eva, John C. Reilly dans celui de Franklin, le père, et le jeune Ezra Miller pour incarner Kevin – les fans de Californication (dont je en suis pas) l’auront reconnu… Un casting de rêve, mes enfants, et l’interprétation est peut-être l’une des plus grandes forces de ce film. Surtout dans la relation entre la mère et le fils. Echanges de regards, jeu du chat et de la souris entre les deux, alors qu’Eva tente de cerner la personnalité ambigüe, effrayante de son rejeton.

La réalisation du film est impeccable. Aucune image n’est insoutenable, l’horreur n’est jamais montrée, mais toujours suggérée et rappelée par une utilisation obsessionnelle du rouge. Références affichées au massacre avec la peinture rouge écarlate qui macule la maison d’Eva, seule au monde, ou plus subtiles, comme la couleur pimpante du ballon avec lequel la jeune mère tente d’atteindre son fils de deux ans, qui se refuse à tout échange. Construit dans une oscillation entre le présent d’Eva, alors que sa vie a basculé après le drame, et le passé qu’elle se remémore sans cesse, le film crée un rythme rapide qui ne donne pas au spectateur de s’appuyer sur une narration téléguidée, mais le surprend toujours alors qu’il tente de comprendre ce qu’il s’est passé, et comment cette famille a pu en arriver là.

Car tout mène à l’acmé, ce moment terrible où Kevin commet l’irréparable, sans le moindre remords. Et le spectateur sort de là, la tête remplie de questions, auxquelles aucune réponse claire et définitive n’est apportée. Comme Eva, nous nous demandons qui est coupable, qui est responsable. Kevin est-il né monstre, ou l’est-il devenu ? Et quelle est la part de responsabilité d’Eva dans cette descente aux enfers ? Un film captivant, qui plonge dans l’horreur de la psyché humaine sans chercher à l’expliquer. Allez le voir avec des amis : vous n’aurez pas fini d’en parler en sortant de la salle…

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