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Un Hymne salutaire

24 octobre 2011

Dollar Spangled Banner, Steven Gagnon, 2001

Je n’écrivais plus, je manquais d’inspiration. Durant ces quelques mois, oui, je suis allée au cinéma, oui, j’ai lu des livres… Pas mal de choses m’ont plu, mais rien ne m’a véritablement enthousiasmée. Enfin, si, j’ai trouvé La guerre est déclarée formidable. Mais je n’avais pas envie d’écrire dessus – ce n’est pas comme si vous n’en aviez jamais entendu parler non plus…

Il y a quelques temps, la bibliothécaire me désigne un livre sur la table des nouveautés : « Lisez celui-ci » – je ne sais plus exactement ce qu’elle a dit, mais c’est le ton qui a compté, un ton de conviction absolue. C’était Hymne, de Lydie Salvayre. J’ai pris le livre sur la table et j’ai lu le résumé. Une biographie de Jimi Hendrix, par une auteur dont je n’avais jamais entendu parler… Hm. Certes. Mais ma conseillère avait l’air drôlement sûre d’elle, et puis les bibliothèques, ça sert à tester des livres qu’on aurait pas osé acheter. Bien m’en a pris, bénie soit les bibliothécaires.

Il est de ces moments qui marquent durablement la culture mondiale et l’imaginaire collectif : la performance de Jimi Hendrix le matin du 18 août 1969 à Woodstock, notamment sa célèbre interprétation de l’hymne américain, en font incontestablement partie. Pas besoin d’être un fan pur et dur ni même un acharné des sixties pour en avoir entendu parler. La preuve, je ne suis ni l’un ni l’autre, ma culture musicale est très limitée, et même moi je visualise cette ambiance de fin du monde, et cet homme qui joue de la guitare électrique dans la lumière grise du petit matin.
Comme tout le monde, je vois qui est Jimi Hendrix. Comment l’ignorer ? Mais bon, au-delà de l’image galvaudée du mec qui jouait de la guitare avec les dents, je n’ai jamais tellement cherché plus loin.  D’où mon scepticisme au moment d’emprunter le livre. Heureusement que je me cramponne de moins en moins à mes préjugés…

Prenant donc cet événement pour point de départ de son récit et de sa réflexion, Lydie Salvayre nous raconte la vie du guitariste le plus célèbre du monde (je pense qu’on peut le dire), en s’appuyant autant sur les faits que sur la Légende, et laissant libre cours à son imagination pour combler les trous – ce qu’elle fait avec intelligence et sincérité. Au-delà d’un banal « Hendrix, sa vie, son œuvre », elle se livre à une déclaration d’amour en bonne et due forme. Plus que ça, même. Son récit est porté par un souffle passionné et communicatif, un élan d’amour et de révolte, mélange d’admiration éperdue et de refus absolu de la médiocrité ambiante, dont l’émergence date précisément des ces années-là, selon elle.

Bien sûr, le personnage de Hendrix ne peut que séduire, érigé comme il est en figure d’ange irrésistible, à la fois grand seigneur et enfant perdu, génie absolu, dans la digne lignée des romantiques, les seuls vrais purs. Ce que Lydie Salvayre raconte, je ne vois pas l’intérêt de le répéter ici. Ce qu’elle dit de la société, de sa révolte à elle non plus. Ce qui compte c’est ce souffle effréné qui anime son écriture, cette incantation qui jamais ne s’égare mais au contraire avance, avance sans cesse et nous entraîne. L’écriture est spontanée, elle vient comme on respire, et pourtant le récit reste structuré, cohérent. L’exemple même d’une passion canalisée à bon escient.

Alors, oui, je suis allée faire un tour sur Internet approfondir ma culture musicale, mais on ne peut pas franchement de révélation. En revanche, je me surprends à vouer un respect immense à cette figure dont l’envergure dépasse largement le domaine de la musique.
Mais ce qu’il faut vraiment retenir de cet Hymne, ce n’est pas tant l’histoire d’un homme dont l’auteur fait un héros, mais la nécessité de la passion qu’il lui inspire. Je vous le même culte à Leonard Cohen (plus poète que musicien, à mon avis, mais ça n’a pas la moindre importance) et « The Future » fait naître en moi des sentiments du même ordre : amour viscéral, respect acharné, envie de révolte, de crier de toute mes forces, de m’abandonner à un élément vital qui ravage tout sur son passage, qui donne forme au sentiment confus que m’inspire la société. On pourrait faire la comparaison avec la brûlure d’un whisky tourbé, qui vous secoue et vous réchauffe, comme une bonne claque – sauf que la violence physique, c’est mal.
Il ne s’agit pas de fanatisme décérébré mais de quelque chose de plus fort. D’inspiration, peut-être. De se retrouver complètement dans une œuvre et d’y tirer la force nécessaire à aller de l’avant, à ne pas se laisser abattre, à ne rien lâcher, jamais. Et n’est-ce pas là ce dont nous avons le plus besoin ?

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7 commentaires leave one →
  1. 25 octobre 2011 07:36

    Mmh, ça a l’air pas mal…
    Dis, Lydie Salvayre, ça fait français comme nom : c’est donc un roman français ? Pas la peine de le chercher en anglais ?

    • 25 octobre 2011 21:32

      Oui, oui, c’est un roman français. Je constate que j’ai pas donné les références (bouh ! c’est mal ! honte à moi !), mais bon, avec internet, c’est pas bien difficile à retrouver^^

      • 26 octobre 2011 10:13

        Je posais juste la question parce que j’y pensais, et j’avais la flemme d’aller chercher sur Internet ^^ Comme ça, ça donne l’illusion qu’on a plein de comm’ :p

  2. Ofboir permalink
    25 octobre 2011 08:35

    Waouh. Il faut que je lise ce livre, tu m’as plus que convaincu !

  3. 26 octobre 2011 15:33

    Mince, je viens de me rendre compte de Lydie Salvayre participait à une soirée de rentrée littéraire organisée à mon boulot jeudi dernier… Trop bête !

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