Skip to content

Mash up littéraires (1/2)

19 avril 2011

Si je vous dis, Mr Darcy, Elisabeth, zombies, voyages spatiotemporels, Jane Eyre, monstres marins,vous me dites probablement : « Dude, wtf ! » ou au mieux « gné ».
Mash-up littéraires, certes. Même si le terme n’est pas vraiment approprié, parce qu’à la base on cause de musique. Pour toutes celles qui pensent immédiatement à Will Schuester – tss tss.
Loin des bouclettes courtes de l’acteur de Glee, je vais vous causer de littérature : si, si, c’est possible !

Le principe du mash-up c’est simple : on prend deux trucs cool, on les mélange, et ça fait un truc encore plus cool. Au vu de mon inspiration sur le sujet, j’ai dû scinder mon article en deux !  (Et à la réflexion, je me dis que j’aurais peut être dû le scinder en trois…). La pt.2  suit donc bientôt, et encore plus vite si vous la réclamez à corps et à cris.

En littérature, les mashup, ça peut prendre plusieurs formes : soit on prend un bouquin existant – et on y rajoute deux ou trois trucs, soit on prend des bouts de bouquins existants – et on crée une histoire à partir du tout. C’est un peu la différence entre le milk-shake et le smoothie en somme. Aujourd »hui, c’est du genre milk-shake que je vais vous parler…

Quand j’étais jeune, innocente, et vachement fleur bleue, je faisais ce que font toutes les jeunes filles de 11 ou 12 ans : je lisais Jane Austen. [On me dit au prompteur que c’est peut être un peu jeune pour les émois Elisabéthains. Que voulez-vous, j’étais littérairement précoce.]
Jane Austen, c’est merveilleux.
C’est britannique, c’est ironique, c’est subtil. Et grosso merdo il ne se passe pas grand-chose : on est dans le classique « boy(s) meet girl(s) », avec des histoires d’amour, d’argent, et de rang en plus. Pas vraiment de champs de bataille, de voyages spatio-temporels, de duels au sabre, de bateaux pirates… si animation il y a, au mieux quelqu’un fuit avec quelqu’un d’autre par amour et on joue du clavecin.

Dans les très, très grandes lignes, hein.

L’objet de cet article n’est pas de vous causer de ma passion pour Jane Austen (sauf déferlante de commentaires de fans enragés), mais d’essayer de vous expliquer pourquoi ses romans sont nettement plus intéressants avec des bestioles fantastiques et des monstres dedans.

Si je remonte un peu la timeline, j’ai d’abord attaqué par  Pride and Prejudice and Zombies.
Vous connaissez ma passion pour les bouffeurs de cervelle : c’est ce genre de bouquins qui vous refile le virus en douceur et j’ai déjà dû vous en parler des milliers de fois (au moins), ceeertes.
Pour ceux qui n’ont jamais, ou peu, lu Jane Austen je vais essayer de résumer rapidement la version sans les monstres : 4 jeunes filles à marier dans un petit patelin calme du Hertfordshire (hé oui, se marier, c’est le seul moyen pour une nana sous le règne de George III pour pouvoir éviter de mal tourner et vivre sans trop de problèmes de thunes), un beau jeune homme riche qui emménage dans le coin, un pote hautain du beau jeune homme riche. Des intrigues de couple sur fond de scandales, de longues missives qui partent un peu dans tous les sens, et un point de vue centré sur Elisabeth – numéro 2 dans la fratrie de son état.
Le roman est articulé autour d’un an et des briquettes, et chaque saison apporte son lot de réjouissances et de retournements de situations.

J’ai beaucoup aimé la version zombifiée du roman pour deux raisons :

Tout d’abord, contrairement à ce que l’on pourrait en penser au premier abord, Jane Austen et les zombies : c’est superbement compatible. Le roman est articulé en plusieurs mouvements, si on peut dire ça comme ça (ou trois tomes, même si j’ai toujours eu un problème avec le découpage des tomes II et III).
L’exemple le plus frappant, c’est certainement la question des bals.
Les bals dans les bouquins d’Austen, c’est LE terrain de l’intrigue par excellence. On est supposé être en terrain neutre, donc tout le monde s’y donne à cœur joie : c’est dans les bals que se nouent les amitiés-et-plus-si-affinités puisque quand on est en train de valser, il n’y a pas de chaperon et on peut discuter tranquillement. Même si à l’époque, on était très loin du collé-serré : c’est quand même un moment intime entre les différents protagonistes. Une bonne partie du bal se joue aussi dans les représentations sociales. Des moments essentiels, donc.

Je vous laisse imaginer ce qu’une horde de zombies affamés pense des bals…. C’est un peu le concept du buffet à volonté, donc qui dit bal, dit zombies. Et qui dit zombie dit : niveau de profondeur supplémentaire dans l’histoire. Au lieu d’attendre de se faire croquer toutes crues, les charmantes sœurs Bennet vont donc prendre leurs armes, et suivant les principes de leur maître de Kung Fu (si, si, ^^) zigouiller tous les zombies qui passent à portée.
Le fait de savoir se battre contre « the unmentionables » (les zombies, en langage proto-élisabéthain) donne un relief très intéressant aux relations Elisabeth-Mr Darcy, au personnage de Charlotte Lucas, et à l’intrigue avec Catherine De Bourgh : qui n’hésite pas à faire affronter à Elisabeth ses meilleurs tueurs (dans l’espoir de l’écarter…).

Deuxième raison : c’est cool et bien fait.
Déjà, les zombies, c’est chouette – point de débat. Mais réussir à intégrer des bouffeurs de chair humaine dans du Jane Austen : il fallait le faire, quand même. J’ai trouvé l’exercice très réussi, puisque Pride and Prejudice and Zombies garde ce qui fait pour moi l’intérêt du roman : l’ironie latente d’Austen est préservée, et les pirouettes littéraires utilisées pour ne pas fusiller les structures de phrase, le langage des personnages (et leur aspect plus ou moins caricatural), et le vocabulaire restent cohérents avec l’œuvre originelle. J’aime beaucoup, beaucoup, beaucoup le terme de « the Unmentionables » pour parler des zombies 🙂

Et la version graphic novel est très chouette aussi !

Après cette charmante découverte, je me suis attaquée -super enthousiaste- à Sense and Sensibility and Seamonsters.

Des romans d’Austen, Sense and Sensibility n’est pas franchement mon préféré.
Je ne sais pas trop pourquoi d’ailleurs, mais à première lecture je m’étais nettement moins enthousiasmée pour les aventures des sœurs Dashwood que pour l’évolution d’Elisabeth.  Dans les grandes lignes, Elianor et Margaret Dashwood se retrouvent privées d’un sacré paquet de leur héritage par leur demi-frère, convaincu par sa méchante femme qu’il ne leur doit rien. Elles se retrouvent donc dans une situation financière assez peu enviable, et vont habiter chez des connaissances bienveillantes. Evidemment, il y a des histoires de cœur qui s’en mêlent et les deux sœurs vont commencer à déguster sentimentalement parlant. Elianor, réservée et introvertie ne montre pas ses sentiments et souffre en silence, alors que la romantique et extrovertie Marianne déprime ouvertement.
C’est peut être le côté un peu facile du « oh, non alors ! on est déshéritées, bouh bouh » et le côté dépressive de Marianne qui passe son temps à chouiner qui m’a un peu tapé sur le système.  Après, c’est une affaire très personnelles, mais les héroïnes avec des nerfs de carpette, ça me parle un peu moins que des figures féminines un peu plus assertives.

A la relecture, dans la version Sense and Sensibility and Sea Monsters, je me suis nettement plus éclatée.  Déjà, les descriptions des monstres marins sont truculentes, mais le relief donné à l’histoire par l’intrigue autour du monde aquatique est vraiment intéressant et bien ficelé.
Déjà, certains personnages sont affligés de particularités physiques peu appétissantes (genre, des tentacules sur le visage à la place de la barbe… Pensez à Pirates des Caraïbes !) – qui apportent un degré d’intérêt supérieur au personnage du Colonel Brandon, je trouve.
Les moments que j’avais trouvé un peu longuets dans l’œuvre originelle, où tout le monde se morfond sur son sort en attendant que ça se passe, c’est nettement plus chouette quand ça se passe dans l’équivalent de l’Atlantis-city ! Comme dans Pride and Prejudice and Zombies, les monstres marins s’intègrent tout naturellement dans l’histoire – en créant une dimension assez intéressante (un personnage absent = un personnage mangé par une méchante bestiole visqueuse ?) dans la relation à l’espace des personnages.
Après, c’est peut être parce que je n’ai pas eu une grande passion pour la véritable version, et que j’ai donc peut être moins fait attention à la structure des phrases, à la richesse du vocabulaire et aux verbes utilisés, mais j’ai trouvé qu’il y avait un effort moindre dans les formulations pour amener les monstres marins. C’est sans doute le fait qu’il y ait moins d’innuendo, de phrasés détournés ou autres qui m’a un peu déçue. Je m’attendais à plus de « dreadful monsters » que de « giant octopuss » si vous voyez ce que je veux dire.
Globalement, le bouquin est cool quand même – et j’ai relu Sense and Sensibility sans les Sea  Monsters par la suite avec nettement plus de plaisir que la première fois.

Enfin, j’ai fini par le dernier bouquin du genre disponible sur le marché : Emma and the Vampires.

Dans mes souvenirs les plus lointains, Emma m’avait nettement moins frappée que Pride and Prejudice (à ma décharge … Mr Darcy !), surtout parce que j’étais nettement trop jeune pour l’apprécier à sa juste valeur. A la différence des autres romans d’Austen, Emma est vraiment  un roman d’apprentissage : de la vie, des relations, dans lequel  on fait passer un message et dans lequel on voit le personnage grandir.
Dans la version originale, la jeune, belle et intelligente Emma intrigue pour faire épouser sa jolie amie potelée Harriett, se retrouve prise entre des feux contraires, et après moult complications, intrigues, un mystérieux pianoforte, des révélations à tout va, Emma finit par devenir un peu plus lucide et à percuter deux ou trois idées que le lecteur voit germer depuis le début du livre. Elle grandit, somme toute, et devient moins niaise et moins détestable – ce qui n’est pas un bien grand mal au fond.
Pas facile – facile, dans ce contexte, d’introduire des vampires à l’histoire.
Pourtant, le mélange se fait relativement bien, et on assiste à deux ou trois scène particulièrement amusantes de plantages de pieux dans les cœurs des sales bestioles ; pieux fraîchement sortis (de manière très unladylike !) des jupons ( !!) de ces demoiselles qui ont auparavant discuté pendant des plombes pour choisir la couleur du ruban servant à arrimer la chose.
L’apparition des vampires, soupçonnée, confirmée, peu débattue entre les personnages (et c’est peut être un peu dommage) est un peu moins bien ficelée. Pour tout vous avouer, j’ai été déçue qu’il n’y ait pas une dimension d’analyse plus poussée des personnages supplémentaires induite par la présence desdits vampires : certains sont juste très forts, très attirants, et très froids, et avec des yeux qui changent de couleur. Big deal.

Sans mauvais jeu de mots , je suis restée un peu sur ma faim pour ce qui est de l’intrigue. Par contre, au niveau vocabulaire, expressions, tout se tient. Emma est bêcheuse à souhait en parlant de comment enfoncer le pieu au bon endroit dans les vampires, Harriett est le parfait vampire-magnet (les jeunes filles toutes fraiches …), et les histoires de bal et d’agressions diverses et variées sont assez chouettes et le vocabulaire reste toujours bien choisi.

Globalement, j’ai trouvé que le mélange -parfois un peu parodique- de Jane Austen et de crétures fantastiques passait plutôt bien, car globalement, c’est bien ficelé et ça a le mérite de dépoussiérer un peu ces oeuvres qui restent malheureusement parfois un peu difficiles d’accès…en espérant quand même que ça donne envie de jeter un coup d’oeil à la version originale 😉

C’est tout pour aujourd’hui (et je vous félicite si vous avez tout lu !), et je reviens bientôt avec un autre genre de mashup littéraires : la science fiction VS littérature classique.

Advertisements
11 commentaires leave one →
  1. jokester permalink
    19 avril 2011 17:45

    Très sympathique ce concept, j’attends la suite avec impatience (à vrai dire je suis plus S.F. que fantasy) !
    Curieusement tu ne parles pas des auteurs de ces pirouettes littéraires, ils ont écrit des livres avant de se lancer dans ce genre d’aventure ?
    En tout cas ça m’intéresse, je vais ptet me commander le premier.

    • 20 avril 2011 03:41

      Si mon article t’as donné envie de lire les bouquins, cela ne peut être que bon signe 😀
      (Bon, maintenant, j’ai comme un devoir moral de refignoler la deuxième partie maintenant … damned !)
      Absolument pas parlé des co-auteurs de Jane Austen , en effet. Pour la simple et bonne raison que ça ne m’avait pas traversé l’esprit… Le co-auteur de Pride and Prejudice and Zombies répond au doux nom de Seth Grahame-Smith, et est professeur de lettres irl si je ne m’abuse.
      Pour Sense and Sensibility and Sea Monsters le co-auteur de Jane est un dénommé Ben H. Winters, et pour Emma and the Vampires Wayne Josephson. Les trois n’ont rien en commun, j’ai l’impression (à part le fait de se faire des organes génitaux en or sur des classiques revisités … ^^)

      • Lien Rag permalink*
        21 avril 2011 13:16

        Bon, et lequel des trois à eu l’idée en premier, et qui a copié ?

  2. Macguyre permalink
    21 avril 2011 07:29

    J’avais un peu de mal à imaginer ce que pouvais être un mash up littéraire, mais je dois dire que tu en fais une description plutôt intrigante.

    Ca m’a l’air de se rapproche un peu de certaines uchronies (j’ai Boneshaker en tête, même s’il n’y a pas que des zombies qui se rajoutent), sauf qu’au lieu d’un « simple » thème historique, c’est carrément une autre oeuvre qui sert de base.

    Par contre, tu me corrigeras si je me trompe, mais contrairement au mash up musical, il semble qu’il n’y ai qu’un ajout d’éléments supplémentaires plutôt qu’un mélange de deux bouquins. Ce qui doit déjà être quelque chose à écrire si on veut respecter le ton original… 🙂

    Bref, vivement la partie 2!

    • 16 novembre 2011 14:09

      Haha, excellent !
      Vraiment, je ne comprend pas … ça a pourtant un potentiel nanard relativement ludique cette chose x)

      • Macguyre permalink
        23 novembre 2011 09:26

        Apparement, le film sortira à peu près en même temps que la deuxième partie de cet article!

  3. 16 novembre 2011 16:23

    Ca ou « Roméo et Goule-iette », hein…

    • Lien Rag permalink*
      22 novembre 2011 09:31

      Joli 🙂

      • 22 novembre 2011 12:02

        Euh, merci, perso je trouvais que c’était lamentable 😉

  4. Aiyana permalink
    3 janvier 2013 13:14

    Pas de seconde partie sur ces mash up littéraires finalement ? Je viens de découvrir ça grâce à ton article et je pense que j’irai très bientôt faire un tour en librairie…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :