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Les Brestois parlent aux Français

26 février 2011

Bien le bonjour à tous !

C’est sous ce titre un peu provocateur que se cache ma première intervention en tant qu’ouvrier du stylo pour Culture’s Pub.

Je souhaite vous parler aujourd’hui d’une bande dessinée, scénarisée par Kris, et illustrée par Étienne Davodeau : Un homme est mort.

1950, René Vautier tente de revenir au pays après quelques temps d’exil en Irlande. Il n’est pas le bienvenu dans sa patrie, son dernier film Afrique50 critiquant le colonialisme français est interdit, et lui vaut de nombreuses inculpations émanant du ministère des colonies… Mais on le réclame au pays, pour qu’il vienne tourner sur la scène des graves grèves qui touchent Brest depuis un mois.

Pour comprendre ce contexte, revenons quelques années auparavant. 1944, les Allemands ont tellement bien défendu le complexe militaire de Brest que les alliés ont été contraints de bombarder la ville en haute altitude, et bien souvent de nuit…

À ces dommages collatéraux s’ajoutent ceux du débarquement. Brest est assiégée pendant 2 mois, il y explose des bombes au phosphore et au napalm, les bâtiments sont ravagés par des incendies de soldats allemands désespérés… La population évacuée revient après la libération pour en faire le triste bilan : la ville est rasée, intra-muros il ne reste que le château et la façade du théâtre.

La reconstruction de Brest prit du temps, des cités provisoires de baraques furent installées sur d’ancien terrains militaires, pour loger les travailleurs du bâtiment et de l’arsenal. Ces agglomérations abritèrent jusqu’à 10000 habitants, des commerces, des écoles, des églises… Les hautes classes, quant à elles, financent une reconstruction prioritaire de leurs biens.

Les salaires ne sont pas particulièrement inférieurs à la moyenne nationale, mais la concentration exceptionnelle de travailleurs et la pénurie alimentaire sont un foyer propice aux revendications syndicales. La radicalité gouvernementale et policière s’oppose à ces mouvements de protestation, emprisonnant notamment des élus communistes pour s’être opposés à la « sale guerre d’Indochine ».

Le PCF, la CGT, la CFTC et le clergé s’unissent pour réclamer une hausse des salaires et de quoi se nourrir décemment. C’est là qu’intervient René Vautier, le cinéaste dont je vous ai parlé plus haut… (attention spoiler inside)

Il assiste à la grande manifestation du 17 avril 1950, le jour ou les forces de l’ordre ouvrirent le feu sur les manifestants, faisant une vingtaine de blessés et un mort : Édouard Mazé.

C’est après le choc de cet événement que René brandit sa caméra militante, pour relater les grèves, obtenir le témoignage de dockers, d’ouvriers, et plus généralement de la protestation sociale. Il projette son film le soir venu, dans tous les foyers de la contestation pour plaider l’union des travailleurs et entretenir la mémoire du camarade Mazé. La bande son de son film Un homme est mort n’est autre que le poème de Paul Eluard du même nom, légèrement revu (changement du nom « Péri » par « Mazé), et lu par ses soins durant la projection.

Ce film est aujourd’hui disparu (en fait détruit à force d’utilisation), et la vision de cette bande dessinée est d’en retransmettre l’histoire, l’humanisme et la force.

Du point de vue de la réalisation on y trouve des lignes assez claires, de grands plans d’émotion, des couleurs brunes et ternes. Ça colle bien à cette révolution dans les tranchées de la ville en reconstruction. Et puis les dialogues sont vivants, et vous racontent l’histoire de manière bien moins rébarbative que moi ^^.

En ce qui me concerne j’ai été très touché par ce récit historique, en tant qu’étudiant brestois, vivre à Brest revêt quelques aspects particuliers. Les bâtiments sont mornes, la ville est bétonnée, pourquoi diable irait-on vivre ici ? C’est encore la force de ses habitants, leur gentillesse, l’attrait du grand large et son identité forte qui fait qu’on s’attache à cette ville, et qu’elle est encore vivante aujourd’hui. La construction du tramway de Brest, commencée il y a deux ans, n’est pas sans rappeler aux anciens, la longue période de reconstruction. Pour les curieux(se) vous en avez quelques clichés ici… Mais croyez moi sur parole, c’est une sacrée pagaille.

Pour finir je vous fournis quelques liens pour aller jeter un œil au premier film de Vautier, Afrique50, cité au début de la B.D. C’est un documentaire qu’on lui a commandé pour mettre en valeur la mission éducative de la France dans les colonies. Cela se voit clairement dans la vidéo, Vautier choqué de ce qu’il y découvre, dévie de sa mission originale pour en faire un film anticolonialiste (le premier en France).

La première partie :

Et la seconde :

Merci de votre attention, à bientôt les loulous !

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5 commentaires leave one →
  1. 26 février 2011 16:53

    Jokester, bienvenue parmi les casses couilles ! 😀
    Merci de nous avoir fait entrer en territoire inconnu avec cet article … instructif (pour moi Brest, ça va avec « grisaille » et « pluie »), j’ai toujours l’impression que les BD historiques, c’est réservé à Rome pour pouvoir dessiner des nanas à poil et des scènes d’orgies !

    Je m’en vais de ce pas demander à ce qu’on me mette la BD de côté ! 😉

  2. suzou permalink
    27 février 2011 12:46

    Merci pour ce premier article et bienvenue !!!
    J’avais lu cette BD il y a longtemps, et ayant des attaches brestoises elle m’avait marquée. En partie aussi parce qu’elle relate un évènement méconnu et pourtant tragique.

  3. 27 février 2011 17:52

    Bienvenue chez les casses couilles et j’espère lire encore de nombreux articles sur Brest ou d’ailleurs .

  4. Ofboir permalink
    27 février 2011 22:08

    Bienvenue Jokester !
    Chouette article, tu m’as donné envie de lire la BD. Je pense que je devrais pouvoir me la faire prêter (hein Makuchu ?)

  5. jokester permalink
    9 mars 2011 10:53

    @playne : eh eh, il y a parti pris avec ce lien vers des clichés de Brest par beau temps 🙂
    La proximité avec la mer fait que le temps varie beaucoup, et donc on voit le soleil assez souvent. (la pluie et le crachin aussi !)

    @suzou : tu me corrigeras si je me trompe sur ta terre natale, je suis seulement breton par procuration pour mes études 😉

    @tous : merci à tous pour votre chaleureux accueil, j’espère que vous apprécierez la B.D. si vous avez l’occasion de la lire !

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