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Le Discours d’un Roi

23 février 2011

Cela fait à présent deux semaines que l’école est finie, et plutôt que de broyer du noir et de m’appesantir sur mon sort, ces derniers jours, je me suis secoué les miches et j’ai fait en sorte de renouer avec des activités culturelles… Je suis donc allé voir The King’s Speech (ou Le Discours d’un Roi) en dépit des quelques critiques que j’avais pu lire sur le profil social d’une de nos chères contributrices : Lib… (Ah ! Et d’ailleurs, on me souffle à l’oreille qu’elle va contribuer à la rédaction de ce post !…)  Ayant quelques notions de civilisation britannique, je m’attendais à sourire, voire à être outré, face à certaines scènes du film. Fut-ce le cas ?Mes connaissances historiques se sont révélées en fait bien trop lointaines pour qu’aucun fait vienne véritablement me choquer. Cela m’a plutôt fait plaisir (enfin ça, c’est un plaisir très personnel) d’avoir une piqûre de rappel concernant les acteurs politiques et historiques de l’époque : qui furent les rois ? Dans quel contexte ont-ils régné ? Et les mêmes questions concernant les Prime Ministers.

En fait ce qui est passionnant et remarquable dans ce film – dont certains critiqueront la rigueur et l’objectivité historique, c’est le jeu des acteurs et surtout celui du couple royal : Albert, duc d’York et futur George VI (Colin Firth) et la duchesse d’York et future « Queen Mum » (Helena Bonham Carter).  Personnellement, je reste souvent sans voix devant les acteurs qui parviennent à s’accaparer, le plus justement possible à mes yeux, d’un rôle d’infirme ou d’handicapé ; comment peut-on parvenir à jouer d’une manière aussi « naturelle » quelque chose comme le bégaiement, un mal intimement lié au psychologique ?

Bien que la rigueur historique ne soit pas la clé de voute du film, au moins on retrouve (pour mon grand plaisir) les figures marquantes de cette période de l’histoire. Ces figures sont qui plus est, dépeintes de manière truculente par Tom Hooper : je pense notamment à la petite Elizabeth (qui deviendra Elizabeth II) ou encore à Winston Churchill (interprété par Timothy Spall, un acteur au faciès tout particulier) !

En un mot, j’ai vu Le Discours d’un Roi avec le regard du bœuf moyen (voire de la moitié inférieure) et je n’ai retenu et apprécié de ce film que les aspects jouant sur les créneaux du spectaculaire ou encore de l’émotionnel : par exemple avec la manière dont est retranscrite la pugnacité avec laquelle Bertie (George VI) lutte contre son infirmité. Je n’ai  pris ce film ni comme une fresque historique ni comme un biopic mais uniquement comme un agréable film à grand spectacle.

Grande britannophile devant l’éternel (et puis, chose promise, chose due…), j’ai supplié Stef808, avec les yeux du Chat Potté dans Shrek, de me laisser mettre mon grain de sel dans son article. Parce que Stef est un type formidable, il a bien voulu me laisser une petite place !

Pour rebondir sur l’aspect historique du film, je suis parfaitement d’accord avec Stef808. Le Discours d’un Roi est un film historique qui s’attache à retracer l’état d’esprit, l’atmosphère d’un pays à un moment donné – la montée du nazisme dans une Europe réticente à agir, puis la prise de conscience nationale qu’il va falloir remettre ça, après une Première guerre mondiale particulièrement dévastatrice. A cet égard, la photographie du film, qui privilégie des couleurs, des éclairages sombres et pastels (sans que le film donne pour autant une impression de tristesse) est une véritable réussite. Et, même si mes parents n’étaient pas encore conçus dans les années 1930, le pari m’a semblé parfaitement relevé – ce qui m’a été confirmé par la fille d’une Anglaise qui, elle, a vécu cette accession de George VI au trône et l’entrée de la Grande-Bretagne dans le conflit.

S’il me fallait choisir un moment qui résume tout le film, je pense que je choisirai la dernière scène (spoiler, ou non ? Disons que si vous êtes un puriste et ne voulez surtout rien savoir sur le film, passez au paragraphe suivant. Cela dit, les mots qui suivent ne vous gâcheront en aucun cas le plaisir si vous n’avez pas encore vu le film, promis). Bref, la dernière scène, c’est le discours du Roi, qui répond très justement à l’allocution désastreuse qui ouvre le film. Ce dernier discours, point d’orgue du film, est celui où, pour la première fois, George VI s’adresse à la nation britannique. Et les circonstances ne sont pas les moindres : il annonce l’entrée en guerre du pays, rien que ça. Et quand on est bègue… vous aurez saisi l’importance du moment. Si ce discours résume parfaitement le film, pour moi, c’est que lorsqu’il commence à parler, l’homme n’est qu’Albert, aux prises avec un handicap qui rend toute prise de parole publique extrêmement compliquée. Et au fur et à mesure qu’il parle, qu’il adresse ces mots cent fois répétés à son peuple, il devient George VI, roi d’Angleterre, d’Ecosse, d’Irlande du Nord, du Pays de Galles et des pays du Commonwealth. Il accepte pleinement cette tâche qui lui a été imposée par l’incapacité de son frère à régner, et la question de son handicap passe, enfin, au second plan. Sans compter l’adorable échange qui suit entre le Roi et ses deux petites fille : si Margaret s’extasie (« You were splendid, papa! »), Elizabeth, future monarque, répond de manière beaucoup plus mesurée – préfigurant ainsi la personnalité de la princesse et de la reine.

L’ensemble de la distribution est éclatant, avec une mention particulière pour Geoffrey Rush, interprète de Lionel Rogue, à qui s’adresse la duchesse d’York pour soigner le bégaiement de son époux. Australien, indécrottable démocrate, il forme un parfait contrepoint à la rigueur toute royale de Bertie. La confrontation entre le futur monarque et l’homme du peuple devient vite plus que cela : les deux hommes sont, dès qu’ils travaillent ensemble, sur un pied d’égalité, Lionel aidant Bertie à surmonter son handicap. Le jeu de Colin Firth (qui, décidément, est comme le bon vin : plus il vieillit, plus ses choix de rôles sont judicieux et la qualité de son jeu époustouflante) souligne cette tension entre la réserve guindée du Duc d’York, ses coups de colère qui le font sortir hors de ses gonds, et, enfin, la sympathie qu’il ressent peu à peu pour Rogue. Finalement, Le Discours d’un Roi est moins un film sur George VI qu’une histoire d’amitié entre deux hommes que tout sépare, et qui trouvent cependant des racines pour une solide amitié à force de se fréquenter. Rien de nouveau sous le soleil, certes. Mais quand c’est joué avec autant de talent, filmé avec autant de subtilité (rien, pour ainsi dire, n’est montré de l’Angleterre des années 1930 – et pourtant, tout est dit, et on s’y croirait), le tout saupoudré de citations de Shakespeare et d’une galerie de seconds rôles tous aussi bons les uns que les autres – on en redemande !



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8 commentaires leave one →
  1. 24 février 2011 07:07

    Merci pour cet article écrit à quatre mains !C’est exactement ce que j’ai ressenti en voyant ce merveilleux film (déjà deux fois ET en anglais pour faire plaisir à Lib! ) :on s’y croirait et la complicité qui s’installe entre Bertie et Lionel Rogue est réellement émouvante .Je conseille à tous de se laisser tenter.

  2. Lien Rag permalink*
    24 février 2011 09:43

    Film superbe. Rien à dire de plus : vous avez tout résumé.
    Je m’en vais réécouter l’allegretto de la 7e symphonie de Beethoven de ce pas 🙂

    • 24 février 2011 11:44

      J’ai une toute petite réserve vis à vis de l’utilisation de ce mouvement de la 7e : ok, je l’adore, il est sublime, et il correspond bien au moment. Mais TOUT LE MONDE l’utilise tout le temps, c’est pénible à force. Je me disais ça en regardant un spectacle de danse contemporaine l’autre jour, qui utilisait le même… c’est un poil facile.
      Mais ça ne retire rien au film – que je vais revoir mardi avec une copine qui ne l’a pas encore vu ;o)

      • Lien Rag permalink*
        2 mars 2011 09:56

        C’est le problème de tous les « tubes » du classique. Par exemple, je n’arrive plus du tout à écouter Carmina Burana…

  3. suzou permalink
    24 février 2011 13:03

    Je suis d’accord avec ce que vous dites dans l’article !
    J’ai beaucoup aimé ce film en partie parce qu’il mêle habilement la petite et la grande histoire, mais aussi pour les acteurs formidables!!!

  4. 2 mars 2011 15:50

    Bon, je l’ai revu hier pour accompagner une amie qui ne l’avait pas encore vu. La salle était ARCHI COMBLE, effet Oscars probablement… Et bien, c’est encore mieux à la revoyure ! Les dialogues, la photographie, les échanges de regards, le jeu des acteurs… tout est d’excellente qualité, vraiment – et l’émotion est toujours là !

  5. Ofboir permalink
    11 mars 2011 11:28

    Je l’ai enfin vu, et j’ai adoré. Je vais pas m’étaler, tout a été dit ici : magnifique jeu d’acteurs, bla bla, photographie, bla bla. Bref, du très bon. Vu mes immenses lacunes en Histoire (à ce niveau-là, je ne sais pas même pas si on peut encore appeler ça des lacunes d’ailleurs), certaines petites subtilités m’ont échappé, comme la réaction d’Elizabeth et de Margaret dont tu as parlé Lib. Mais comme vous l’avez si bien dit ça n’empêche absolument pas d’apprécier ce film qui, avant d’être historique, est surtout profondément humain.
    Comme Lib a déjà spoilé la scène de fin, je rajouterais que j’ai particulièrement aimé son ironie : elle présentée comme une vraie victoire sur le handicap, tout le monde est content et applaudit le roi, alors qu’il vient quand même d’annoncer l’entrée en guerre … Un petit décalage appréciable qui évite de sombrer dans le cliché théâtral.

    Et pour être un peu plus cynique, je ne peux pas m’empêcher de penser à l’excellent série Extras de Ricky Gervais, qui se passe dans le milieu du cinéma, où dans un épisode Kate Winslet dit qu’en faisant un film sur la shoah, ou en jouant un handicapé, on est sûr de gagner un oscar. Effectivement, ça a pas loupé …

  6. 11 mars 2011 16:13

    « Et pour être un peu plus cynique, je ne peux pas m’empêcher de penser à l’excellent série Extras de Ricky Gervais, qui se passe dans le milieu du cinéma, où dans un épisode Kate Winslet dit qu’en faisant un film sur la shoah, ou en jouant un handicapé, on est sûr de gagner un oscar. Effectivement, ça a pas loupé … »

    Hé hé :o)

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