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Peurs sur la ville

10 février 2011

Depuis le 20 janvier, se tient à la Monnaie de Paris une expo photo pas comme les autres : Peurs sur la ville. Entre histoire et fiction, elle nous raconte un Paris en guerre, en mélangeant photos d’archive et photo-montages. Un voyage dans la violence urbaine qui ne laisse pas indifférent. Visite éclair.

Dans la première partie de l’expo, une série de photos historiques retrace les évènements violents qui ont secoué l’histoire de Paris : la libération en 1944, la guerre d’Algérie, mai 68, les attentats pendant les années 80 et 90, jusqu’aux émeutes de 2005. Outre la petite révision d’histoire qu’elles nous proposent, ces photos, tirées des archives de Paris Match, sont réellement marquantes. Photos crues, qui n’hésitent pas à montrer du sang ou des corps, ou photos prises sur le vif, avec un sens du mouvement incroyable. On reste bouche bée devant certaines, à se demander comment quelqu’un a pu avoir la présence d’esprit, à un moment pareil, de prendre une photo, cette photo. On sent l’urgence, on sent la peur. La série retrace ainsi une sorte de chronologie. A un moment, deux photos côte à côte nous montrent des groupes de jeunes de banlieue désœuvrés. L’une prise dans les années 50, l’autre dans les années 2000. La comparaison entre les deux est saisissante.

Ensuite, on découvre une série de photos réalisée par Michael Wolf, intitulée Paris Street View. Cette série nous expose tout simplement des photos tirées du désormais incontournable Google Street View, et prises dans Paris. Son but est de nous faire réfléchir sur l’intrusion dans notre vie privée que cela représente : visages masqués, on peut voir des personnes dans des situations assez inhabituelles, plutôt embarassantes, prises en photos à leur insu. Une nouvelle forme de violence urbaine, en sorte.

Et enfin, dernière partie de l’expo, qui est aussi la plus originale : une série de photo-montages, réalisés par Patrick Chauvel. Ils nous projettent cette fois dans une guerre imaginaire à Paris, en superposant des images de batiments de la capitale avec des clichés de conflits réels et contemporains, pris aux quatre coins du monde (Liban, Tchétchénie, Thaïlande, Salvador, Yougoslavie …). Et à chaque fois, un petit écriteau (malheureusement pas toujours judicieusement placé) remet la photo originale dans son contexte. Bien vu, l’utilisation du batiment de l’expo : la photo de la Samaritaine est située à côté d’une meurtrière, par laquelle on peut apercevoir la vraie, de l’autre côté de la Seine. Cette série de photos est très surprenante et vraiment très intéressante : d’une part, le travail de retouche est remarquable et la qualité graphique de l’ensemble est indéniable. Ces images surréalistes, au traitement si particulier (les couleurs plutôt sombres, le ciel souvent très menaçant) nous plongent dans une ambiance vraiment pesante. D’autre part, ces photos nous poussent à la réflexion sur le fossé qu’il peut y avoir entre la paix que l’on connaît en France et les trop nombreux conflits qui déchirent encore le monde. Mais aussi sur comment une apparente stabilité peut basculer d’un moment à l’autre. Cette expo, c’est aussi un appel à la vigilance, et c’est particulièrement d’actualité avec les évènement que l’on connaît aujourd’hui.

En sortant, profitez-en pour jeter un coup d’œil à la méridienne située dans la cours. Sorte de croisement entre une obélisque et un cadran solaire, elle permet, en mesurant la hauteur du soleil à midi, de déterminer la période de l’année. Conçue en 1777 par Pingre et Jeaurat, elle est l’une des trois méridiennes de Paris, avec le canon du Palais-Royal et le gnomon de l’église Saint-Sulpice (mentionnée dans un certain roman à succès …). Et oui, quand on vous dit que c’est le pub de la culture ici, c’est pas de la blague.

Peurs sur la ville, Monnaie de Paris, du 20 janvier au 17 avril 2011. Entrée 6€, tarif réduit 4€.

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4 commentaires leave one →
  1. 10 février 2011 13:29

    J’ai entendu parler de cette expo, de la dernière partie, celle de Patrick Chauvel, en fait. Intéressant de voir que l’expo ne se limite pas à cet artiste seulement.

  2. Lien Rag permalink*
    10 février 2011 14:06

    Ça a l’air super sympa. Fans de post-apo, ne pas s’abstenir 🙂

  3. 11 février 2011 08:36

    Ofboir, très bon article ! Je sais ce que je fais ce week end, du coup 🙂
    J’avais bien aimé l’espace de la monnaie de Paris, mais je me demande ce que ça donne avec du post apo dedans. Il y a combien de salles, et surtout quelle taille ont les photos ?

    Oh, et puis merci pour la précision sur la méridienne, ça m’avait intriguée la dernière fois …

    Juste une question technique, qu’est ce que tu entends pas tarif réduit ? -25 ans ? -12 ans ? + 90 ans ?

    • Ofboir permalink
      11 février 2011 08:49

      La taille des photos est généralement assez généreuse, en tout cas pour la partie de Patrick Chauvel ne t’inquiète pas, elles en imposent !
      Il y a en tout 5 ou 6 salles, et ça se visite assez vite, en environ une heure on a tout vu en prenant son temps.
      Le tarif réduit, tout ce que je peux te dire, c’est que ça marche au moins avec la carte d’étudiant.

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