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Dis-moi comment tu t’appelles…

13 décembre 2010

… et je te dirai qui tu es. Ou plutôt ce que j’imagine d’après cette chose si commune et si intime qu’est ton nom. C’est sur ce préjugé que Michel Leclerc fait reposer l’intrigue de son dernier film, co-écrit avec sa compagne, Baya Kasmi. Le nom des gens raconte un peu leur histoire, et la nôtre aussi.

Quand Bahia Benmahmoud (Sara Forestier) rencontre Arthur Martin (Jacques Gamblin), tout les oppose : elle est jeune et libérée, il est nettement plus âgé et sacrément coincé. Elle revendique haut et fort son nom arabe ; il dissimule pudiquement ses origines juives. Ce n’est pas tant de mélange des cultures que de confrontations de point de vue qu’il est question, et c’est un peu plus intéressant. 

Le film est drôle, d’abord. Je commence par ça, parce que c’est l’argument le plus vendeur. Le film se présente comme une comédie, et c’en est une, très réussie en plus. Si vous voulez rire un bon coup, allez-y. Bon, voilà, c’est dit, je vous sens rassurés et confiants. Maintenant, les choses un peu sérieuses. Le rire, parlons-en, tiens. Oui, c’est léger, pétillant, vivifiant, tout ce que vous voudrez, mais surtout, à l’éternelle question « Peut-on rire de tout ? », Leclerc et Kasmi osent répondre franchement : oui, on rit de tout dans Le nom des gens, même de l’innommable (et là je ne fais pas ma mijaurée). On se sent un peu coupable de certains éclats de rire, puis on se rend compte qu’on peut se le permettre parce qu’ici l’humour est à la fois intelligent et bienveillant, deux qualités précieuses, surtout quand elles se combinent – ce qui n’est pas si fréquent.

Autre réussite du film, le couple Gamblin-Forestier, d’autant plus émouvant qu’il est improbable. Il est magnifiquement guindé, elle est légère… dans tous les sens du terme : déjà, avec ses grands yeux bleus et ses fesses parfaites, Sara Forestier est agaçante. Mais en ça elle sert parfaitement les excès de son personnage, qui dissimule ses fêlures comme elle peut – on comprend pourquoi dès le début du film, mais je ne vais rien vous dire parce que ce serait moins bien. En fait, c’est ça l’histoire du film : deux personnages qui gèrent comme ils peuvent leur abîme intérieur, lui par une introversion détachée, elle par la provocation. Aussi extrêmes que soient ces deux attitudes, aussi comiques qu’elles puissent être à l’occasion, elles n’en sont pas moins aussi graves que sincères.
Le reste de la distribution est impeccable : les parents d’Arthur et de Bahia ont ce qu’il faut d’excessif pour que, d’une manière ou d’une autre, on les reconnaisse. Famille, amis, voisin, des comme ça, on en connaît tous. Une petite mention à Lionel Jospin qui fait nous fait une jolie preuve d’auto-dérision en jouant son propre rôle.

Enfin, le film fourmille de trouvailles cinématographiques, pas toujours très subtiles (c’est pas que c’est lourd, c’est juste que je les ai vues, et d’habitude ça me passe carrément au-dessus de la tête), mais efficaces : souvent drôles ou judicieux, ou pourquoi pas les deux à la fois, ces effets de cinéma dénotent une véritable ambition d’exprimer l’émotion par l’image, ambition sans laquelle le cinéma n’aurait pas lieu d’être.

Bref un film qui parle avec finesse, pudeur et humour de sujets graves ou légers, incarnant un cinéma ancré dans son époque, à l’image de notre société… ou de ce qu’elle devrait être. À voir, vraiment.

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3 commentaires leave one →
  1. Lien Rag permalink*
    16 décembre 2010 09:19

    Ah ça a l’air chouette ; j’espère qu’il va passer près de chez moi.
    C’est typique des films qui ont une affiche naze et peu de pub, et qu’on ne connait que grâce au bouche à oreille (et donc on a 95% de chances de passer à côté d’une perle).

    • 16 décembre 2010 16:13

      Oui, mais quand même, ça a l’air de marcher assez fort : j’y suis allée en semaine, dans l’après-midi, et la scène était pleine… ce qui est de plus en plus rare, en fait. C’est un signe.

      • Lien Rag permalink*
        18 janvier 2011 09:17

        Il a fini par passer dans un cinéma encore plus petit que mon ciné de quartier, et on l’a vu hier. Très très sympa, merci beaucoup ! Drôle et très touchant, vraiment une perle de 2010.

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