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La philo en maternelle

25 novembre 2010

Une fois n’est pas coutume, j’ai vu un documentaire au cinéma. Je me demande si la dernière fois, ce n’était pas Microcosmos… Mais j’ai vu la bande-annonce et j’ai un abonnement à rentabiliser, alors bon. Ça avait l’air tout choupi, et après un dimanche avec mes petites-cousines je savais que mon horloge biologique n’allait pas me poser de problème.

Première remarque : ne piratez pas ce film, c’est mal. Mais objectivement, ça peut se voir à la télé. Attendez un peu, je suis sûre qu’Arte est votre amie. Un peu de patience, mes choupitous. Sinon, il y a des combines pour aller au ciné pas cher, en cherchant un peu (notamment dans notre colonne de droite). Parce que ça en vaut la peine, croyez-moi. Pas de grands espaces, pas d’images hallucinantes, mais des mots, des mots simples, des mots merveilleux. Des mots d’enfants. Des enfants de l’école Jacques Prévert de Le Mée-sur-Scène (77) pendant leurs ateliers de philosophie avec leur maîtresse, Pascaline Dogliani.

Réunis en cercle autour d’une bougie, les enfants apprennent à réfléchir et surtout à s’exprimer. Et tout y passe : l’amour et la mort, la différence et l’intelligence, l’autorité et la liberté. Des sujets qui nous laissent encore perplexes malgré les heures de philo auxquelles nous avons eu droit en terminale. Je ne dis pas que les enfants ont les réponses, mais comme nous ils ont des réponses, parfois justes, souvent attendrissantes, toujours inattendues car on a tendance à sous-estimer les petits.

Et c’est là la force du film. Bien sûr, on rit beaucoup, et on se laisse attendrir par ces petites bouilles trop meugnonnes. Mais en voyant ces enfants réfléchir, le spectateur aussi commence à se poser des questions. Sur les sujets abordés, un peu, mais surtout sur l’école et le rôle qu’elle peut avoir dans une vie. Bien sûr, la cinématographie souligne un peu le propos : le lac glacé mais interdit à la traversée comme au patinage, le quai désert du transilien, le béton morne des immeubles finissent par révéler les espaces verts, les prairies en fleurs qui bordent la commune en été.
C’est un peu facile, mais c’est une jolie métaphore, et le rôle du cinéma, c’est aussi de s’exprimer par l’image : dans une banlieue qui n’est pas présentée comme dangereuse, mais seulement comme morose, l’école est un lieu de vie et de couleur. Ce qu’elle devrait être.

On se sait pas exactement qui sont ces enfants, mais ils n’ont pas l’air de vivre dans des familles qui roulent sur l’or et où la culture coule à flots. Leur discours est souvent empreint d’une certaine inquiétude. La misère, ils ne la vivent peut-être pas tous, mais ils la voient. Ce que cet atelier leur offre, c’est une chance unique de mettre en marche leur intelligence, de maintenir en vie leur curiosité, et d’apprendre à mettre les mots sur ce qu’ils ressentent. Ce qui est beau, c’est de voir qu’autour de la bougie Kyria, la petite princesse réfléchie, et Abderhamène, le casse-cou qui n’aime pas l’école, ont la même chance de trouver les mots qui leur sont nécessaires, et apprennent à discuter, à argumenter et à ne pas être d’accord. Et même si ces valeurs n’arrivent pas encore jusqu’à la cours de récré, c’est déjà un premier pas.
Cet éveil est d’autant plus bénéfique qu’on voit aussi les parents s’investir, poser des questions, encourager leurs enfants à continuer le dialogue à la maison. On peut espérer qu’après ces deux années d’atelier de philosophie, ces jeunes intelligences ne sont pas condamnées à s’étioler. Car ce film nous rappelle ce fait essentiel : à quatre ans, un enfant a toutes ses chances devant lui, et il est du devoir de la société, de l’Éducation nationale de tout faire pour ne pas laisser étouffer un tel potentiel. Je ne dis pas que c’est facile. Je ne dis pas que c’est faisable. Mais c’est un idéal auquel il faut tendre à tout prix.

Ce n’est qu’un début, de Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier.

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5 commentaires leave one →
  1. 25 novembre 2010 10:03

    Merci de nous avoir parlé de ce film.Ancienne » instit » de maternelle, j’ ai pu mesuré à quel point les petits peuvent avoir une réflexion étonnante sur les choses de la vie! Un petit venait de perdre sa mère donc nous avons parlé de la mort :

    -« elle est au ciel, ta mère, avec les anges?  »

    -« mais non ça existe pas , elle est avec les n’avions! »

    Un exemple parmi tant d’autres!

    Un enfant me tournait autour en me regardant et voulant me demander quelque-chose mais n’osant visiblement pas.Je lui demande ce qui se passe , alors il me dit ( je suis en fauteuil roulant ):

     » tu as un nouveau canapé « ?

    En effet je venais d’avoir un nouveau fauteuil et il l’avait remarqué mais ne connaissait pas le mot correct alors il était gêné …
    Allez le dernier pour le plaisir:Nous parlions de comment faire les bébés…Vaste sujet!

    – » Moi j’ai vu mon papa et ma maman faire l’amour »
    Moi un peu gênée
    -Heu qu’est ce qu’ils ont fait?
    – » bin mon papa a pris ma maman dans ses bras, il l’a embrassée sur la bouche , ils ont été dans la chambre…..et ils ont fermé la porte! »

    (tant pis pour les voyeurs qui salivaient déjà!)

    – « Ah oui il a mis la ptite graine pour faire un bébé !  » dit un pote à lui qui avait l’air d’en savoir un rayon
    -« Mais non il avait pas pris la cuillère à ptites graines ! »

    Et oui pas de détour par la cuisine avant ! Un aller direct » salon – chambre »! Inutile de vous dire qu’il y a eu du travail pour balayer les idées reçues mais surtout pour faire comprendre à certains parents que même si leurs enfants n’ avaient que 5 ans , les choux et les roses…c’était FINI Les enfants eux n’étaient visiblement pas perturbés!!

    Merci d’avoir fait remonter en moi tant de souvenirs!J’espère ne pas avoir été trop longue !

  2. 25 novembre 2010 14:21

    Une que j’adore, qu’une amie anglaise m’avait racontée : C’est la maîtresse qui raconte l’histoire des Trois Petits Cochons. Quand elle arrive au passage où le premier cochon demande de la paille à un fermier pour construire sa maison, la maîtresse demande : « À votre avis, qu’a dit le fermier ? » L’un des enfants lève très haut la main et répond « Moi, moi, je sais ! Il a dit ‘Ça alors, un cochon qui parle !' »

    Ou alors, au catéchisme :
    – Le 4e commandement nous apprend qu’il faut honorer son père et sa mère. Y a-t-il un commandement qui nous dit comment traiter nos frères et sœurs.
    Les enfants réfléchissent, puis l’un d’eux répond : « Tu ne tueras point. »

  3. Arnold permalink
    26 novembre 2010 22:06

    Merci !
    Merci à l’auteur(e) de l’article, très bien écrit, dans un style juste, qui arrive à être unique tout en étant simple et intelligent.
    Merci à mthé85 et Syracuse Cat pour vos récits et anecdotes délicieuses,
    Merci aux réalisateurs et aux formidables acteurs du film, un pure merveille.
    Un rayon de soleil éblouissant de plaisir. Un film profondément drôle. Le réel peut être brut sinon brutal, sous les yeux d’un enfant – sans forcément perdre de sa violence – il gagne en innocence. Une puissance de vie absolue qui nous fait aimer la vie. Et si la philosophie, c’était la sagesse d’aimer la vie ?

    (je vous ai même offert une « pinte » virtuelle sur mon facebook et twitter!)

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