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Quartier Lointain – du papier au cinéma

22 novembre 2010

Ce mercredi sort en salle Quartier Lointain, adaptation du manga éponyme de Jirō Taniguchi. Si ce dernier traite du retour en enfance dans le Japon d’après-guerre d’un adulte moderne, le film a été porté en France, à la fin des années 60. Dans les deux cas, il s’agit d’une œuvre sensible et émouvante à côté de laquelle vous ne voulez pas passer.

Le narrateur, quinquagénaire qui a réussi professionnellement, marié, deux enfants, la vie qu’on est sensé avoir en fait, se trompe de train en revenant d’une réunion de travail. Par hasard, il se retrouve dans la ville de son enfance. La mélancolie le prenant, il se rend au cimetière, sur la tombe de sa mère. Submergé par l’émotion et les souvenirs, il s’écroule.
Lorsqu’il se réveille, il a changé : il se retrouve dans le corps de ses quatorze ans. Mieux, il est revenu dans le passé. Avec sa vision d’adulte, il va donc revivre son enfance, l’école, les filles, et surtout, surtout, avoir une chance de comprendre et de retenir son père, qui s’est enfui cet été là.

Quartier Lointain, de Jirō Taniguchi

Clic clic pour voir une planche !

Le manga original paraît à partir de 1998, en huit chapitres. Il est apparu en France et Belgique en 2002, et a eu énormément de succès en Europe, plus même que dans son pays d’origine. Le dessin de Taniguchi est beau et accessible, sa narration poétique, et le thème est universel.

Le chapitrage de Quartier Lointain est un point important à prendre en compte. Taniguchi savait-il où il allait quand il a commencé à dessiner ? Quoi qu’il en soit, si chaque chapitre est très marqué, on sent clairement deux temps à l’histoire : le retour à l’enfance d’une part, les amis, les bêtises, les filles, tout cela revécu avec bonheur par un adulte nostalgique. D’autre part, le rapport au père, dont le narrateur se rend compte assez tard que c’est l’année où il va disparaître. Là, il va essayer de profiter de cette deuxième chance pour le connaître, le comprendre, et, qui sait, essayer de le retenir.
Cette coupure, peut-être involontaire, est ce qui m’a le plus dérangé dans le livre, qui à part ça est un régal, et surtout une réflexion profonde sur le fait d’être adulte.

Quartier Lointain, de Sam Gabarski

Une adaptation n’est jamais une tâche aisée. Un portage de pays à pays devient un défi. Force est de constater qu’il est pleinement réussi. Comme Ne le dis à personne, impossible de détecter que l’histoire n’a pas été écrite en France, mais au Japon. D’ailleurs, ceux qui auront lu le manga se rendront compte à quel point il y a des similitudes entre nos deux pays globalement opposés (jeu de mots inside ^^).
Sur cet aspect, les spectateurs qui ont connu les années 60/70 vont se régaler, comme ont du le faire le réalisateur et ses décorateurs. L’ambiance est parfaite : dans la rue, les voitures, les boutiques, les publicités ; dans la maison, les meubles, les vêtements, les jouets ; et surtout dans l’école : les quinquas retomberont en enfance.

Du point de vue de la réalisation, la caméra de Gabarski vaut le crayon de Taniguchi. Lorsqu’il se lâche à des plans contemplatifs, aidé par les superbes paysages des Alpes, et par la musique de Air qui confirme son talent dans les BOs, on retrouve la mélancolie et la puissance des videos de Girls in Hawaii (belges, comme Gabarski).

Cependant, si la qualité de la BD vient du fait qu’elle prend son temps pour installer l’ambiance, ce n’est évidemment pas possible au cinéma où le rythme est roi. J’ai régulièrement été dérangé par des scènes que j’imaginais plus longues, ou des dialogues que j’aurais voulu plus lents – mais irréalisables au cinéma. La découverte de son corps de 14 ans par le narrateur, par exemple, est beaucoup trop rapide.
Gabarski a volontairement mis entre parenthèse toute la première partie du manga pour se concentrer sur la relation avec le père. Bien lui en a pris : il a surtout réussi à bien mélanger les deux parties pour que la coupure du manga ne se ressente pas dans le film.
Mais était-ce parce que je connaissais l’histoire, ou parce que l’image animée me touche moins, l’émotion a mis plus de temps a venir. Elle finit par être là, heureusement, et Gabarski laisse intacte la fin du manga, que certains trouveront abrupte mais qui est parfaite. Une bonne claque au final, et de façon bien plus intéressante que ne l’a fait Les petits mouchoirs.

A noter que Taniguchi a particulièrement apprécié l’adaptation et a même fait un caméo à la fin du film 🙂

Au final, la BD a pour elle la lenteur et la profondeur de la lecture, le film a pour lui la beauté de l’image et la puissance de l’ambiance – avec en bonus des souvenirs nostalgiques pour nos parents. Vous choisirez celui qu’il vous plaira, mais au final, comme Transat d’Aude Picault, il s’agit d’une belle réflexion sur la vie, les choix, et le fait d’être adulte.

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One Comment leave one →
  1. 15 décembre 2010 17:25

    Ça y est, je l’ai enfin vu (et ça n’a pas été facile, le film n’est projeté que dans quelques salles, quelle dommage !) : c’est très beau, la musique est très réussie, et cette ambiance de mélancolie fraîche a quelque chose de… dépaysant. Merci pour cet excellent tuyau, Lien Rag.

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