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FFF : films français féministes ?

21 novembre 2010

Cette semaine j’ai vu Potiche et La princesse de Montpensier, deux films qui m’ont bien plu, mais sans m’inspirer grand chose chacun de leur côté. Mine de rien, critiquer un film, ce n’est pas si évident : on peut avoir été ému ou amusé, ce n’est pas pour autant qu’on a quelque chose à dire.
À première vue, ces deux films n’ont pas grand chose en commun : sortis en France en 2010, ça ne pèse pas lourd. Parler d’une femme qui essaie de trouver sa place, ah oui, ça déjà c’est un peu plus inspirant.

Deux héroïnes, deux films : l’une vit au XVIe s., l’autre dans les années 1970. Question décors, la première a opté pour l’effet Monuments historiques, l’autre vit au milieu des meubles de votre grand-mère. Question costumes, brocard et pierreries à ma gauche, cols roulés, pattes d’eph’ et brushing de Farah Fawcett à ma droite. L’une est toute jeune, l’autre vieillit bien, mais elles sont blondes toutes les deux, ce qui ne les empêche pas d’apprendre à se servir de leur matière grise.

La première, c’est Marie de Montpensier (Mélanie Thierry) : une jeune noble objet de toutes les convoitises. Elle est jeune, elle est belle, en plus elle est riche. Mais au XVIe siècle, ces atouts ne sont pas vraiment des cadeaux : c’est la période à laquelle le mariage a définitivement cessé d’être un échange de vœux devant un prêtre (ceci ne concerne que les familles ayant un peu de bien). En effet, les hommes de la haute société n’appréciaient pas tellement que leurs filles risquent de compromettre leur stratégie économique et/ou politique en se faisant la malle avec le premier venu sous prétexte qu’elles étaient amoureuses, ces petites dévergondées. Les jeunes femmes de la noblesse étaient une monnaie d’échange. Je caricature un peu, mais c’est un fait.
Et donc la jeune Marie est mariée au prince de Montpensier (Grégoire Leprince-Ringuet) : elle consent, certes, mais en même temps, elle n’a pas tellement le choix. Autour d’elle gravitent quatre hommes, tous amoureux, chacun à sa manière. Je vous passe les détails, ce n’est pas le propos. Ce qui m’intéresse, c’est le personnage féminin : à la fois adulée et solitaire, elle va essayer de faire ses propres choix, de vivre sa vie dans une société qui ne laisse aucune place à la femme comme individu.

Les choses devraient être un peu plus faciles pour Mme Pujol, et elles le sont : d’abord, on ne l’a pas mariée de force, elle. Mais elle vit enfermée dans son rôle, celui de potiche. « Petite reine » de l’électro-ménager, elle n’a pas droit à la parole dans son propre foyer. Une grève des ouvriers dans l’usine de parapluies que dirige son mari (Luchini) va lui permettre de changer tout ça.
Le ton est bien différent chez François Ozon, on est franchement dans la comédie, surtout au début, on rit beaucoup. Les acteurs jubilent, et ça fait toujours plaisir. Et puis les personnages ont tous une face cachée qui les rend véritablement intéressants, et font d’eux tous plus que de simples caricatures.

Honnêtement, ces deux films sont très différents, et je n’ai pas de préférence. J’aime les paysages grandioses, les costumes chatoyants et la langue de Mme de Lafayette telle qu’elle est transcrite chez Tavernier ; j’aime aussi l’humour et l’univers coloré de François Ozon. J’en suis pas dingue, mais j’aime bien.
Ce qui m’a marquée dans ces deux films c’est la similitude entre ces deux héroïnes qui cherchent à trouver leur place dans la société. Pas celle des années 1970, ni même celle de la Renaissance : en 2010, ce n’est pas évident d’être une femme. Attention, je refuse de tomber dans le féminisme primaire, les extrémismes de tous bords m’ont toujours révoltée (et je ne dis pas non plus qu’être un homme, ça va tout seul). Mais ces deux films ont été réalisés par des hommes qui nous montrent la femme d’aujourd’hui telles qu’ils la voient l’un et l’autre : belle, intelligente, forte mais encore tâtonnante. Pas facile de s’essayer à une liberté qui n’existe pas depuis si longtemps et qui n’est pas encore synonyme d’égalité parfaite. Pas facile non plus de trouver l’équilibre entre l’envie d’être libre et le besoin d’être aimée. Les héroïnes de ces deux films apprennent à faire leur choix, au risque de faire des erreurs et de tout perdre… Mais l’erreur est humaine, pas l’apanage d’un sexe ou de l’autre.
Je crois qu’on est sur la bonne voie, mais qu’on est pas encore tout à fait arrivé, et que des films comme ces deux-là nous le rappelle d’une manière plutôt encourageante.

La princesse de Montpensier, de Bertrand Tavernier, avec Mélanie Thierry, Lambert Wilson, Grégoire Leprince-Ringuet, Gaspard Ulliel… La bande-annonce sur Allociné.

Potiche, de François Ozon, avec Catherine Deneuve, Fabrice Luchini, Gérard Depardieu, Judith Godrèche, Karin Viard… La bande-annonce sur Allociné.

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2 commentaires leave one →
  1. Lien Rag permalink*
    22 novembre 2010 10:35

    Les féministes pur et dur (qui ont le mieux œuvré à discréditer leur combat) seraient outrées de voir que ces deux films ont été réalisés par des hommes, et y verraient un paternalisme traditionnaliste inacceptable.

    • 22 novembre 2010 12:54

      Les extrémistes, c’est toujours con. Je dirais bien « Tant pis pour eux (elles, en l’occurrence) », mais les extrémistes, c’est aussi dangereux.

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