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Le mari, la femme et l’amant au Théâtre Marigny

30 octobre 2010

Il y a Sarah, la femme, Richard, le mari, et Max, l’amant. Régulièrement, l’après-midi, Sarah reçoit son amant chez elle – avec la bénédiction apparente de Richard. Harold Pinter revisite ainsi le classique triangle amoureux pour mieux le tordre à sa manière et faire surgir la perversité de ses personnages.

 » Ton amant vient, ce soir ? » Ainsi Pinter nous plonge-t-il dans l’univers de ce couple dont on ne sait pas bien quels jeux dangereux ils pratiquent. Intérieur où la chaleur du bois fait contraste avec le gris froid des murs, où se révèlent, tour à tour, derrière la même porte, un jardin, un réfrigérateur plein de bouteilles de lait, des plantes vertes, un djembé… Le décor imaginé par Jean-Michel Adam dit l’ambiguïté de ce couple, l’oscillation entre désir et distance.

L’Amant tient à la fois de la comédie et de la tragédie, et Didier Long, dans sa mise en scène, a su trouver le juste milieu entre les deux tonalités. Léa Drucker et Pierre Cassignard maîtrisent le rythme de la pièce, sous-tendu par une construction au cordeau dans le déploiement de la relation entre les personnages. Les répliques fusent et déclenchent les rires de la salle, avant que la pièce ne bascule dans le jeu de rôle masochiste, schizophrénique, et que le malaise ne s’installe. Superbe rupture de ton qui laisse le spectateur sans voix.

Toujours dans la subtilité de l’interprétation, Didier Long ne choisit pas : Sarah a-t-elle un amant sur lequel elle projette le visage de son mari ? La prostituée que voit Richard est-elle une projection de sa femme, telle qu’il l’imagine dans les bras de son amant ? Qui est l’amant ? Un mélange de Richard et du laitier qui vient frapper à la porte, troublant Sarah ? Ou bien les deux époux se prêtent-ils à un jeu pervers où ils alternent leur vie de couple bien rangée avec de sauvages sessions, l’après-midi, où Richard joue le rôle de l’amant animal et Sarah celui de la femme fatale ?

Cette latitude donnée au spectateur dans le choix de la version qu’il choisira est la plus belle réussite de la pièce. Didier Long parvient à ne pas prendre parti, à laisser ouvert le champ des possibles, creusant ainsi la psychologie des personnages sans pour autant les figer dans un rôle qu’il leur aurait choisi. Didier Cassignard et Léa Drucker illuminent ce parti pris de leur interprétation duale, alternant l’ennui du couple bourgeois et la rage destructrice des amants.

Une très belle production où le désir amoureux, la passion destructrice et les jeux de masques et de faux-fuyants sont portés par deux comédiens complices et inspirés. On y savourera le génie de Pinter, parfaitement servi par une mise en scène intelligente et un précieux respect de l’esprit de la pièce.

Au Théâtre Marigny jusqu’au 2 janvier 2011

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3 commentaires leave one →
  1. 30 octobre 2010 07:40

    Voilà, tout y est et je ne l’aurais pas mieux dit 😀

  2. 1 novembre 2010 09:09

    Et au fait, on n’a pas fêté la publication du 500e article !?

  3. 1 novembre 2010 15:54

    Non, c’est vrai ça… je l’ai mentionné sur Facebook, pour ceux qui s’en servent ^^

    On clique !

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