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 » Ce soir, Dom Juan aura 20 ans « 

8 octobre 2010

 

Photo : Philippe Delacroix

 

« Ce soir, Dom Juan aura 20 ans. » Tel est le postulat énoncé par Marc Sussi dans la feuille de salle distribuée avec le billet de ce Dom Juan – alors qu’il rappelle que Jouvet et Vilar, eux, n’avaient plus 20 ans lorsqu’ils ont joué le séducteur. Une belle idée, même si la sauce ne prend pas toujours dans cette création.

Le postulat de départ est donc intéressant : choisir un comédien jeune pour incarner Dom Juan, c’est créer un personnage à peine sorti de l’adolescence, et ainsi donner une autre épaisseur à l’attitude nonchalante du séducteur face à son destin, à son refus de tout ce qui est autre que les règles qu’il a lui-même fixées. Joris Avado ne convainc cependant pas vraiment : il manque singulièrement de stature – surtout quand apparaît Simon Eine sur la scène, formidable Dom Louis dont la présence sature la salle. Autre comédien remarquable, c’est Philippe Bérodot, qui campe un Sganarelle plus vieux, roublard, désabusé par les frasques de son maître.

Un Dom Juan aux épaules bien frêles pour ce rôle si puissant… si bien que l’on se demande ce qui a bien pu décider Done Elvire à partir à la poursuite de cet amant inconstant. Mais Lyn Thibault, qui interprète les trois rôles féminins – comme si Dom Juan, allant de femme en femme, cherchait au fond à toujours séduire la même – semble ne plus s’y retrouver. Si elle amuse dans les rôles de Charlotte et de Mathurine, elle présente une Elvire désincarnée, au phrasé lent et haché, qui énerve plus qu’il n’attendrit. Toute la pièce est d’ailleurs à l’image de ce faux rythme, sur lequel on peine à poser le doigt, mais qui donne une sensation de ne pas parvenir à entrer complètement dans l’intrigue, à se sentir véritablement concerné par les personnages.

Reste que la scénographie, imaginée par Damien Schahmaneche, donne à ce Dom Juan une personnalité étonnante, que l’on n’oubliera pas de sitôt. De longues structures tubulaires montent et descendent sur le plateau, figurant tour à tour les arbres de la forêt ou le tombeau du Commandeur – lui-même représenté par des jeux de lumière et de sons particulièrement angoissants. Le bord de mer où Dom Juan conte fleurette aux paysannes est mis en place par une voile de plastique qui surgit de nulle part, mais la véritable trouvaille, c’est la table du festin, qui devient ensuite tombe d’un Dom Juan tombé dans les entrailles de l’enfer.

De bien belles idées pour une mise en scène qui témoigne d’une véritable appropriation du mythe du séducteur par Marc Sussi ; mais qui échoue à trouver le souffle qui aurait pu s’installer avec le choix d’un Dom Juan de 20 ans. Dommage, car cette production aurait pu faire date dans la perception de Dom Juan par les amoureux de Molière.

Au Théâtre de la Bastille jusq’au 22 octobre
A la Scène Nationale de Sénart du 5 au 9 novembre

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