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La Grande Magie, ou l’illusion comique !

27 septembre 2010

Photo : Cosimo Mirco Magliocca

La Comédie-Française reprend, en ce début de saison, La Grande Magie, une pièce d’Eduardo di Filippo mise en scène par Dan Jemmett. Sur fond de tours de magie, de disparitions, de réapparitions et de poudre dans les yeux, la troupe des Comédiens-Français nous entraîne dans une réflexion nostalgique sur l’illusion et la tromperie…


En invitant Eduardo di Filippo au répertoire de la Comédie-Française, celle-ci présente au public l’oeuvre d’un auteur méconnu, et pourtant digne du plus grand intérêt. Disciple de Pirandello, Di Filippo orchestre, avec La Grande Magie, une variation sur le thème de l’illusion qui alterne une fascination pour la magie mêlée d’un comique fin et léger, et une profonde émotion liée à la douleur de la perte. L’illusionisme devient jeu de torture cruel, alors que le mari (Calogero di Spelta), à qui l’on fait croire que sa femme est enfermée dans une boîte alors qu’elle s’est enfuie avec son amant, veut continuer de croire à l’illusion pour sauver son amour, préserver son couple de la sombre vérité.

Tout commence avec un tour de passe-passe, qui devient, alors que la pièce progresse, construction d’une nouvelle réalité, dans laquelle la femme de Di Spelta est bien enfermée dans la boîte que serre l’homme aux abois contre son coeur. Ouvrir la boîte serait accepter la tromperie, la déception de celle qu’il aime plus que de raison : Denis Podalydès est somptueux dans ce rôle de mari trompé, oscillant entre foi aveugle et doute insidieux. A la fin de la pièce, vêtu d’un pyjama, les cheveux en bataille, le regard hagard, il donne toute la mesure de son talent, portant sur ses épaules le dénouement inattendu – devenant lui-même maître de l’illusion, aux dépens du fourbe magicien.

La mise en scène de Dan Jemmett suit la trajectoire de Di Spelta, faisant d’abord la part belle à l’ensemble, avant de se concentrer sur l’évolution du personnage. Le décor se resserre autour de lui alors que les comédiens, lorsqu’ils n’interviennent pas, sont assis autour de la scène pour mieux témoigner de la déchéance de Di Spelta. Jemmett rend hommage au monde des forains, aussi bien dans l’illusion de la représentation que dans l’intimité de leurs appartements.

A la fois divertissement et réflexion sur les artifices de l’illusion, La Grande Magie offre un rôle émouvant à Denis Podalydès, et révèle une nouvelle fois le talent de metteur en scène de Dan Jemmett. En acceptant de tomber avec eux dans la spirale de l’illusion, le spectateur est amené à remettre en cause la réalité, et se demander si celle-ci n’est pas la simple construction de son esprit. Bien avant les frères Wachowski, Di Filippo propose une interrogation vertigineuse sur la tangibilité du monde qui nous entoure…

A la Comédie-Française, salle Richelieu
Du 19 septembre au 19 décembre

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