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Se pendre avec une rentrée ciné ?

10 septembre 2010

Le bruit des glaçons, de Bertrand Blier, comédie dramatique, a marqué la rentrée cinématographique en posant au spectateur la troublante question de comment aborder le drame que peut être le cancer à travers un regard décalé et original ?

Le Synopsis : Charles (Jean Dujardin), écrivain people raté et alcoolique, vivant avec sa bonne Louisa (Anne Alvaro) et sa (très) jeune compagne russe Evguenia (Christa Teret), rencontre son cancer, Albert Dupontel. Il est surprenant, à l’occasion de ce film, de voir l’acteur Dupontel tenir un rôle aussi curieux surtout après l’avoir admiré dans l’excellent Deux jours à tuer où il était lui-même touché par la maladie (également un cancer).

La justesse et la spécificité de ce film réside dans l’hypothèse suivante : seuls ceux qui « aiment » le malade voient la maladie. Dans le film la maladie est matérialisée sous la forme d’un acteur ; bien entendu, il ne s’agit que d’une métaphore : ce que vit le malade est tellement particulier, fort et douloureux, que seuls les êtres les plus proches, les plus intimes peuvent comprendre la maladie et la douleur de celui qu’ils aiment.

Les échos que j’avais reçu sur ce film étaient très partagés et les commentaires négatifs me laissaient assez perplexe ; les arguments avancés ne tenaient guère la route. C’est suite au film que j’ai pu me faire une opinion et que j’ai compris que Le bruit des glaçons pouvait effectivement laisser le spectateur lambdas sur sa faim. Je pense que ce film s’adresse avant tout à ceux qui portent un regard suffisamment sensible, mais aussi distancié, sur la maladie et sont éventuellement capables d’en rire (… Peut-on rire de tout ?). Ceux qui me connaissent savent que je suis touché de plus ou moins loin par la maladie et ce film m’a bel et bien parlé en adoptant un ton à la fois caustique et pertinent.

N’est-il en effet pas vrai, qu’à l’égal de Jean Dujardin, le malade apprend à accepter et à vivre avec sa maladie et qu’il est en revanche parfois plus difficile pour les proches de la supporter. Autre aspect intelligent abordé dans le film, l’amour et la solidarité qui se posent comme les seules armes suffisamment fortes pour faire face – à défaut de la vaincre – à la maladie.

Les deux personnages les plus intéressants à mes yeux sont le cancer Albert Dupontel – surtout par son jeu – et la bonne, Louisa, jouée par Anne Alvaro dont le rôle est entouré d’un halo de mystère à la complexité se dévoilant peu à peu au spectateur. L’improbabilité – mais aussi la beauté – de la relation entretenue avec Charles pique la curiosité du spectateur qui attend de voir comment cette troublante relation, que les événements rendent de plus en plus étroite, va évoluer et quel va être son impact (positif ou nul) sur la maladie.

Ce film apporte tant de bonnes tranches de  fou rire qu’une critique du regard souvent misérabiliste ou compatissant que l’on porte sur la maladie. Une des leçons à retenir est que les maux les plus terribles peuvent être supportés à travers le divertissement et la tendresse. Toutefois, la fin Du bruit des glaçons m’a quelque peu laissé sur ma faim et m’a donné le sentiment que la construction du dénouement ennuyait profondément Bertrand Blier… A vous de vous faire une idée sur la question puisqu’au final, je recommande ce film !

..oO*o*o*Oo..


Un autre film perturbant est à conseiller en ce mois de septembre : Submarino de Thomas Vinterberg, réalisateur de Festen.

Tout d’abord, il convient d’avertir le spectateur : mieux vaut aller voir ce film si l’on va – psychologiquement – bien, car, autrement, le film peut achever de convaincre se suicider. Personnellement, j’entretiens délicieusement ma capacité à me mettre dans des états de « j’sais pas c’que j’ai… » (une de nos rédactrices de choc pourra en témoigner… 😉 ) ; aussi ce film tombait à pic une semaine avant le retour sur les bancs d’école !

Submarino compile l’ensemble des caractéristiques et situations les plus glauques que l’on puisse imaginer pour un film. Le lieu de l’action : Suède. Le temps de l’action : débuts  grisâtres de printemps ou fins d’automne (ça se passe sur plusieurs années). L’action : deux frères, élevés par une mère alcoolique, et que la vie sépare, seront confrontés au cours de leurs vie au viol, à la drogue, au célibat, à la précarité ou même à la prison…

On découvre à travers ce film des personnages torturés qui paraissent refléter les maux d’une société toute entière, scandinave, et même mondiale. Ne sommes-nous pas en effet, pour la plupart d’entre-nous, concernés par les mêmes problématiques de vie : crise existentialiste, consumérisme, solitude, sentiment d’incompréhension, etc. Thomas Vinterberg parvient, à l’échelle de son film, à dépeindre un panorama juste et sans concession de notre société sans pour autant la juger : chacun fait ce qu’il peut avec les moyens humains, psychologiques, physiques, ou encore financiers, qu’il a pour avancer (tant bien que mal…).

L’ambiance du film est, dans son intégralité, pesante, oppressante : le spectateur ne parvient qu’à de très rares moments à reprendre son souffle. L’espoir, la lumière sont presque entièrement absents ; ils ne sont pas les sujets de la fiction d’ailleurs. La relation entre les frères qui auraient pu être à l’origine d’une porte de sortie, d’une évolution positive et optimiste de l’intrigue, est réduite à sa plus simple expression puisque le plus souvent les deux frères, Nick (Jakob Cedergren) et son frère (Peter Plaugborg), se croisent et ne se rencontrent pas. Ainsi, deux histoires se tissent en parallèle et le réalisateur superpose, à certains moments, ces deux histoires.

Submarino ne déborde certes par d’originalité (faire du déprimant pour déprimer quoi…) mais il nous plonge dans un univers méconnu et décortique la complexité des cerveaux humains et dans le cas précis de ceux de deux frères ayant grandi dans les mêmes conditions mais qui, une fois séparés, se sont engagés dans des parcours profondément différents. Thomas Vinterberg fait en sorte d’apporter des pistes de réflexion et d’éclaircir ce paradoxe même si, au final, l’expérience et le vécu du spectateur prennent le pas sur la lecture du réalisateur en raison de la charge émotionnelle portée par le film.

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3 commentaires leave one →
  1. lesperluette permalink
    10 septembre 2010 07:52

    Le titre de l’article a attiré mon attention : ce mois de septembre est bien sinistre au cinéma, c’est aussi mon avis ! Comme je ne déteste pas un peu de complaisance autour de ma propre tristesse, j’ai quand même envie de voir ces films, en particulier Submarino dont je n’avais pas encore entendu parler.
    (Stef808 pourrait ajouter à sa liste grise « Oncle Boonmee » de Apichatpong Weerasethakul, Palme d’Or au dernier Festival de Cannes.)

  2. stef808 permalink
    13 septembre 2010 19:03

    Salut Lesperluette !
    merci de ton commentaire 😉 surtout que je n’étais pas convaincu de la pertinence de mon titre hehe…
    Je vais m’empresser de découvrir l’Oncle Boomee donc 🙂

Trackbacks

  1. Deux cordes pour le prix d’une ! « Culture's Pub

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