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Inception vs. eXistenZ

6 septembre 2010

On ne peut pas y couper en regardant la dernière bombe de Nolan, on pense à son grand frère sorti dix ans plus tôt, eXistenZ. Dans cet article bourré de Spoilers, je vais comparer les deux films et observer si Nolan a réussi à faire autre chose qu’un gros remake, et si l’une des deux œuvres va nécessairement disparaître à cause de la présence de l’autre.

Les réalisateurs

David Cronenberg est un vieux réalisateur d’horreur/fantastique/SF, qui adore explorer les tourments de la nature humaine ; son plus gros fait d’armes est La mouche, jusque 1999 où sort eXistenZ, un film qui fera des ravages dans le (petit) monde des fans de SF, mais qui aura un succès global plus mitigé, car le grand public n’est pas fan du genre.
Christopher Nolan est un réalisateur plus jeune et beaucoup plus grand public. Pas totalement conventionnel non plus, puisque son grand plaisir est d’insérer des personnages ou des situations complètement torturés au milieu de films grand public, forçant ainsi le béotien à entrevoir ce qu’il y a plus loin. La plupart de ses films font beaucoup parler, le génial Memento le révèlera au plus gros des cinéphiles, et bien entendu Batman Begins auprès de la masse. Son parcours est proche du parcours idéal.

Rapport au public : la présentation

Pas hyper ragoutant..

Le film de Cronenberg sort en février 1999, soit deux mois avant Matrix. La bande-annonce laisse entrevoir un thriller de SF/Fantastique complexe et surtout très bizarre/glauque : cordons ombilicaux et flingues à base de mâchoire sont de la partie. En star, Jude Law, qui vient juste de montrer son potentiel dans Bienvenue à Gattaca : pas une superstar, mais un acteur prometteur. Donc si le film tente de sortir d’un cercle très restreint de fans d’horreur/bizarre, il ne peut séduire le grand public et se contente du cercle des amateurs de SF/fantastique (déjà bien plus peuplé).
Inception, au contraire, essaie de séduire le plus grand nombre, en rappelant « par le réalisateur de Dark Knight et Batman Begins » (parce que la masse ne connaît pas les réalisateurs, elle ne connaît que les films dont le JT de TF1 a parlé). Ensuite, Leonardo Dicaprio, qui n’a plus ses preuves à faire en tant qu’acteur sérieux, depuis entre autres Blood Diamonds ou Les infiltrés, et qui séduit toujours autant ces dames, preuve en est l’article de Lib et les commentaires qui suivaient. Donc DiCaprio, un très bon moyen d’attirer les foules, des midinettes aux amateurs de films sérieux. Enfin, le montage de la bande-annonce, grâce auquel on peut faire dire n’importe quoi à n’importe quel film. Il existe plusieurs bande-annonces pour Inception ; la moitié fait penser à un thriller d’action type Jason Burne, l’autre moitié à… Matrix, évidemment. Evidemment, faire référence à un tel carton ne va pas rebuter les foules, d’autant plus que cela rassure à la fois les fans de SF, les autres (« vous voyez, faut pas vous inquiéter, au pire ce sera comme Matrix« ), et les beaux moments d’actions attireront le reste du public.

Rapport au public : la réalisation

Dans les deux cas, le film tient les promesses des bandes-annonces. eXistenZ navigue dans le fantastique lourd, avec des bestioles à deux têtes, des multiples références au corps-humain-qu’on-veut-pas-savoir-comment-il-est-fait (fœtus, foies, trucs gélatineux non identifiés, etc.). Donc réservé au public concerné, le reste passez votre chemin ce ne sera pas votre truc. Inception, lui, a sur la partie SF une réalisation beaucoup plus claire afin de ne pas perdre le public (j’y reviendrai), des beaux décors, de bonnes ambiances, et surtout _beauuucoup_ d’action parce que ça fait bien.

mais... pourquoi ???

Pour le plus gros, ça ne choque pas ; mais déjà, l’arrivée d’une petite armée suréquipée dans le rêve n°1, ça fait louche (ok, ils ont bien introduit le concept dès le début du film, mais how convenient, justement l’héritier a subi un entrainement, c’est chouette pour l’action !) ; et surtout, le rêve numéro trois, la forteresse dans la neige, fait vraiment cheveu sur la soupe. On se croirait dans un des pires James Bond, les héros ne servent à rien à part à mitrailler partout, l’histoire n’a pas d’intérêt dans ce monde… Il s’agit juste d’un niveau trop cool, avec une ambiance trop cool, de l’action trop cool (et très dense en explosions), qui a été rajouté là juste pour le plaisir des hormones, mais casse vraiment avec le reste.

Les nœuds de l’histoire (paragraphe qui va spoiler grave)

Si j’ai pour le moment parlé de la forme (la réalisation, le rapport au public), voyons le fond : l’histoire. On ne peut pas ne pas comparer les deux films. eXistenZ : les protagonistes naviguent entre différents niveaux imbriqués de réalité virtuelle (une réalité virtuelle dans la réalité virtuelle, comme si vous jouiez à Pong dans un GTA). Inception : les protagonistes naviguent entre différents niveaux imbriqués de rêve (on rêve qu’on rêve en fait). Il s’agit bien de la même chose. Alors quels sont les héritages et les différences ?
eXistenZ a d’abord l’avantage de l’originalité, c’est le premier des deux à aborder le sujet. Si l’on appelle niveau 0 la réalité, puis niveau 1 la réalité virtuelle, 2 la réalité virtuelle imbriquée, etc, les héros changent régulièrement de niveau : 0 1 2 3 2 3 4 3 2 3 etc. Les différences entre niveaux sont très faibles, et finalement le spectateur se perd rapidement dans le compte. Désavantage, certes, mais il est voulu : Cronenberg souhaite qu’on ne sache plus où on en est. Par contre, on se doute assez rapidement de la fin : on ne termine pas au niveau 0, mais au niveau -1 ! Ce qu’on supposait la réalité (le début du film) ne l’était pas. Dans ce niveau -1, les choses tournent mal, et un des protagonistes demande alors à son agresseur : « attend, mais finalement c’est la réalité là ou pas ? » rideau. Malheureusement, ces deux effets (la perte de repère et le twist ending) s’annulent : ceux qui n’ont pas été perdus par le changement régulier de niveau de virtualité se doutent rapidement de ce que sera la fin ; ceux qui ont lâché l’affaire ne sont plus en capacité de voir l’implication de la révélation (et le plus gros des gens se trouve dans le second groupe).

Si c'était pas assez clair...

Inception a pour avantage l’expérience : il a pu voir où avait pêché son grand frère, et c’est avec un certain ravissement que j’ai vu Nolan éviter tous les écueils qu’avait subi eXistenZ.
->
Premièrement, Nolan décide d’être très clair sur les niveaux de rêve. A chaque niveau de rêve, une identité propre, et surtout une unité de lieu : impossible de se tromper. Seul le début du film, où l’on apprend que l’on est au niveau 1, et finalement qu’on était au niveau 2, fait exception (il faut surprendre le spectateur) ; exception également, lorsque l’architecte est recrutée, on n’est pas dans Paris mais dans un rêve : cela dure une scène d’une minute et ne compte pas vraiment. Pour le cœur de l’histoire, c’est toujours très clair : le hangar est distinct de l’élevateur de Leonardo ; l’avion est distinct de la ville/minivan, disctincte de l’hôtel, distincte de la forteresse des neiges, distincte des limbes, très reconnaissables. Nolan le joue donc carré avec le public, qui appréciera 🙂
->Secondo, Nolan désamorce petit à petit tous les twist endings possibles, et présente le problème. Plus l’histoire avance, plus les questions trouvent réponses : non ce n’est pas Leo qui a tué sa femme, oui la question de la réalité du niveau 0 se pose, et en plus c’est de la faute de Leo… C’est très respectueux du public pour plusieurs raisons : déjà, puisqu’on joue sur différents niveaux de réalité, c’est très facile de tromper le public : lui dire dès le début qu’il ne se fera pas arnaquer est appréciable ; ensuite, eXistenZ l’a déjà fait ; enfin, les twist endings c’est un peu démodé, et quand c’est facile à faire c’est décevant. Nolan dit clairement qu’il ne fera pas de twist ending, qu’il ne laissera pas de question sur le passé en suspens, que ce n’est pas la peine de chercher de petits détails ou d’essayer de retrouver le schéma eXistenZ. La question incontournable, c’est lui-même qui la pose au bout d’une heure, lui qui posera les arguments pour et contre, etc. : est-ce que la réalité est vraiment la réalité ou un rêve.
->Enfin, puisque Nolan a été clair sur le fait qu’il ne nous ferait pas de twist sorti du chapeau, reste la question de ce twist inhérent à la problématique des niveaux imbriqués : le niveau 0 est-il réellement le niveau 0… Et là comme vous le savez puisque vous l’avez vu, Nolan n’a pas suivi eXistenZ, il a fait la meilleure chose qu’il pouvait faire : il a lancé un test final, et a coupé la caméra au moment de la résolution. Car comme les amateurs de Lost le savent, ce qui est excitant, c’est de poser la question ; la réponse au contraire a toujours un côté décevant.

En conclusion

Inception est une bonne variation sur le thème des réalités imbriquées. Intelligente, palpitante, Nolan a décidé (comme à son habitude) d’en faire un film grand public, et ce sans nivellement par le bas (bien que la bataille sur Hoth me paraisse hors de propos). Une réalisation très agréable, un propos clair, et une histoire bien ficelée sont en bonus.
Et que reste-t-il pour eXistenZ ? Le twist final dégonflé, il lui reste ce que Nolan n’a pas repris : la sensation de se perdre dans différents niveaux de réalité/virtualité, et la réalisation biologico-dérangeante de Cronenberg. Mais ni l’un ni l’autre des films n’aura à rougir de son frère.

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3 commentaires leave one →
  1. 6 septembre 2010 19:57

    J’ai vraiment aimé Inception, mais je pense pas être la seule à avoir été déçue par la fin… D’un côté, c’était pas facile : juste nous faire nous rendre compte qu’on est pas revenus à la réalité, c’était du déjà vu. Revenir platement à la réalité aussi. Mais finir comme ça, sans trancher, j’ai trouvé ça trop facile … après, une bonne fin reste à inventer …

    • Lien Rag permalink*
      28 octobre 2010 13:17

      Rafik Djoumi a une théorie intéressante là-dessus : selon lui, on saurait que ce monde est faux parce qu’on entend en vague fond sonore et en très ralenti « rien de rien » pendant les 5 dernières minutes de film, preuve qu’on va recevoir un choc et revenir au niveau du dessus.

      • TiNez permalink
        4 mars 2011 17:16

        dans la salle de cinéma ^^: Si on prend le film comme un rêve proposé au spectateur…

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