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Le Photographe de Guibert – Lefèvre – Lemercier

26 août 2010

Parfois, il y a des ouvrages qu’on vous met dans les mains, un peu comme ça en disant : tu vas adorer, c’est génial. On se doute assez mal du contenu, et surtout de l’impact que le bouquin finit par avoir. Ce style avait été mentionné par Lien Rag il y a un moment, mais je dois vous avouer que j’avais zappé de faire le lien quand on m’a mis le photographe entre les mains. Et une version dédicacée, s’il vous plait.

Le photographe, c’est un peu ça.
J’aurais du mal à dire : cette BD, en grande partie parce que pour moi c’est beaucoup plus riche, et impossible à classer dans les graphic novels . Mixed media est peut être un terme approprié : des dessins, des photos, un récit.
Le récit, c’est l’histoire de Didier Lefèvre. Le photographe, c’est lui. Et les trois tomes de cette histoire retracent ses pas dans sa mission photographique auprès d’une équipe de Médecins Sans Frontière – en 1996 et en plein cœur de l’Afghanistan. Accompagné de Emmanuel Guibert, qui écrit et qui dessine; et de Frédéric Lemercier pour la mise en page et la couleur, Didier Lefèvre replonge dans cette première mission.

Au fil des pages, on se retrouve pris aux tripes par l’histoire du narrateur. Les montagnes, les blessés, la guerre, la douleur, le calme et la beauté des paysages au cours du trajet.
Aucunes fioritures, sans pour autant pencher vers le reportage photographique pur et dur sans explications et sans contexte, on se borne à suivre le trajet, les images, les photographies et les états d’âme du photographe.
On découvre le travail quotidien des membres de l’équipe de Médecins Sans Frontières, et les photos des opérations – dans des conditions pour le moins ardues- donnent un relief tout particulier aux planches en couleurs. Le trait est simple, et le tracé permet simplement de savoir où on en est, sans plus de recherche car ce n’est pas franchement l’objet.
Le premier tome retrace le début d’un long périple à travers l’Afghanistan depuis le Pakistan pour rallier le Badakhshan (dans le Nord de l’Afghanistan) : le départ, les préparatifs très nombreux, le chemin à travers les cols pour passer vers l’Afghanistan, les chevaux morts, les blessés, les armes et l’arrivée dans un plateau à découvert où la caravane offre une cible privilégiée pour les bombardements.
Le deuxième tome couvre l’arrivée à l’un des premiers buts du voyage : la vallée de Teshkan où une partie de la caravane va s’arrêter pour officier dans un petit hôpital, et surtout l’arrivée au point final de destination : Zaragandara où l’équipe de MSF va installer son hôpital. A savoir : un préau à ciel ouvert qui sert de bloc opératoire et de cabinet de consultation et une cour qui tient lieu de salle d’attente. On referme les dernières pages sur le début du retour vers le Pakistan.
Le troisième tome porte uniquement sur l’enfer du retour de la mission. On suit les pas du photographe désormais seul, qui ne voulant pas rallonger son voyage de retour d’une semaine de détour décide de rentrer seul (sans la caravane). Commence un périple qui empire à chaque page, où le photographe finit par immortaliser sur pellicule le lieu où il pense mourir.

Vous vous en doutez, le photographe n’est pas mort dans la montagne puisqu’il témoigne une dizaine d’années plus tard de ce premier périple. Il a bien failli y passer, tout de même, et est revenu changé et meurtri. Le troisième tome finit avec le retour en France, mais surtout une galerie de portrait qui retrace le destin de toutes les personnes croisées au cours de la mission : les membres de Médecins Sans Frontières, mais aussi le flic véreux, le Wakil, Najmudin, Bassir Khan, ou encore le journaliste alsacien et la mère du photographe.

Je préfère me borner aux grandes lignes et vous laisser construire votre propre opinion de ce récit, que je vous recommande chaudement pour des raisons évidentes d’ouverture d’esprit et de remise en perspective, mais aussi pour la qualité graphique de l’objet. J’en ai assez peu parlé dans cet article, mais les photographies – qui rendent le récit réellement palpable, et qui constituent l’évènement déclencheur de la mémoire du photographe – sont absolument magnifiques. Toutes, même celles barrées de rouge par le photographe. Portraits émouvants, à mi chemin entre l’art et le témoignage, paysages superbes qui masquent une affreuse réalité : celle de la guerre.
Un ouvrage qui prend aux tripes.

Une perspective intéressante conclut l’ouvrage : un journal filmé par Juliette Fournot, chef de la mission suivie par le photographe. Je dois dire que les 40 minutes de film passent, un peu difficilement. On voit les différents membres de la mission, pas à travers un film, ni un dessin. On découvre un aspect assez différent, qu’on ne ressent pas pareil à la lecture du bouquin : la logistique, le mouvement de la caravane, les animaux qui refusent d’avancer, la fatigue, les cours d’eau à traverser (qui ne relèvent pas de la petite rivière bleue, là il y a des torrents et des animaux qui se font emporter), les prières.
Les cols à gravir ont l’air beaucoup plus hauts, et le chemin encore plus accidenté aussi.  Le film vient compléter tous les sons qu’on ressent à la lecture des livres. Je dois dire que j’ai eu beaucoup plus de mal à regarder la dernière partie du film, qui correspond à l’installation de l’hôpital et aux soins des blessés.
On découvre un sacré paquet de trucs pas jolis jolis, et on a un peu l’estomac qui se retourne quand on voit les conditions dans lesquelles les médecins opèrent. On assiste aux soins décrits dans les livres, à la formation des infirmiers, et tant d’autres décrits par les membres de la mission de Médecins Sans Frontières.

Le film enfonce le clou, en quelque sorte.

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3 commentaires leave one →
  1. Jokester permalink
    26 août 2010 14:53

    Elle est super cette bande dessinée ! On accroche facilement au côté un peu naïf du photographe (qui quelque part nous ressemble), le fait qu’il ne soit pas si bien préparé que ses compagnons de voyage, qu’il débarque un peu par hasard dans le conflit…
    Je n’ai pas vu le film en revanche, aurais-tu un lien pour nous partager cela ?
    Merci !

    • 26 août 2010 22:28

      Pour le film, il est accroché au troisième tome. Et squattant, euh pardon, empruntant une connexion pas hyper stable je dois t’avouer que tout plantouille un peu dès que j’ouvre plus de deux onglets…
      Je peux juste te dire que le documentaire s’appelle : « A ciel ouvert. Journal filmé d’une mission en Afghanistan par Juliette Fournot ».

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  1. Bazingcast #15 – Liens et références | Bazingcast

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