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Good ‘n Oldie (2) : Arsenic And Old Lace

24 août 2010

Avec Lib, on aime les vieux machins, enfin les vieux films – comprenons-nous bien. Enfin quoique Cary Grant…
Il y a des vieux, vieux films, très vieux films (avant que Lien Rag soit né, rendez-vous compte !!) qui ne devraient jamais tomber dans l’oubli. Enfin c’est surtout parce qu’ils sont à pisser de rire, bien ficelés, et complètement indémodables (ou presque, mais en même temps les robettes comme ça – c’est pas approprié au look de tout le monde – et il faut être atrocement mince).
Un autre article à quatre mains de la
(dream) team Lib-Playne, pour votre plus grand plaisir ^^

Alors un soir du mois d’août, pour oublier le boulot / la pluie / le froid / les débats sur l’expulsion des Roms et les 5 crétins de l’équipe de France, Playne et Lib ont sorti les spaghettis bolo (en vrai c’était des penne à la provençale…) et les pop-corns (salés !) et ont passé la soirée devant Arsenic and Old Lace, un film de Frank Capra (1944) avec Cary Grant…

Avant de revoir le film…

Arsenic et vieilles dentelles, la première fois que je l’ai vu, c’était il y a entre 10 et 15 ans. Même que c’était une K7 vidéo, c’est pour dire… Je l’ai vu avec ma grand-mère, et je me souviens qu’à la fin, on pleurait littéralement de rire toutes les deux. Depuis, ma connaissance en vieux films américains s’est considérablement élargie, et j’ai maintenant la version DVD du film qui nous intéresse ici.
Coincidence rigolotte, moi aussi je pense que je l’ai vu chez ma mère-grand pour la première fois, comme quoi… Par contre, sur le moment, j’avais absolument rien pigé, enfin je comprenais pas trop pourquoi tout le monde autour se marrait. C’est quand j’ai revu le film plus tard – plus quand j’avais 8 ans quoi – que j’ai percuté.

Commençons par Frank Capra, le metteur en scène. Frank Capra, c’est It’s a Wonderful Life, Mr Smith Goes to Washington, Meet John Doe. Des films où le personnage principal (en général James Stewart ou Gary Cooper), profondément bon, est confrontée à la méchanceté du monde, mais où le bien finit toujours par triompher. On a souvent critiqué Capra pour ses bons sentiments, voire sa niaiserie, mais pour moi, tout ça, c’est n’importe quoi. Des scénarios solides, de pures moments de comédie ou d’émotion, des acteurs phénoménaux – on s’en fout, du reste, ces films sont excellents. Arsenic and Old Lace est un peu différent : bien et mal sont tellement malmenés que les frontières disparaissent peu à peu, pour permettre au loufoque et à l’absurde de prendre le pas et donner ce que les Américains appellent une screw ball comedy.

Pour les incultes du cinéma des années 30-40 comme moi, une screw ball comedy c’est une sorte de comédie loufoque dont le nom est un dérivé du base-ball. Le lanceur Karl Hubbell de son p’tit nom avait tendance à lancer sa ba-balle avec des courbes incongrues et des trajectoires inattendues, et pour une raison qui m’a l’air obscure, le terme a muté dans le cinéma. Pour ce que j’en ai suivi, ça implique par mal de trucs dans la construction du scénario, et il y a des thèmes d’oppositions récurrents. Mais ce qu’il y a d’intéressant dans ce bouzin, c’est surtout qu’il s’agit avant tout de comédies loufoques avec (et God Only Knows what I’d be without you si Arsenic and Old Lace porte bien le genre …) ! Pour compléter l’instant culture G, quelques grandes screw ball comedies : L’impossible Monsieur Bébé avec Cary Grant et Katharine Hepburn, New York Miami de Capra, avec Clark Gable, La Dame du vendredi avec Cary Grant, et ma préférée de toutes, The Philadelphia Story, avec le trio infernal : Cary Grant, James Stewart et Katharine Hepburn (si ça vous dit, on en parlera dans un prochain article !).

Le pitch ? Les sœurs Brewster, deux vieilles filles vivant dans une charmante maison à Brooklyn, sont respectées et aimées de tous les paroissiens. Leur neveu, Mortimer, qu’elles ont pour ainsi dire élevé, vient leur présenter sa jeune fiancée. Tout bascule lorsqu’il se rend compte que ses deux tantes adorées ne sont peut-être pas aussi saines d’esprit qu’il ne l’aurait pensé. Sur ces entrefaites débarquent son criminel de frangin et son acolyte (inoubliable Peter Lorre – M le Maudit, ça vous rappelle quelque chose ?), un flic dramaturge à ses heures perdues (Jack Carson, le spécialiste des seconds rôles hollywoodiens à l’époque), le directeur d’un asile de fou et autres personnages qui forment une galerie de seconds rôles impressionnante…

Bon, les enfants, c’est la merde, on n’a même pas encore revu le film qu’on en a déjà fait des tartines… Comme quoi la déformation professionnelle, ça tape là où on ne s’y attend pas. Ou c’est ça d’avoir dû rédiger des nia-nias où le bourrage de mou sert à remplir un peu sa feuille.

Le film vu par Playne et Lib lors d’une soirée DVD de la mort qui tue…

C’est confortablement installées dans un moelleux canapé avec nos assiettes de pâtes respectives que le film a commencé. Déjà, un truc vachement bien dans les vieux films c’est que le générique avec les noms est au début ! Donc on sait à qui on a affaire, et c’est agréable – au fond. C’est pas tellement ça, le problème : dans les films modernes, au début du film, il est assez courant d’avoir le nom des acteurs qui s’affichent les uns après les autres, alors que les premières images apparaissent. Là, le générique est un moment isolé, indépendant de l’action : se succèdent à l’écran divers cartels illustrés, en général en rapport avec l’intrigue (là, le thème est Halloween), pour présenter l’équipe. C’est délicieusement démodé… Au fur et à mesure que le générique se déroule, avec toutes ces images d’Halloween, c’est là que je percute que mes souvenirs du films vont vraiment, mais vraiment diffus… A part une ou deux scène très précises, je dois avouer que ça ne me disait rien du tout – et que je ne me souvenais même plus que le film se passait le soir d’Halloween. Une redécouverte totale, pour mon plus grand plaisir !

Dr Frankenstein, I presume ?

Et ça débute avec une scène qui n’a rien en commun avec le film, mais alors aucun rapport avec la choucroute : un match de base-ball où tout le monde finit par se taper dessus. WTF ? Oui, précisément. Ensuite on enchaîne sur le film, le vrai. La première scène me fait déjà ricaner, puisqu’un détracteur du mariage au bureau des mariages – ben c’est plutôt absurde. Et à partir de là, tout s’enchaîne : on découvre les adorables tantes, la jeune mariée, les policiers qui font leur ronde jusqu’à ce que notre brillant critique enamouré, Mortimer, découvre un macchabée dans le coffre à bois sous la fenêtre pendant que ses tantes lui préparent un gâteau pour fêter son union. Oups. Ben oui, vous comprenez, elles n’ont pas eu le temps de ranger – le pasteur arrivait.
A ce moment-là du film, c’est fini pour moi : je ricane à n’en plus finir. Cary Grant prend des airs de canard perplexe une scène sur deux – et le comique de la situation est rehaussé de nombreux gags visuels plus ou moins récurrents. Progressivement, on sent la folie imprégner les personnages comme un thé noir qui infuse… Le point culminant de l’hilarité/du scénario c’est quand même l’arrivée du criminel de frangin, accompagné de son chirurgien perso. Vraiment très réussi, il est très flippant. Et ressemble à s’y méprendre à Frankenstein (comme quoi, vérifiez toujours si celui qui tient le bistouri est à peu près sobre, les enfants).
Lib, qui connaît le film absolument par cœur, a eu l’élégance de ne pas citer toutes les répliques, ce dont je lui en sais gré ! Parce qu’elles sont à se rouler par terre pour la très grande majorité – quand même. De l’absurde, du loufoque, je me demande si Terry Pratchett ne se serait pas inspiré de ce film pour ses bouquins, parce que bon – Mortimer → Mort et la sacrée couche qu’il finit par en tenir…


Cette réplique a généré chez moi tant de montées d’escalier en hurlant…

Finalement, si on y regarde de plus près, trois éléments permettent à cette comédie de prendre la sauce (napolitaine ? curry ? béchamel ?) et de devenir un pur bijou :

– Le comique de situation. Cary Grant qui ouvre négligemment le coffre à bois à la recherche du manuscrit de son dernier livre, le referme non moins négligemment, avant de se rendre compte que oui, c’est bien un cadavre qu’il a vu là… c’est impayable. S’ensuit un jeu de « j’ouvre le coffre » / « je referme le coffre » tout en essayant de comprendre comment le macchabée a atterri là – subtil jeu sur le comique de répétition et d’expression faciale. (Duckface !) Cette scène est extraordinaire, mais il y en a bien d’autres dans le même genre.

– Les dialogues. C’est vif, cynique, incisif, ça fuse çà et là avant de revenir dans la face comme un boomerang. Alors là, petite précision bien contrite : pour ceux de nos amis qui ne comprennent pas l’anglais, j’ai bien peur que vous ne ratiez un bon tiers des gags verbaux. Parce que les sous-titres ne parviennent pas à garder le mot, parce que certains jeux de mot sont intraduisibles – c’est pour ça, d’ailleurs, qu’à chaque fois que je le regarde, j’en découvre de nouveaux, que je n’avais pas compris lors des fois précédentes.

Mortimer Brewster: Look, Aunt Martha, men don’t just get into window seats and die!
Abby Brewster: We know, dear. He died first.
Mortimer Brewster: Wait a minute! Stop all this. Now, look, darling, how did he die?
Abby Brewster: Oh, Mortimer, don’t be so inquisitive. The gentleman died because he drank some wine with poison in it.
Mortimer Brewster: How did the poison get in the wine?
Martha Brewster: Well, we put it in wine, because it’s less noticeable. When it’s in tea, it has a distinct odor.
Mortimer Brewster: You mean, you… You put it in the wine!
Abby Brewster: Yes. And I put Mr. Hoskins in the window seat, because Reverend Harper was coming.
Mortimer Brewster: Now, look at me, darling. You mean, you mean you knew what you’d done and you didn’t want the Reverend Harper to see the body?
Abby Brewster: Well, not at tea. That wouldn’t have been very nice.
Mortimer Brewster: Oh, it’s first-degree.
Abby Brewster: Now, Mortimer, you know all about it and just forget about it. I do think that Aunt Martha and I have the right to our own little secrets.

Pour d’autres citations, cliquez ici.

– Troisième élément de réussite : le casting. De Cary Grant à Raymond Massey (le frère criminel de Mortimer, vu dans Le Prisonnier de Zenda, et dans La Piste de Santa Fé, avec… Ronald Reagan !) en passant par Peter Lorre (M le Maudit, donc, mais aussi Le Faucon Maltais ou Casablanca), Josephine Hull et Jean Adair, les deux tantes déjantées qu’on ne peut pas s’empêcher d’adorer, Edward Everett Horton, très souvent vu dans les films de Fred Astaire et Ginger Rogers… et d’autres, tous aussi bons les uns que les autres dans cette symphonie de la folie. Pour reprendre les mots de Mortimer : Insanity runs on my family… it practically gallops! Ou comment se rendre compte que la folie est contagieuse, et pas nécessairement toujours passagère…

"Le pop corn, c'est bien - les chiffons, c'est bon" C.G.

C’est qu’il a le sourcil expressif, le bougre …

Vous l’aurez compris, on s’est bidonnées – et ce film est un must see ! Bon, par contre, au cinéma il ne passe plus trop. Même si on peut toujours surveiller les festivals Frank Capra à l’Action Ecoles. Avec Lib on vous conseille le dvd, avec des pâtes et du pop corn (salé sinon rien !).

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6 commentaires leave one →
  1. Lien Rag permalink*
    24 août 2010 07:02

    Moi aussi j’aime bien les vieux acteurs genre années 40. Mon préféré c’est Clark Goebbels.

  2. 24 août 2010 09:38

    J’en gardais un souvenir ému, mais la dernière fois que je l’ai vu, je sais pas, je devais être fatiguée, bref, j’ai pas du tout accroché… 😦

  3. The Librarian permalink
    25 août 2010 08:46

    j’adore voir citer M le Maudit et le prisonnier de Zenda par des érudit(e)s qui se souviennent même le nom des acteurs!
    En tout cas ça donne envie de revoir ce petit bijou…et pour ceux qui aime bien ce genre de vieux film je conseil l’indémodable l’Arnaque (me souviens plus bien du titre originale) avec Paul Newman (Rrrr) Robert Redford (Graw)

    • 25 août 2010 08:52

      The Sting!!
      Paul Newman, most beautiful man ever!! (oui, oui, je bave régulièrement devant La Chatte sur un toit brûlant, et j’assume !
      The Librarian, si tu aimes voir citer des vieux acteurs morts, tu as trouvé à qui parler ! Tiens, d’ailleurs, j’ai regardé Le Troisième homme hier, avec Orson Welles et Joseph Cotten (un des acteurs les plus sous estimés de sa génération, personne se rappelle qu’il joue dans Citizen Kane…).

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