Skip to content

Quand je serai grande, je serai Alexandre Astier…

19 août 2010

Oh la fine équipe de winners !

Au début je voulais adresser à M. Astier une déclaration enflammée, mais je suis une demoiselle bien élevée, moi, et même si je dis souvent des gros mots, je ne déclare pas mes sentiments à un père de famille… Alors à bas l’hyperbole et la guimauve, je vais me contenter d’exprimer le plus sobrement possible mon admiration pour lui.
Ça peut paraître exagéré, mais je suis convaincue qu’Alexandre Astier est un grand monsieur. Oui, absolument. Et je le considère comme tout aussi essentiel que des gens comme Philip Pullman ou Neil Gaiman. Rien que ça, oui. Pourquoi ? Parce que, selon moi, ce qui fait l’importance d’un artiste, c’est sa capacité à faire passer un message et à nous faire réfléchir à ce qui peut nous rendre un peu meilleur, et avec Kaamelott, c’est précisément ce qu’a fait mon nouveau modèle. Laissez-moi vous en convaincre…

Au début, je regardais parfois Kaamelott quand je rentrais chez mes parents, le samedi après-midi : c’était tout dans le désordre, mais ce n’était pas très gênant. Ça me faisait toujours rire, et je ne cherchais pas tellement plus loin… Et puis ma grande copine Iwayado a choisi une citation pour son Facebook :

« Juste à notre aplomb, une corneille est posée sur une branche. Dans quelques secondes, elle va s’envoler. (La corneille s’envole.) Voilà. Nous avons franchi le solstice d’été. Et pendant que d’autres célèbrent le jour le plus interminable de l’année… nous allons secrètement nous réjouir du retour des longues nuits. (Pause) Levez-vous. »¹

Je ne savais pas d’où ça sortait et j’ai trouvé ça classe. Comme elle a plein de lectures intéressantes, je lui ai posé la question, cash pistache comme dirait mon coloc. Quand elle me l’a dit, je suis un peu tombée sur le cul, pour tout vous dire, puis je me suis dit que ça méritait d’être creusé. Et puis j’ai eu une vie, un concours, un chagrin d’amour, une thèse que je n’arrivais pas à écrire, bref, une longue période avec surtout des bas pendant laquelle j’ai un peu fait de la merde et regardé beaucoup de bêtises. À cours d’inspiration et avec un grand besoin de rire un bon coup pendant ma crise existentielle de l’été, j’ai recommencé à regarder Kaamelott sur internet (il y a pas mal de chose sur M6 Bonus… mais pas tout) : j’ai commencé par faire comme à la télé, à regarder un peu dans le désordre, et je m’amusais bien. Puis j’ai bien vu qu’il se dessinait une vraie intrigue et j’ai acheté (par morceaux) l’intégrale en DVDs. Et là, ben j’ai tout vu, et je me suis trouvé un nouveau héros.

Alexandre Astier dans le rôle d'Arthur. Accessoirement auteur, réalisateur, monteur, compositeur... En plus, il est beau. Certes, on s'en fout, mais avouez que ça ne gâche jamais rien.

Une des raisons pour lesquelles j’admire Alexandre Astier, c’est l’art avec lequel il a su se jouer du système, télévisuel qui plus est, pour faire passer son message à un public le plus large possible, et pas sur une chaîne un peu ambitieuse et quelque peu pouet pouet , mais sur M6, qui en général ne présente pas vraiment ce que la télé fait de plus intelligent (ni ce qu’elle fait de pire, soyons juste) : en commençant par des sketchs de 3 mn 30 qui font rire tout le monde (Livres I et II, janvier-octobre 2005), il a introduit ses personnages, ainsi que quelques éléments d’intrigue qui relèvent de la mythologie chevaleresque (parfois plus qu’on ne l’imagine, d’ailleurs, comme le fait que Perceval ignore son nom, ép. I-4).
Diffusé à partir de janvier 2006, le livre III est celui où l’histoire se met en place et commence à avancer : les relations entre Arthur, Guenièvre et Lancelot prennent une part de plus en plus importante dans un ensemble de plus en plus cohérent. Le livre IV, diffusé à l’automne de la même année fonctionne de la même manière. Globalement, on se marre toujours autant : les bons mots fusent, les personnages sont toujours aussi branquignoles, et même si les situations se font un peu plus sérieuses, on ne voit pas vraiment venir le drame…

Pour la suite (livres V et VI), je vous recommande sérieusement de passer à la version DVD, pour voir les épisodes tels qu’ils ont été conçus. Pour le coup, ça devient franchement dramatique… même la photo change, on frôle parfois le noir et blanc dans le V, le VI est tourné en partie dans les décors de Rome, et c’est beau – enfin, moi je trouve. Alors oui, c’est triste, et « triste, c’est long »*Kaamelott sort du registre de la comédie pure, et c’est courageux. Ambitieux, aussi. Et franchement, être le créateur de la fameuse botte secrète et finir par nous parler de libre-arbitre et de responsabilité (entre autres, mais pour moi, ces deux notions sont au fondement de tout), ça vous pose un bonhomme, non ?

Alors oui, je fais ce que je fais toujours – ce qu’on fait tous, probablement, comme quoi Protagoras² n’a pas dit que des conneries – j’en tire ce qui me touche au niveau de mon vécu perso. Ce qui m’intéresse, ce qui m’apporte quelque chose tout en étant cohérent avec la vision du monde que j’essaie d’élaborer. Ce en quoi je crois, pour moi. Pour introduire ces thèmes qui me tiennent à cœur, commençons par parler de quelques personnages.

La fine fleur de la chevalerie bretonne.

Le personnage de Perceval est sans doute l’un des plus réussi. Parce qu’avec son compère Karadoc, il est le principal ressort comique de la série depuis le début. Parce qu’on devine aussi qu’il a du potentiel. Mais surtout parce qu’il est magnifique, au fond. Beautiful loser, comme dirait mon poète préféré… sauf que ce n’est pas un perdant.

Mais moi, j’m’en fous des honneurs, rien à péter, le Graal aussi, rien à péter. Moi, c’est Arthur qui compte. Moi je suis pas un as de la stratégie ou du tir à l’arc, mais je peux me vanter de savoir ce que c’est que d’aimer quelqu’un.³

La force de ce personnage, c’est sa loyauté, son amour sincère pour son roi. Comme le Fou chez Robin Hobb, il incarne l’amour. Ça peut paraître niais, mais il ne faut jamais oublier à quel point c’est important. Si on en venait à rire de ça, je pense que l’humanité serait définitivement foutue. Voilà, ça c’est dit.
Au contraire, le personnage de Lancelot c’est l’anti-tout. Le mec droit, intelligent… rigide. Le mec qui lui aussi va au bout de ce qu’il est. Le héros parfait, le champion, l’amant dévoué. Le héros tragique aussi, parce que jouet de son propre orgueil autant que de ses passions. Et dans Kaamelott, c’est lui qu’on aime le moins. On l’admire – oui, quand même, d’une certaine façon et jusqu’à un certain point. Mais il est le dernier à qui on voudrait ressembler.

Enfin, il y a Arthur, bien sûr. Le roi qui porte à bout de bras cette fine équipe de branquignoles et négocie avec la Dame de Lac, pas tellement moins tartignole. Arthur, c’est d’abord ça, un héros dont « la particularité, [c’est] de s’entourer coûte que coûte de gens faibles »*. Parce que « pour réussir, faut pas prendre les meilleurs… »* Une règle de vie qu’Alexandre Astier applique aussi « dans le civil », avec un « quota de bras-cassés qui dépasse 70% »* dans son équipe.

Les grands chefs n’ont qu’un seul souci, c’est de rétablir la dignité des faibles.*

Voilà, et c’est dit en toutes lettres dans le livre VI. Et cette vision du monde, profondément humaniste, anti-élitiste au possible, ça fait du bien, vous ne trouvez pas ?
Mais à la fin, Arthur, c’est aussi un héros qui baisse les bras. Parce que « c’est pas humain d’avoir une conviction inébranlable »*. Et dans le Livre V, Arthur n’a plus envie. Et ça, c’est d’une importance capitale, le droit au renoncement. Le droit d’être triste. Abattu. Le droit de douter. Oui, merde, vive le droit à la dépression ! C’est pas nécessaire d’entendre ça dans une société qui, à force de nous vendre du rêve, finit par nous en imposer ?

Parmi les autres thèmes abordés, on trouve la paternité. La paternité désirée, ça nous change un peu. Parce que je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les réalisateurs qui tentent tant bien que mal de régler leurs comptes avec leur papa (suivez mon regard, Tim Burton et Wes Anderson) ou les œuvres qui nous racontent des histoires de mecs qui flippent complètement à l’idée d’être père, c’est pas tellement ça qui manque. Là, c’est l’histoire d’un homme qui n’a pas d’enfant et que ça détruit. C’est très beau ce qu’Alexandre Astier dit là-dessus, allez donc regarder l’entretien. Palli, palli – oui, j’ai appris cette expression en Corée, où tout le monde est très pressé. Joli, non ?
Bon, il y avait aussi un très beau passage de réflexion sur le sacrifice d’Abraham, mais je n’ai pas réussi, malgré tous mes efforts, à remettre la main dessus… Plutôt que dire n’importe quoi, je vais me taire, puis si je le retrouve, je vous dis tout, ok ?

Venec, l'escroc, le personnage dont on n'attend rien qu'un peu de rigolade. Et pourtant…

À quand la suite, alors ? Alexandre Astier a le sentiment que pour raconter la suite de l’histoire, il faut aller au cinéma. Qu’il y vienne, et nous attendrons. Combien de temps ? Le temps qu’il faudra, j’en sais rien, et je m’en fous. « George Martin is not my bitch » 4 et Alexandre Astier non plus.
Prenez votre temps, M. Astier, et surtout faites-le pour vous, car c’est comme ça, et comme ça seulement que pourrez continuer à nous apporter quelque chose.

Notes :

Les références des épisodes sont celles des éditions DVD, parce que c’est tout ce que j’avais sous la main. Euh non, en fait, c’est parce que c’est la dernière version en date, donc celle qui fait autorité. Voilà, quoi.

1. Kaamelott, Livre IV, 99/100, « Le Désordre et la Nuit »
2. « L’homme est la mesure de toute chose », vous savez ? Ben, c’est lui. Je précise, parce que j’étais sûre que c’était de Héraclite, moi. 
3. Kaamelott, Livre IV, 66, « L’Habitué » 
4. Encore une fois, merci à Mr Gaiman pour cette leçon d’humilité. Le lien vers l’article d’origine ; je traduis le passage concerné ici (en .pdf), parce que je suis gentille et que j’aime ça.
Toutes les citations suivies de * ont la même source : « Entretien avec Alexandre Astier à Cinecittà, juin 2008. », Kaamelott, Livre V, L’intégrale, DVD 4. 

Advertisements
10 commentaires leave one →
  1. playne permalink
    19 août 2010 08:54

    J’aurais bien aimé voir à quoi ressemblait une telle déclaration d’amour… 🙂
    (C’est pas plus ou moins ce que tu viens de faire de manière nettement plus argumentée, hm ?^^)
    Pour avoir découvert Kaamelot sur le tard il y a à peine quelques mois (et oui, heureusement que j’ai des amis pour me sortir de ma grotte et me montrer tout ce que je loupe à la télé),entre deux assoupissements – j’ai pas trop saisi l’histoire en continu, mais ton article m’en donne furieusement envie !
    Dans la série de Alexandre Astier est beau, intelligent, rusé comme un renard, et nous sauve des normes écrasantes de la société, je pense qu’il faut aussi mentionner que c’est un geek. S’il était pas vieux et marié, ce serait l’homme idéal ? 😉

    • 19 août 2010 16:32

      Vieux, je m’en fous. Marié (ou pas d’ailleurs, les détails administratifs importent peu), ça contrevient à mon sens moral… J’allais dire qu’il avait qu’à me présenter son petit frère, mais question ambition, Hero Corp, c’est le cran en-dessous – du moins pour le moment. Mais c’est aussi très marrant. Je te le prêterai si tu veux / si tu es sage^^

      • 20 août 2010 09:45

        Je suis sage comme une image, tu le sais … 🙂
        L’avatar de la Sagesse même. Et de la modestie, aussi.
        Blague à part, je veux bien.

  2. 19 août 2010 09:30

    C’est pas faux.

  3. 19 août 2010 14:55

    C’est quel mot que tu n’as pas compris Lib ?

    Quoi qu’il en soit, pour ma part j’avais été à la nuit Kaamelott avec les premiers épisodes du livre VI et ce fut assez mythique. Même si je ne sais pas trop si c’est pour l’attente que ça avait suscité chez moi, le fait que la série change de ton/format ou que tous les mecs dans la salle gueulent « Arthur, cuillère ! » avant de faire une ovation à ce grand homme qu’est Alexandre Astier.
    Bel article en tout cas, belle déclaration d’amour aussi ! Et une série qui vaut le détour et qui a su évoluer –et faire évoluer ses personnages (j’aime dans le livre VI quand Arthur fais tout un laïus sur le suicide et que Perceval raconte son rêve)- aussi déroutante qu’est pu être son évolution.

    Me tarde de voir ça au cinéma ! ça va guincher, je n’en doute pas !

  4. Lien Rag permalink*
    23 août 2010 13:23

    Wouah, super article, ça donne vraiment envie d’aller essayer ce « un gars une fille »-like.

    On peut retrouver des interviews d’Alexandre Astier quinou parle de ses motivations et inspirations dans le reportage Suck My geek.

    • 23 août 2010 13:53

      C’est vrai qu’il est particulièrement réussi, cet article. Bravo, mon matou rital préféré !

  5. Dead Serious permalink
    3 octobre 2016 22:25

    J’ai bien aimé lire ça. Merci !

Trackbacks

  1. Quizz séries « Culture's Pub
  2. Dans la famille Astier, je demande… « Culture's Pub

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :