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Quelques chefs d’œuvre oubliés du 7e art (2) : To Kill a Mockingbird

12 août 2010

Il y a des chefs-d’œuvre cinématographiques sur lesquels tout le monde s’accorde. Des films que tout le monde a vu ou croit avoir vu tellement leur renommée est entrée dans les imaginaires collectifs. Citizen Kane. Chantons sous la pluie. Starwars (vous avez remarqué la pluralité des genres ? Je fais dans l’œcuménisme ce soir).  Et puis il y a des films qui, sans qu’on sache trop pourquoi, ne franchissent pas la frontière de leur pays d’origine, ou bien disparaissent peu à peu du panthéon collectif au fil des ans.

C’est le cas de ce chef d’œuvre de Robert Mulligan, sorti en 1962 : To Kill a Mockingbird. Si nos voisins américains ont tous vu ce film, récompensé par trois Oscars, nous autres Français l’avons complètement oublié. Grande est notre perte…

To Kill a Mockingbird, c’est l’histoire de Scout et Jem Finch, deux enfants qui vivent avec leur père, veuf, dans une petite ville endormie du Vieux Sud des États-Unis. Le krach boursier de 1929 est passé par là, nous sommes dans les année 1930, tout le monde est plus ou moins pauvre. Scout et Jem ne s’en soucient guère : du moment qu’ils peuvent jouer avec leur ami Dill et passer des moments avec leur père, Atticus, tout va bien. Ainsi commence le film :

Maycomb was a tired old town, even in 1932 when I first knew it. Somehow, it was hotter then. Men’s stiff collars wilted by nine in the morning; ladies bathed before noon, after their 3 o’clock naps, and by nightfall were like soft teacakes with frosting from sweating and sweet talcum. The day was twenty-four hours long, but it seemed longer. There was no hurry, for there was nowhere to go and nothing to buy… and no money to buy it with. Although Maycomb County had recently been told that it had nothing to fear but fear itself… That summer, I was six years old.

Pratiquement reprises mot à mot du roman de Harper Lee dont est tiré le film, ces quelques phrases plantent le décor, l’atmosphère lourde, lente d’un film qui ne sera pourtant jamais oppressant. Peut-être parce que la caméra, tout comme la narration dans le roman, adopte le point de vue des enfants, de Scout particulièrement, une petite fille intelligente mais encore innocente, aussi spontanée que maligne.

Deux histoires se développent peu à peu au cours des deux années que couvre le film.

La première intrigue est l’intrigue Boo Radley. La maison voisine de celle de Scout et Jem est habitée par la famille Radley, entourée d’une terrible légende : Arthur Radley, le fils, serait devenu fou, aurait manqué tuer sa famille avec une paire de ciseaux. Depuis, son père le tient enfermé dans la cave car il ne veut pas le mettre à l’asile. La légende s’est alors forgée : Arthur « Boo » Radley est un monstre, il est immense, sale et effrayant. Il se nourrit d’animaux sauvages qu’il chasse lorsqu’il sort, la nuit. Il n’est pas loin d’être l’ogre mangeur d’enfants que l’on peut imaginer…

Well, judgin’ from his tracks, he’s about six and a half feet tall. He eats raw squirrels and all the cats he can catch. There’s a long, jagged scar that runs all the way across his face. His teeth are yella and rotten. His eyes are popped. And he drools most of the time.

Et le jeu préféré des enfants est alors de se faire peur avec des histoires sur Boo Radley, d’approcher le plus près possible de la maison, de se lancer des défis pour prouver leur courage.

Cette intrigue rythme la première partie du film, jusqu’à ce que commence l’argument principal : l’affaire Tom Robinson, un Noir accusé à tort d’avoir violé une Blanche, et qu’Atticus, le père des enfants, est chargé de défendre, en sa qualité d’homme de loi de la petite ville.

Tout ce développement de l’intrigue permet de comprendre beaucoup de chose sur la société américaine du Vieux Sud dans les années 1930, avant Martin Luther King, avant le Civil Rights Movement. Parce qu’il est Noir, quoiqu’il dise, quelles que soient les preuves apportées pour prouver son innocence, Tom Robinson ne peut être que coupable. Parce que l’acquitter du crime dont il est accusé, ce serait discréditer la parole d’une Blanche contre celle d’un Noir. La preuve apportée par Atticus est irréfutable, et, au travers des yeux des enfants, le spectateur pense avec naïveté que Tom ne peut être reconnu coupable par le jury. Mais le jury est composé d’hommes blancs. De paysans peu éduqués. L’issue est évidente… Même si la jeune femme qui accuse Tom ment, même si elle vit elle-même en marge de la société – sa famille fait partie de ce que l’on appelle les « white trash« , dont le statut social n’est au-dessus des Noirs que parce qu’ils sont Blancs – elle ne peut être discréditée face à un homme noir…

Si c’est l’intrigue Tom Robinson que l’on retient surtout, et avec raison, toute l’humanité de ce film va bien au-delà de sa défense de la cause des Noirs. Elle réside dans cette attention portée, à chaque instant, aux êtres humains, et qui est l’essence même de l’éducation qu’Atticus donne à ses enfants. L’autre est au centre du film :

If you just learn a single trick, Scout, you’ll get along a lot better with all kinds of folks. You never really understand a person until you consider things from his point of view… Until you climb inside of his skin and walk around in it.

Et cette pierre centrale en fait un film à la fois fort et charmant, peut-être un peu désuet par moment, mais si intelligent, si doux – et si bien réalisé, en noir et blanc, avec un très beau jeu sur les ombres – qu’il n’a finalement pas pris une ride. Gregory Peck y est parfait dans le rôle d’Atticus – il a d’ailleurs remporté le seul Oscar de sa carrière pour ce film, et Atticus figure à la première place du classement de l’American Film Institute des héros. Ce qui me ravit : non, ce n’est pas un héros de film d’action qui tient la tête de ce palmarès, mais un avocat, un homme de loi qui défend le droit, un humaniste modeste qui représente ce que le monde devrait être.

L’ensemble du casting est remarquable – les fans du Parrain reconnaîtront Robert Duvall, qui fait une brève mais mémorable apparition. Les enfants sont époustouflants, en particulier la jeune Mary Badham, qui interprète Scout. Malgré sa nomination aux Oscars (c’est une autre jeune fille qui l’emporte, Patty Duke, pour son interprétation d’Helen Keller dans le film Miracle en Alabama. Oscar mérité, mais dommage pour Mary Badham…), on n’a plus jamais vraiment entendu parler d’elle. Dommage, car son visage expressif, la qualité de son jeu méritaient bien mieux que ça. Ou peut-être n’était-elle faite que pour interpréter Scout Finch…

Je pourrais continuer longtemps comme ça à vous parler de ce film, mais je vais être raisonnable et vous expliquer son titre, avant de vous laisser – en espérant vous avoir donné envie d’aller le voir (ça tombe bien, il est ressorti en copie neuve le 7 juillet dernier en France, sous son titre français, Du Silence et des Ombres – je sais de source sûre qu’il passera au cinéma de la Ferme du Buisson à la rentrée… sinon, il existe toujours en DVD !). Ou plutôt, je vais laisser le soin à Atticus Finch de vous expliquer le titre :

Atticus Finch: I remember when my daddy gave me that gun. He told me that I should never point it at anything in the house; and that he’d rather I’d shoot at tin cans in the backyard. But he said that sooner or later he supposed the temptation to go after birds would be too much, and that I could shoot all the blue jays I wanted – if I could hit ’em; but to remember it was a sin to kill a mockingbird.
Jem: Why?
Atticus Finch: Well, I reckon because mockingbirds don’t do anything but make music for us to enjoy. They don’t eat people’s gardens, don’t nest in the corncrib, they don’t do one thing but just sing their hearts out for us.

Et pour ceux et celles qui n’ont pas lu Autant en emporte le vent dans leur jeunesse, un mockingbird, c’est un oiseau moqueur, très commun dans le Sud des États-Unis.

Alors la question, c’est : dans cette histoire, qui est l’oiseau moqueur ? Tom ? Boo ? Les enfants ? Peut-être un peu tout le monde, au fond…

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5 commentaires leave one →
  1. playne permalink
    12 août 2010 08:42

    J’avais lu le bouquin de Harper Lee il y a quelques années, je pense que j’étais franchement trop jeune d’ailleurs : le titre me paraissait en décalage complet avec le bouquin; tu me donnes envie de réitérer l’expérience avec le film ma chère Lib !

    • 12 août 2010 08:46

      En français, le titre du bouquin, ça donne « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », ce qui est plus fidèle que « Du Silence et des ombres », mais ne correspond à aucun imaginaire référenciel pour le lecteur… du coup ça passe un peu à côté.
      Ma frangine doit avoir le bouquin en français, moi je l’avais en anglais mais je l’ai prêté et je n’ai aucune chance de le récupérer, il faudrait que je me le rachète…
      Mais pour que le titre paraisse en décalage complet avec l’histoire, tu as dû zapper l’explication d’Atticus, elle est dans le livre (le film lui est très fidèle, certains éléments périphériques de l’intrigue disparaissent, comme l’épisode où Jem va faire la lecture à sa vieille voisine acariâtre, mais dans l’ensemble, c’est une adaptation particulièrement réussie – et donc justement récompensée aux Oscars pour Meilleure Adaptation ^^).

      • playne permalink
        12 août 2010 09:10

        J’ai le bouquin en anglais, si tu veux 😉
        Si mes souvenirs sont bons, j’ai lu ce truc quand j’avais douze ou treize ans à tout casser – donc j’ai franchement dû zapper plus que l’explication d’Atticus !

      • 12 août 2010 09:14

        Oui mais je veux mon mien 😉
        J’ai le DVD, si ça t’intéresse !

        Et même avec des ancêtres américains, à 12, 13 ans, l’argot du Vieux Sud, ça devait être coton (Vieux Sud, coton, quelqu’un pour apprécier la subtilité du jeu de mot ??).

      • 12 août 2010 19:09

        Mouarf pour le jeu de mot (parce que je t’aime), et moi, je veux bien le DVD quand Playne te l’aura rendu !

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