Skip to content

Emmanuelle – Parce qu’il faut connaître ses classiques… (1/2)

13 juin 2010

Nous avons parlé de foot avant-hier ; aujourd’hui, c’est donc au tour de notre public hétérosexuel d’être comblé, en évoquant deux grands classiques de la littérature érotique : Emmanuelle et Histoire d’O.

Il est une époque où on ne pouvait pas se faire ouij en moins de cinq minutes avec Emule, comme le dit le poète Orelsan. À cette époque, s’il existait certes des photographies cochonnes ou des gravures (toutes les innovations technologiques ont d’abord été utilisées par l’armée et par l’industrie du sexe), il fallait principalement passer par un média particulier : le livre. Eh oui ! Je sais ce que tu te dis, jeune ! Ces gros pavés tout plein de mots écrits par des auteurs morts qui n’ont même pas connu les SMS, c’était le Youp0rn de l’époque… Il fallait certes pour ça de l’imagination, un concept qui a totalement disparu depuis grâce à Google, sur lequel tu peux trouver des poèmes de deux lignes à envoyer à ta copine : « Ma chéri, tu é pour moa com’ les neige du Niagara : tro belle ».

Retour donc sur deux monuments de la littérature érotique (ainsi que leurs adaptations, petits coquins ^^).

— Emmanuelle —

L’œuvre

Plutôt jolie, il faut avouer...

Marayat Bibidh est une jeune thaïlandaise de 16 ans lorsqu’elle épouse un diplomate français. Ah, la Thaïlande, ce pays si chaleureux où il était culturellement normal de vendre sa fille de 5 ans pour en faire une prostituée. Mais je m’égare. Trois ans après son mariage, Marayat publie sous le pseudonyme d’Emmanuelle Arsan le livre : Emmanuelle, sensé être plus ou moins biographique.

Le roman décrit l’arrivée d’Emmanuelle, jeune française, en Thaïlande, où elle va peu à peu s’initier à la sexualité libre et pleine. Avec son mari, avec des femmes, avec d’autres hommes, poussée par son mari qui semble ne vouloir que son épanouissement, et la laisse totalement libre.
Car c’est là toute la luminosité d’Emmanuelle : le roman érotique est un hymne à la liberté, la liberté d’aimer, la liberté sexuelle, à la pluralité du genre et du nombre… Pas d’exclusivité, pas de jalousie, juste du don de soi. Comme chez Daniela.

Si le livre doit affronter une censure sévère – le nom de l’auteur et celui de l’éditeur ne sont même pas sur la couverture au départ, pour éviter les poursuites – c’est tout de suite un succès fulgurant.
Conséquence indirecte de la censure, le livre, manuscrit unique, est divisé en deux ouvrages parus à une année d’intervalle : Emmanuelle puis l’Anti-vierge. Emmanuelle Arsan insistera plus tard sur le fait que Emmanuelle seul n’a pas d’intérêt car il ne fait que présenter les personnages. Aujourd’hui, les deux parties sont éditées ensemble.

Les adaptations

L’adaptation en film érotique commence dix ans après la parution du livre, par un premier film Italien (Io, Emmanuelle, 1969), mais c’est LE fameux film de Just Jaeckin, en 1974, qui va faire la seconde révolution.

Une image qui a marqué une génération

A cette époque, le cinéma érotique cherche ses marques : il voudrait se distinguer de la production pornographique mais continuer à avoir du public. Un producteur, Yves Rousset-Rouard, achète les droits d’Emmanuelle, et va chercher pour la réalisation un jeune photographe de charme, Just Jaeckin, et pour jouer l’héroïne, une néerlandaise quasi inconnue : Sylvia Kristel. Le tout est accompagné de la musique d’un semi amateur qui a déjà fait quelques musiques de pub : Pierre Bachelet.

Le résultat est un succès phénoménal que l’on peut difficilement comprendre ou même envisager aujourd’hui. Dès le début, le film rivalise en nombre d’entrées avec les meilleures production du cinéma classique. Le film restera 11 ans à l’affiche à Paris ! Jusque dans les années 80, des cars de touristes japonais s’arrêteront devant les cinémas spécialisés pour voir le fameux Emmanuelle… Le film sera également un énorme succès mondial, particulièrement aux US et au Japon. Pour Jaeckin, Kristel et Bachelet, ce sera à court terme le début de la gloire, chacun dans son domaine.

Pourquoi un tel résultat ? D’un côté, la libéralisation des mœurs, la suppression de la censure début 1975, et quelques mois plus tard la création du « classement X » qui marginalisera le genre au profit de la production érotique. De l’autre, un scenario lumineux et tout en sentiments positifs, comme je le disais, et l’innocence de Sylvia Kristel, soulignée par la musique et les paroles de Bachelet…

Sauf qu’aujourd’hui, le film a vraiment vieilli. Lent, avec au plus trois scènes suggérées, il est surtout intéressant pour les paysages et les habits des années 70 😀 Pour découvrir l’œuvre, donc, il vaudra mieux lire le livre 😉 .

Yves Rousset-Rouard produira les deux Emmanuelle suivant (dont l’Anti-Vierge, dernier film inspiré par le livre, puis Good-bye Emmanuelle, musique de Gainsbourg) ; Sylvia Kristel, participera jusqu’à Emmanuelle 4.
On ira jusqu’à Emmanuelle 7 en France, plus une série de films pour M6 dans les années 90. Depuis, Emmanuelle 8 et 9 aux états-unis. L’Italie n’est pas en reste, avec une dizaine de sa série : Black Emanuelle.

On notera aussi une adaptation en BD par Guido Crepax, sur lequel je reviendrai demain.

La signification de l’œuvre

J’ai déjà expliqué l’hymne à la liberté et à l’amour qu’est Emmanuelle. Ceci dit, Emmanuelle Arsan a insisté sur le fait que ce récit est en partie onirique. Le récit se passe plus ou moins dans le futur, la description des lieux n’est pas réaliste, et l’avion-oiseau du début du récit, comme la maison en verre de la fin, sont bien là pour indiquer qu’il s’agit d’une réalité rêvée… …comme la liberté sexuelle est souhaitée.
Le film de Just Jaeckin, au contraire, ne traduit pas cette impression onirique. La scène de l’avion par exemple est complètement réaliste. Le film ayant -nécessairement- plus marqué que le livre, on a un peu oublié ce côté rêvé, presque fantasmatique. Et cela a sans doute joué pour placer la Thaïlande haut dans les fantasmes français 🙂 .

Enfin, il convient de noter une rumeur persistante, comme quoi le mari d’Emmanuelle Arsan serait l’auteur véritable d’Emmanuelle et des futurs livres de sa femme ; il y raconterait sa vie libérée en Thaïlande. L’information venant de sources crédibles, chacun décidera s’il décide de la croire, ou non, ou en partie – car en amour comme en écriture, quatre mains c’est bien aussi 🙂 .

Que sont-ils devenus ?

Emmanuelle Arsan a publié d’autres livres, souvent en lien avec Emmanuelle.
Yves Rousset-Rouard, après le 3e Emmanuelle, a senti le vent tourner, et est parti pour la production classique, notamment avec la troupe du Splendide (les bronzés sont des ordures…)
Just Jaeckin a réalisé d’autres films sur les mêmes thèmes (Histoire d’O, Madame Claude, Gwendoline), mais il a disparu en même temps que le cinéma érotique.
Sylvia Kristel est allée jusqu’à Emmanuelle 4, a tenté sans succès le cinéma traditionnel, avant de sombrer dans la drogue et l’alcool. Mais elle va mieux 🙂
Pierre Bachelet a créé quelques musiques de film pour Rousset-Rouard ou Jaeckin, puis a enfin connu le succès. Aujourd’hui, on le connaît surtout pour l’autre fierté nordique, à côté de Bienvenue chez les ch’tis.

Et pour ceux qui voudraient aller plus loin : http://emmanuellearsan.free.fr

Publicités
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :