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Dangereuses Liaisons

8 juin 2010

Et oui, tous nos casse-couilles sont grands et ont passé leur bac depuis (plus ou moins) longtemps, ils ne se sentent donc pas concernés par la panique qui va grandissante chez les élèves de Terminale de France et de Navarre, futurs bacheliers (ou pas…)

Aujourd’hui, ayons une petite pensée pour les élèves de Terminale L qui ont, au programme de l’épreuve de Littérature, Les Liaisons Dangereuses, à la fois le roman épistolaire de Choderlos de Laclos ainsi que l’adaptation cinématographique qu’en a fait Stephen Frears en 1988…

Si j’ai relu ce livre et revu ce film, c’est que, pour arrondir les fins de mois, je donne des cours à une élève de Terminale L (et oui, je suis prof pour un organisme de soutien scolaire pas très clair…). Sur les quatre œuvres au programme, c’est celle que j’ai retrouvée avec le plus de bonheur (en même temps, Pascal, Homère, et dans une moindre mesure, Beckett, c’est pas très fendard), et en plus, c’est aussi celle qui est couplée avec l’étude d’une œuvre cinématographique, le film de Frears. Les images, en général, c’est moins rebutant que les livres, il paraît…

Commençons par le livre. Laclos, mine de rien, classique ou non, ça se lit tout seul. Et c’est délicieusement pervers. Alors oui, ça parle de cul (à mots détournés, déchiffrer les sous-entendus salaces derrière les mots d’apparence sage est un petit jeu très amusant), mais surtout de perversité, de manipulation des corps et des esprits. Valmont est très fort dans ses jeux de séduction, redoutable Don Juan capable de faire tomber à ses pieds la plus vertueuse de toutes, mais il joue aussi le rôle du Tartuffe face à la Marquise de Merteuil, la véritable manipulatrice, qui va jusqu’au bout de ses plans, qui trahit même ceux qui croient être ses amis. Woman power ! Alors non, on n’a pas vraiment envie d’être comme elle, parce qu’elle est relativement monstrueuse tout de même, mais on se dit qu’il a bien fallu qu’il y en ait eu, des comme ça.

Parce qu’on n’a pas vraiment envie d’être la petite Volanges non plus, niaise à en faire pâlir tout un couvent, dépucelée à l’arrache par le sieur Valmont, trouvant mille et un prétextes pour tromper celui qu’elle dit aimer, et finir par réintégrer, de son gré, ledit couvent. Oie blanche s’il en est… Avec Danceny, son pendant masculin, aussi facile à tromper qu’il est niais, qui ferait confiance à Jack l’Éventreur même s’il le croisait dans une ruelle le soir à minuit… Moralité, plus c’est jeune, plus c’est niaiseux, plus ça vieillit, plus ça comprend la vie…

Le film suit, dans l’ensemble, l’intrigue, même s’il se pardonne quelques licences – mais je ne suis pas de ces gens qui chassent la moindre incohérence entre bouquin et film : si le scénariste avait adapté l’œuvre originale mot pour mot, on serait fait chier les enfants !! À vrai dire, le film est en réalité la transposition sur grand écran de la pièce écrite par Christopher Hampton. Troisième degré de l’adaptation, pour ainsi dire. Seul petit défaut : le film est parfois un peu difficile à suivre si l’on n’a pas lu le livre, à mon avis – je l’ai revu avec quelqu’un qui était dans ce cas, et il m’a demandé quelques petites précisions.

La plus belle réussite de Frears, c’est le couple Merteuil – Valmon, Glenn Close – Malkovich. Elle est savoureuse, à la fois ravissante et délicieusement cruelle sous la poudre et les habits de marquise. Lui est tout aussi pervers, et la petite moue des lèvres qu’il fait dès qu’il flaire un coup bas est vile à souhait. Fausseté et bassesse sont leurs credos, et ils l’assument complètement. La fin de Merteuil est, à mon goût, plus cruelle encore dans le film : si elle se retrouve vérolée et s’exile au Pays-Bas dans l’oeuvre de Laclos, je trouve que l’humiliation publique à l’opéra, suivie du lent démaquillage (bas les masques, dirait Mireille Dumas), possède une force narrative très intéressante.

Keanu Reeves est tellement jeune qu’on se demande si ce poupon joufflu finira bien en Neo. Uma Thurman est elle aussi l’incarnation parfaite de l’innocence, si bien qu’elle en paraît parfois trop insipide. Et petite surprise, remarquée seulement parce que j’ai revu In The Loop il y a peu : vous rappelez-vous Malcolm Tucker, l’infamant directeur de la communication britannique capable de débiter les injures les plus colorées de la langue anglaise ? Il joue, avec vingt ans de moins, Azoulan, le serviteur de Valmont. Son accent écossais est une douce musique à l’oreille. Et pour ceux que ça intéresse, on voit deux ou trois paires de seins, un petit derrière charmant, mais somme toute, pour l’adaptation d’un roman libertin, c’est un peu décevant…

Relire ce bouquin, revoir ce film… ça me donnerait presque envie de repasser le bac !

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14 commentaires leave one →
  1. Lien Rag permalink*
    8 juin 2010 08:21

    « A la table d’à côté, ils ont vu un Beckett ; ils ont dit c’est pas mal joué, mais faut aimer Beckett… »
    Désolé ^^

    Et puis ce livre qui a donné une pièce qui a donné un film, a également donné un deuxième film, transposé dans le 20e siècle des milieux aisés étasuniens : Sexe intentions (cruel intentions). Je ne sais pas si aujourd’hui j’aimerais toujours autant ce film, si je ne le considérerais pas juste comme un teen-movie, en tous cas il est accompagné de ce qui fut longtemps la meilleure BO de l’univers ^^

    Il y a quelques temps j’aurais été étonné de voir Lib faire un article de Cul-ture (quoi que très intello), mais depuis que je l’ai vue à l’anniversaire de Sablaetis, en mini-jupe, bourrée, en train de danser topless sur la table basse, après s’être sniffé un rail de coke, je ne doute de rien. (Ta mère lit le blog, Lib ? 😀 )

    • 8 juin 2010 08:28

      « Il y a quelques temps j’aurais été étonné de voir Lib faire un article de Cul-ture (quoi que très intello), mais depuis que je l’ai vue à l’anniversaire de Sablaetis, en mini-jupe, bourrée, en train de danser topless sur la table basse, après s’être sniffé un rail de coke, je ne doute de rien. (Ta mère lit le blog, Lib ? ) »

      Je reconnais l’alcool (et encore, ça restait soft, hein, et puis mes parents me ramenaient en voiture alors…) et la mini-jupe. Pour la coke et le topless, tu vois avec ta conscience (wishful thinking???) 🙂
      Ma mère vient juste de comprendre comment attacher une pièce jointe à un mail, alors la notion de blog, à mon avis, c’est pas encore gagné…

      • Lien Rag permalink*
        8 juin 2010 08:41

        « Ma mère… »
        Tu connais pas ton bonheur 😀

    • Makuchu permalink
      8 juin 2010 09:21

      Non, mais notre cher Lien Rag exagère toujours la notion d’alcool… prend 2 verres et te voici à vie cataloguée alcoolique et prête à te déshabiller sur place, alors que tu es au maximum que légèrement joyeuse …

      • Lien Rag permalink*
        8 juin 2010 12:33

        J’appelle à la barre Ded et Ofboir, pour le procès de Makuchu concernant un alcoolisme chronique…

      • 8 juin 2010 12:38

        Je ne connais pas DeD, mais d’après ce que je sais d’Ofboir en matière de bière, il n’a pas grand chose à dire (et j’ai des preuves, j’ai gardé la retranscription de l’entretien, *evil laugh*)

      • Lien Rag permalink*
        8 juin 2010 14:53

        EUX ils ne nient pas 🙂

        (on fait pas un peu du hors sujet là ? 🙂 )

      • 8 juin 2010 14:57

        Tu connais ma théorie sur le Hors Sujet ?

      • Lien Rag permalink*
        9 juin 2010 07:16

        non.. ?

      • 9 juin 2010 08:58

        Le hors sujet, c’est la vie 🙂

      • Sablaetis permalink
        9 juin 2010 18:42

        Bravo les conseils pour les candidats au bac… 😛

      • 9 juin 2010 19:13

        Ils feraient mieux de bosser plutôt que de glander sur Internet 😀

      • DeD permalink
        11 juin 2010 19:31

        Concernant l’alcoolisme de Makuchu, il est indéniable.
        Mais ne lui jetez pas la pierre, elle progresse.
        Tu te souviens, Ofboir, quand elle exploitait des petits vietanmiens dans son laboratoire clandestin ? C’était gore, quand même, mais heureusement elle a arrêté quelques mois après la prostitution scatophile.

    • Will permalink
      12 juin 2010 05:29

      Et un troisième…

      N’oublions pas « Untold scandal », transcription sud-coréenne… J’avais commencé le regarder il y a quelques années, mais taupe que je suis je n’ai pu déchiffrer les sous-titres et j’ai abandonné après quelques minutes…

      Par ailleurs, j’apprends des choses sur toi Lib, tu n’es pas alors le saint que je t’avais cru être ???

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