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Quelques chef-d’œuvres oubliés du 7ème art (1): La 25ème heure.

26 mai 2010

Hello everyone!

Parmi l’ensemble des sujets que j’envisage à court terme de traiter dans ce blog (portrait haut en couleurs de Steve Jobs pour la sortie de l’Ipad, concert des xx, mes péripéties à Londres, etc…), un me tenait depuis longtemps à cœur : réhabiliter certains chefs d’œuvres cinématographiques qui, pour diverses raisons, sont passés inaperçus lors de leur passage en salle. Il y a peu, j’ai proposé à Vuuv de participer au projet, et en fan absolue du 7e art, elle a naturellement accepté de me tenir compagnie !

Durant quelques semaines, nous allons donc chacun, à tour de rôle, vous présenter 3 ou 4 films qui, selon nous, auraient mérité plus d’exposition, d’attention, et d’éloge. Pour débuter cette série, j’ai choisi le premier film qui m’a vraiment donné envie d’écrire des critiques : La 25e heure, de Spike Lee, tiré du premier roman de David Benioff, 24 heures avant la nuit, publié en 2001.

À l’époque de la sortie du film, je ne me sentais ni assez mature, ni assez complet pour m’attaquer à ce film que je considère comme immense. C’était en 2003, j’avais 18 ans. Nous sommes désormais en 2010 : let’s give it a try!

Toute première scène. Monty Brogan (Edward Norton), belle gueule de jeune premier au volant d’une sublime Corvette, décide sur un coup de tête de secourir un chien blessé et abandonné sur une obscure route new-yorkaise. Il n’est pas en avance, a visiblement des obligations à tenir d’ici les prochaines heures. Mais à cet instant précis, le temps est suspendu. Seule compte cette simple compassion passagère, s’offrir le plaisir de sauver une vie, par caprice.

Générique. New York, la nuit. Plans sur des projecteurs géants qui érigent dans le ciel deux tours de lumières, configurant les jumelles perdues. De la vie à la mort ; finie l’insouciance, place à la tragédie, aux fantômes. Place au deuil.

En deux plans, tout est dit. Mais rien n’est révélé. Le film de Spike Lee commence tout en nuances et insinuations, sans dévoiler exactement ce qu’il en est pour Monty Brogan.

Ce n’est qu’après quelques flash-backs que l’on fini par rassembler les pièces du puzzle pour découvrir la trame du récit : condamné pour trafic de drogue, Montgomery Brogan sera d’ici vingt-quatre heures dans un bus à destination d’Otisville, prison fédérale. Demain, il dira adieu à une vie de faste et de plaisirs, lui qui fut autrefois l’un des rois de Manhattan. Demain à midi, il échangera son nom contre un matricule. Demain et pendant les sept prochaines années. Une éternité.

Demain, il vivra l’enfer. Mais avant l’enfer, avant de se laisser mourir, il doit encore vivre un peu. 24 heures, précisément. 24 heures pour, en fait, rattraper sa vie avant que la prison ne le rattrape.

24 heures c’est si long et si court à la fois quand on a à trier et à ranger ce qui nous reste de vie. Pour douter, se mettre en colère, pleurer, penser. Pour faire la fête, dire au revoir (ou adieu), envoyer le monde se faire foutre. Pour aimer, pour perdre espoir ou prendre espoir.

Lorsqu’on s’apprête à vivre une éternité dans le noir, chaque rencontre aperçue, chaque visage peut s’avérer être une malédiction. Parce que désormais, ces visages sont susceptibles de nous hanter sept années durant. Alors, quitte à être hanté, Monty décide de passer cette dernière journée avec ceux qui comptent, ceux qui l’attendront à la sortie.

Tout d’abord, il y a son père, James Brogan (Brian Cox). Celui qui se sent responsable de son fils, comme le serait n’importe quel père si son fils devenait trafiquant de drogue, mais qui acceptait son argent et fermait les yeux sur ses activités.

Puis il y a ses amis: Jacob Elinsky (Philip Seymour Hoffman), la quarantaine, prof frustré fantasmant sur une élève qui pourrait être sa fille ; et Frank Slaughtery (Barry Pepper), trader tendance show off, arrogant et miné par des complexes qu’il ne cesse de refouler en attendant que la bulle explose.

Entre eux et Monty, le lien est flou.  Leurs vies ont pris des directions radicalement différentes, on ne discerne même plus ce qui, par le passé, a pu les rapprocher. Pourtant, c’est à eux qu’il a fait appel, eux dont il souhaite se souvenir.

Au fond, nous avons tous des amitiés qui reposent sur le passé et qui n’ont plus vraiment de raison d’exister au présent. Des amitiés qui, si elles devaient débuter maintenant, ne débuteraient tout simplement pas, parce que les liens se distendent, parce que les vies évoluent et que désormais, le quotidien se suffit à lui-même et n’a plus autant besoin de l’autre.

Mais la valeur du lien repose aussi sur un passé partagé. Une amitié peut continuer tant bien que mal, en reposant sur des souvenirs, malgré les ressentiments qui ont pu naître depuis sans toujours être exprimés, et malgré la façon dont les chemins ont divergé. Ces liens, c’est ce qui rend crédible la relation de Monty à ses amis. Ils étaient là avant que tout ne se mette à aller de travers pour lui. Ils étaient là quand il était la star, le Point Guard de l’équipe de Basket du lycée, quand il avait encore un avenir. Quand il avait encore des rêves. Et ils seront là dans sept ans.

Mais ils ne seront pas là pendant sept ans. Sept longues années que Monty s’est infligé seul, par cupidité et déni des conséquences. Ici, aucune culpabilité n’est invoquée. Il est trop tard pour cela. Mais Montgomery Brogan a mérité ce qui lui arrive.

Oh don’t feed me that shit.  C’mon Jake, don’t feed me that bullshit.  Yeah, he got caught.  But our old Monty is a fucking drug dealer.  Shit.  What, are you driving a vintage super V?   No?  Yeah, he is.  Paid for by the misery of the other people.  He got caught and will be locked up.  And I’ll tell you something else, you two are my best friends in the whole world.  I love him like a brother, but he fucking deserves it.  He deserves it.

Et pendant ce temps, l’heure tourne, la journée avance, et peu avant que la soirée ne débute réellement Jakob et Franck se retrouvent chez ce dernier. Peu à peu, sur fond de discussion autour de la responsabilité et de l’avenir de Monty, la caméra s’avance vers la fenêtre, exécutant alors un panoramique vers le bas dehors et nous dévoile, de manière effroyablement nette, Ground zéro, les restes des Twin Towers, ainsi que les anonymes chargés de nettoyer gravats et poussières. C’est un réveil brutal, une secousse, une chute pour les spectateurs, à nouveau.

Cette cité repliée sur elle-même, loin de son expansivité d’antan, cette cité, c’est Monty. On se croyait beau, riche, surpuissant et inattaquable, et en un instant (un matin de septembre ou une nuit de perquisition des stups), tout bascule.

Monty est un personnage émouvant de par ce mélange entre vente de came et insouciance, affection profonde et détachement général, jeunesse et triste sensation d’avoir perdu la partie.

Cette partie, il l’a perdu car jamais il n’a pris le temps de faire face à son métier, de jeter un œil à ses vies qu’il pourrissait, à ses pères de famille qu’il transformait en junkie. Monty n’a pas su ralentir, n’a pas pu se regarder dans le miroir et dire stop.

Cette introspection, cet exercice qu’il se doit depuis le jour où il a embrassé le rôle de vecteur de mort, apparaît sous la forme d’un accès de rage. Devant la glace des toilettes d’un bar, Monty Brogan envoie se faire voir chaque caricature des minorités raciales, fantômes qui lui sourient au moment de quitter la ville et qui vont finalement lui manquer. Une scène culte (et dieu sait à quel point ce mot est sur-employé aujourd’hui), un moment magique de justesse, qui doit beaucoup au talent d’Edward Norton et à la tristesse absolue qui se lit dans son regard.

Mais pendant que Montgomery  blame 8 millions de New Yorkais, le temps ne cesse d’avancer, inexorablement. Après une nuit agitée par les remords et les ressentiments volant en éclats à travers une fête d’adieu étourdissante en plein night-club, le précipice se fait un peu plus net.

Les scènes d’adieux se succèdent (un peu trop rapidement, cela dit…), puis tout s’arrête. Il est temps de partir, vers cette prison qui agit comme un aimant, ce lieu qui s’apprête à nous voler notre avenir.

La dernière heure de Monty, c’est celle du voyage vers Otisville, celle de l’échappée imaginaire, où tout est encore possible. On assiste à ce discours du père, prêt à tout pour voir son fils exister encore un peu, lui proposant de rouler vers l’Ouest, sans se retourner, sans revenir. De s’exiler pour se muer en phœnix, choisir de mourir civilement et s’enfuir pour toujours, renaître ailleurs.

Une fin ouverte pour un film à la tristesse infinie, magnifiée par la  musique mélancolique et lancinante de Terence Blanchard. Une fin qui nous laisse nu, sans  voix, sans solution.

This life came so close to never happening. You all came so close to never happening.

Au final, le film fascine et bouleverse longtemps après la projection : pour la première fois à Hollywood depuis le 11 septembre,  et contrairement à ses confrères, Spike Lee nous dit combien il accuse le coup. La 25e heure constitue de très loin son œuvre la plus aboutie. Une œuvre majeure. Une œuvre blessée.

PS : Il y a fort à parier qu’une fois l’article de Vuuv publié (qui portera, aux dernières nouvelles, sur Infernal Affairs) je décide d’arrêter ma série, par peur de la comparaison^^. Si ce n’est pas le cas, mon prochain article sera consacré à Solaris, de Steven Soderbergh (pour le Tarkovski, on verra une autre fois, shall we? 😉 )

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8 commentaires leave one →
  1. 26 mai 2010 07:16

    J’ai trouvé ton article intéressant donc continue tes chroniques et promis on ne comparera pas avec Vuuv!En tout cas c’est une riche idée de promouvoir ces films passés inaperçu car certains le valent bien!!!

  2. 26 mai 2010 07:26

    Toyboy, si tu te sens complexé par l’article de Vuuv, viens-me voir et je me chargerai personnellement de te botter les fesses : des articles comme ça, on en veut d’autres !

  3. Lien Rag permalink*
    26 mai 2010 12:22

    Solaris comme Infernal affairs, il faut absolument comparer les deux version 🙂

    • Toyboy permalink
      26 mai 2010 12:35

      Nope
      Je ne peux pas parler d’Infernal affairs, ce n’est pas mon article (et puis, la version de Scorsese est inutile, c’est du plan pour plan, avec moins de finesse. Et Dieu sait pourtant à quel point j’idolatres Marty, mais là, je comprendrais jamais le besoin de faire un remake d’un film parfait si on n’y apporte pas sa trace..)

      Pour ce qui est de Solaris, par contre, hors de question de parler du Tarkovski. D’une part parceque la première version est unanimement reconnu comme un des plus grands chef d’oeuvres cinématographiques, et qu’il n’a donc pas sa place dans la thématique de la série d’articles en cours. D’autre part parceque les deux films ne sont pas comparables, celui de Soderbergh traitant quasi exclusivement de la relation entre Georges Clooney et son ex femme décédée, tandis que la relation est à peine effleurée dans le Tarkovski. Or, c’est cette relation et son traitement qui m’ont profondément touché 😉

  4. Toyboy permalink
    26 mai 2010 12:29

    Vous inquietez pas, je plaisantais à moitié, même si niveau rédactionnel, je ne combats pas forcément dans la même catégorie que Vuuv (pour des raisons de cursus, sans doute^^).
    Je suis assez motivé par mon prochain article, même si la perspective de finir en pleurs (Solaris étant probablement un des films dont le thème me parle le plus) est assez grande!

    Par ailleurs, cette série d’article est ouverte à tout le monde. Du coup, si un des rédacs souhaite également « réhabiliter » un film qu’il estime être un chef d’oeuvre, prévenez Vuuv ou moi-même, mais à priori, on vous fait confiance (venez quand même pas nous annoncer que vous voulez faire un article sur « Astérix aux jeux olympiques », on est tolérants, mais y’a des limites^^)

  5. 9 juin 2010 21:46

    Mec genre c’est toi qui as peur de la comparaison… J’ai dû planifier mon article avec un revolver Syracusien sur la tempe pour ne serait-ce qu’avoir la moindre chance d’oser l’écrire 😉

    Super article, et je bats ma coulpe de ne pas avoir vu ce film. Il faudra absolument que j’y remédie (si t’as un DVD qui traîne…).

  6. louka permalink
    7 février 2013 10:22

    Presque 3 ans après: j’ai bien aimé ton article, ce film est magnifique. Cependant je ne suis pas d’accord avec toi. Le film a une fin fermée. Lors de l’avant dernier plan, la caméra filme le Washington Bridge qui permet de quitter Manhattan et donc d’ « aller vers l’ouest » et on voit la voiture qui n’a pas pris cette route, qui continue à longer la côte. En vérifiant sur Google Map on constate d’ailleurs que c’est bien l’une des directions pour Otisville.
    Donc voilà, Monty a bien été en prison, et cette vie n’a jamais existé… La bonne nouvelle c’est qu’il est sorti de prison depuis.

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