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Fleur du Désert

2 mai 2010

Tiré d’une histoire vraie, Fleur du Désert est à la fois l’ascension d’une Somalienne vers la gloire des podiums et la dénonciation d’une pratique ignoble, l’excision des parties génitales féminines dans certaines sociétés.

Oui, je sais, ce film est sorti il y a déjà longtemps et il ne passe déjà plus que dans 4 salles parisiennes, mais bon, c’est pas pour ça que vous ne le verrez jamais !

Difficile de juger un pareil film. Qui suis-je pour me permettre de le critiquer, alors qu’il traite d’une des pratiques les plus atroces encore en cours dans certaines sociétés ? Surtout qu’il ne tombe pas dans l’excès habituel du genre, la moralisation intensive. Fleur du désert prend le parti de demeurer extrêmement démonstratif, sans jamais porter de jugement, à l’image de Waris Dirie, son personnage principal. Elle commence d’ailleurs son discours à l’ONU par ces mots : « I love my parents. I love my family. I love Africa. » Ce n’est la faute de personne, mais la responsabilité de tous.

D’un point de vue strictement documentaire et informatif, ce film m’a profondément touchée. J’en ai encore mal au bide. Imaginer ces fillettes que l’on torture sous prétexte qu’elles sont ‘impures’ (d’après ce que j’ai compris, cette pratique n’est absolument pas préconisée dans le Coran), c’est insupportable, au-delà du port de la burqa, au-delà de tout ce qui est déjà infligé à ces femmes. Cela m’a touchée dans mon intégrité, dans ma féminité. Il y a des scènes que je n’ai même pas osé regarder. Mais je me suis posé la question : est-ce que ça a vraiment sa place dans un film ? Cela ne tient-il pas plutôt du documentaire d’Envoyé Spécial ?

Parce que le reste du film tient plus du conte de fée : la jeune Somalienne à la rue qui finit star mondiale. Dans le mannequinat. Et là, moi, je me dis, qu’est-ce qu’elle a réussi dans sa vie – elle est juste belle (enfin, elle a un visage ravissant, mais il faut aimer les sacs d’os). Elle passe du statut de ‘disparais sous ta burqa et tais-toi’ au statut ‘sois belle et tais-toi’. Qu’est-ce qui a changé, sinon quelques mètres de tissu en moins ? Heureusement qu’elle en profite pour parler de l’excision, parce que sinon, bonjour la superficialité. Le côté conte de fées m’a barbée – en plus, c’est trop long, et la structure narrative est trop plan plan pour être vraiment séduisante.

Alors oui, dans ce cas-là, la rupture de ton avec l’enfance en Afrique, la scène de l’excision (et là, franchement, c’est limite si on ne voit pas tout, merci bien), celle de la tentative de viol, oui, c’est sûr, ça crée un vrai hiatus avec la vie à Londres. Mais ça ne me convainc pas. Les échanges de serments avec le petit frère, c’est cucul la praline – en plus, tu te dis que ce gamin va devenir en grandissant un gros connard qui infligera les mêmes sévices à ses filles que celles subies par ses sœurs. Finalement, le film oscille entre le genre girly gnangnan et le documentaire engagé, et en y réfléchissant, ces deux genres ne vont vraiment pas ensemble.

Je retiendrai cependant la scène, poignante, où Warie comprend que ce qu’elle a subi n’est pas normal en comparant son sexe à celui de sa coloc’ – dit comme ça, ça paraît gore, mais c’est très bien filmé, tout en pudeur – contrairement à la scène de l’excision elle-même, atroce. J’ai beaucoup apprécié la performance de Juliet Stevenson dans le rôle de Meryl Streep dans Le Diable s’habille en Prada : géniale comédienne britannique, elle eN fait des tonnes, s’éclate et ça se voit. Et Timothy Spall, le Peter Pettigrew de Harry Potter, très touchant. Sally Hawkins est charmante elle aussi, dans le rôle de la coloc’ déjantée.

J’aurais voulu vous dire que j’ai adoré, que ça m’a prise aux tripes. Alors oui, ça m’a prise aux tripes. Mais voilà, il faut juger ce film pour ce qu’il est, un film, et non un docu sur l’excision. Et comme film, il a des faiblesses qui me dérangent : trop monstratif alors que j’aime la suggestion, une narration trop conventionnelle qui sombre dans l’ennui.

Dommage. Parce que rien que pour la dénonciation de l’excision, ça vaut le coup. Et pour en apprendre plus sur cette pratique, aussi. Parce que si le film livre des détails dont je me serais bien passée, il faut, au fond, en prendre conscience.

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