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Mammuth

30 avril 2010

L’univers de Groland, depuis bientôt 20 ans, a marqué une partie de la société française. Outre le côté trash, l’humour décalé ou sur des sujets auxquels il ne faut pas toucher (les vieux, etc.), il y a toujours eu un message engagé, limite politique, gaucho-anar, qui refuse le capitalisme à outrance, tout ce qui abaisse l’humain, ou de façon générale le formatage des médias et de la société. Issus de cette branche humaine, Gustave Kervern et Benoît Delépine (Michael Kael) réalisent tous les deux ans depuis 2004 un film correspondant à leur vision du monde.

Les deux premiers films du duo, en noir et blanc, lents, décalés, restent relativement confidentiels. Les synopsis laissent rêveurs :
Aaltra : le road-movie de deux paraplégiques qui remontent en Finlande pour se faire indemniser par la société responsable de leur handicap.
Avida : Un sourd-muet captif en fuite se retrouve embarqué par deux toxicomanes dans un étrange trafic d’animaux. L’échec de l’enlèvement du chien d’une milliardaire obèse et suicidaire va les lier à elle. Elle en profitera pour les forcer à réaliser ses dernières volontés. (WP)

En 2008 c’est Louise-Michel qui sort : suite à la fuite de leur patron avec les machines, des ouvrières sur le carreau embauchent un tueur à gage pour les venger. Comme il se révèle incapable, Louise l’ouvrière va aider Michel le faux tueur pour « régler » la situation.
Produit par Kassowitch, comme Avida, en couleur, avec un vrai scénario, un humour toujours décalé mais plus accessible, le film a un petit succès. Avec une belle campagne marketing, il ressemble presque à une production classique ; évidemment, le thème, le message et le titre, référence à la communarde, jurent avec la production commerciale classique.
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Cette année, c’est Mammuth qui éclot de leur association. Serge Pilardos vient d’arriver à la retraite, mais il lui manque des fiches de paies pour la toucher complètement. Il enfourche donc sa moto, la fameuse Mammuth, pour faire le tour de ses anciens patrons et retrouver son dû.

Déjà, soyons clairs : Mammuth est plus proche d’Aaltra que de Louise-Michel. Au départ successions de saynettes amusantes et décalées, on retrouve rapidement l’ambiance du road-movie, et ses rencontres absurdes et sans intérêt pour l’histoire. Le rythme est lent, le film contemplatif… Les réalisateurs ont évolué avec leur création : des scènes non prévues voire improvisées ont été rajoutées, d’autres ont finalement semblé anecdotiques au vue de l’évolution du personnage. Car ses rencontres changent Serge Pilardos, et finalement, sa quête administrative lui paraît moins importante, de même qu’à Delépine/Kervern, qui ont enlevé les scènes finales concernant l’histoire : ne restent que celles concernant le personnage.
Donc soyez prévenus, le scenario amusant disparait petit a petit devant le caractère contemplatif/introspectif du film, jusqu’à ne plus exister du tout. Ce n’est pas une quête DonQuichottesque contre l’administration ou les méchants employeurs, mais plutôt une fresque sur la vie et l’amour. Il faudra être très ouvert pour ne pas être dérouté.

Les thèmes chers aux deux grolandais sont toujours là : des petites gens (la France d’en bas) dépassés par le système, en dehors de la société formatée, décalés à tous les sens du terme. Un humour très belge, qui rappelle par exemple le fameux « C’est arrivé près de chez vous ». Poelvoorde puisqu’on en parle a un petit rôle, à côté d’autres second rôles classieux, dont Adjani. Les premiers rôles, dont Yolande Moreau qui joue une Yolande Moreau, sont très justes. Depardieu, qui semble avoir passé le dernier cap de désabus avec la mort de son fils, est terriblement touchant. Complètement désinhibé, il n’hésite plus, et je vous invite à lire ses dernières prises de position publiques, notamment concernant la polémique récente sur Dumas, ou l’interview concernant Mammuth dans le Première d’avril.
Enfin, Miss Ming est pour un tiers responsable de l’intérêt du film. Après Depardieu, elle bouleverse d’autant plus qu’elle est comme ça dans la réalité.
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Ça se sent sans doute dans mes mots, j’ai été très touché par ce film. Même Aaltra était _juste_ décalé, celui-ci va beaucoup plus loin. Même les auteurs, qui ont changé le film au fur et à mesure qu’ils le tournaient et le montaient, ont été touchés par lui.
Maintenant, ce n’est pas un film commercial. Ce n’est pas nécessairement un film facile d’accès. Mais pour ceux qui ont le recul et l’ouverture nécessaire, c’est un film à voir.

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Ah, et merci à BHL qui, dans la commission d’Arte, s’est opposé au financement de ce film en disant qu’il « ne contenait rien ». J’aurais eu les boules de lui devoir quelque chose.

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3 commentaires leave one →
  1. 5 mai 2010 08:22

    Exact, gars, ce film vaut le détour!!J’adooooore Depardieu donc je n’ai pas été déçue et j’ai même trouvé sa prestation, toute en retenue, très émouvante. Comme tu l’as dit , Yolande Moreau RESTE Yolande Moreau et Miss Ming est époustouflante. C’est un petit film qui mérite le détour, tout en finesse et en émotion.
    Merci Lien Rag de nous montrer que tu as un cœur!!!

  2. 21 mai 2010 13:57

    Pour info, Gustave Kervern sera à la Ferme du Buisson le 26 juin pour la projection de Mammuth au ciné en plein air 🙂

  3. 25 mai 2010 17:28

    Vu avec Iwayado, qui a un avis bien différent à émettre ici et que nous attendons avec impatience !

    On sort du film un peu comme d’un trip : parfois ri, parfois pleuré, parfois on s’est reconnu dans cette simple humanité, parfois on préfère la mépriser. C’est plutôt plaisant , même si on n’a pas tout compris. D’ailleurs les scénaristes sortent sans doute eux aussi d’un certain trip.
    Qu’en reste-t-il après avoir dégrisé ? Malheureusement pas grand chose. J’ai pu être touché dans mon petit coeur par la dureté du monde ou la beauté du bonheur simple, redevenir un instant un enfant comme Depardieu et Ming, mais finalement c’est très léger et très transitoire. Est-ce cela la vraie vie ? Je n’ai pas été convaincu.

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