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Paris sous La Tempête

26 avril 2010

Shakespeare. La Tempête. Sam Mendes. Stephen Dillane. Mélangez ces quatre éléments sur la même scène, et vous pouvez être sûrs qu’à un moment donné, Lib sera dans la salle. Parce ma pièce préférée de Shakespeare mise en scène par Sam Mendes (American Beauty, Les Noces Rebelles, entre autres) avec Stephen Dillane dans le rôle de Prospero, c’était la grande nouvelle de l’année. Surtout quand j’ai su que la troupe passait par Paris lors de sa tournée mondiale, entre Singapour et Madrid. Avec en plus Juliet Rylance, la fille adoptive de Mark, Ed Bennett, que j’ai vu dans Hamlet (une fois dans le rôle de Laertes, puis dans le rôle de Hamlet lui-même après que David Tennant / Hamlet s’est cassé le dos), et Christian Camargo, que certains d’entre vous ont vu dans Dexter. Avec tout ça, je me suis dit que j’allais en avoir pour les 50€ que j’ai dû lacher (avec la réduc adhérent Fnac, et même pas en première catégorie…).

Cette production de The Tempest n’est pas tout à fait comme les autres : elle a été produite dans le cadre du Bridge Project. Kézaco, me direz-vous ? Ce projet a vu le jour la saison précédente : the Old Vic, un théâtre anglais, the Brooklyn Academy of Music, une institution américaine, ainsi qu’une maison de production, Neal Street, ont mis leurs efforts et leurs sous en commun pour monter une troupe composée d’acteurs anglais et américains, et dirigée par Sam Mendes – l’ex de Kate Winslet. L’an dernier comme cette année, deux pièces sont montées, et la troupe part en tournée pour se produire un peu partout dans le monde. Cette saison, les deux pièces au répertoire sont As You Like It et The Tempest – que du Shakespeare (ils ont joué The Cherry Orchard de Tchekhov l’an dernier, en plus d’un autre Shakespeare).

Donc voilà, cette année, après New York et Singapour, avant Madrid, Recklinghausen et Londres, le Bridge Project s’est arrêté à Paris. Je n’ai pas pu voir As You Like It (parce que je travaillais le soir de la première / parce que je suis partie à Londres le lendemain / parce que vu le prix des billets, il a fallu choisir), mais j’étais parmi le public de The Tempest le dernier soir.

Avant toute chose, pour mieux suivre, allez faire un petit tour rapide pour être au fait de l’histoire…

Commençons par ce qui n’allait pas, pour finir par le meilleur !! Alors, pour la petite histoire qui permettra de mieux comprendre ma réception de cette production, j’ai vu il y a trois ou quatre une excellente Tempête au Tron Theatre, à Glasgow – c’est un peu la production qui m’a fait tomber amoureuse de cette pièce, notamment parce qu’elle savait traiter les scènes comiques avec Trinculo et Stephano. Ce qui n’est pas le cas de la Tempête de Sam Mendes. Une mise en scène très conventionnelle, au final, qui ne fait pas tellement rire et qui passe à côté de la truculence salace des deux personnages. Trinculo est drôle de manière attendue et dépourvue d’originalité, et Stephano ne m’a juste pas faire rire.

Dans la catégorie ratage, aussi, il y a toutes les scènes entre le Roi de Naples, le Duc de Milan et sa suite. Pour le dire vite – on s’emmerde ferme durant ces scènes. Quant à Caliban, je n’ai pas vraiment d’avis sur la question, ce qui n’est pas très bon signe car ce personnage est malgré tout assez symbolique de la pièce.

Mais oublions ces aspects négatifs pour s’intéresser à ce qui fonctionne vraiment – à savoir Prospero / Stephen Dillane ; Miranda / Juliet Rylance ; Ferdinand / Edward Bennett ; Ariel / Christian Camargo.

Le couple Miranda / Ferdinand fonctionne à merveille. Leur histoire d’amour est un peu mièvre, mais ils sont touchants tous les deux, ils ont su trouver ce difficile équilibre entre innocence juvénile et plaisir de se découvrir. Avec sa coupe un peu garçonne et ses vêtements amples qui dissimulent sa féminité, Juliet Rylance est parfaite, elle campe une douce Miranda encore un peu enfantine, tout étonnée de découvrir qu’il existe un monde au-delà de l’île, de son père et des esprits qu’elle côtoie tous les jours. Ed Bennett joue très bien le dilemme entre la joie de trouver l’âme sœur et le désespoir d’avoir perdu son père.

Ariel est joué par Christian Camargo. Tout de noir vêtu, le visage blanchi tel un triste Pierrot, il incarne à merveille cet esprit contrôlé par Prospero, qui se doit d’accomplir les ordres de son maître tout en pleurant sa liberté perdue. Presque toujours présent sur scène, il glisse d’un personnage à l’autre sur ses pieds nus, et croire qu’il est vraiment humain devient difficile.

Enfin… roulement de tambours… Stephen Dillane dans le rôle de Prospero !!! C’était un peu le truc que j’attendais avec le plus d’impatience, la véritable raison pour laquelle je voulais voir cette pièce. Petit bémol : de mon siège à 50€, je ne voyais pas toute la scène (enfoirés…). Or, pendant toutes les scènes où il n’intervient pas, Prospero est quand même présent sur le plateau, assis sur le côté, à l’affût de tout ce qui se passe sur son île, contrôlant tout et tout le monde. Mais de ce que j’ai vu, il est le parfait magicien fatigué, désabusé, prêt à pardonner ceux qui l’ont trahi au moment où il les fait s’échouer sur les rivages de l’île. A la fois noble déchu et père ému, il jongle avec grâce entre ces différentes facettes de Prospero, s’approprie le personnage avec bonheur. Merci, Mr Dillane.

Des murs rouge sang, une piste ronde de sable blanc, un musicien présent sur scène pour jouer les airs féeriques de l’île magique… décors, lumières, sons et costumes étaient bien réussis, plongeant le public dans cette atmosphère surréelle et élégante qui caractérise la pièce.

Une très belle production, très respectueuse du texte, avec de merveilleux moments, et d’autres moins réussis. La suite du programme ? Revoir la pièce à Londres cet été – histoire au moins de voir ce que fabrique Prospero pendant tous ces moments où il était caché par la rambarde du premier balcon…

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9 commentaires leave one →
  1. Iwayado permalink
    26 avril 2010 18:45

    Merci de m’avoir refait plonger dans cette pièce, que j’adore 🙂 Une des rares choses que Madame N…ai m’avait fait aimer en prépa!

    J’irai bien la voir mais je ne suis pas sure d’avoir le temps!

    Le thème de la tempête est d’ailleurs repris dans Ilium et Olympos de Dan Simmons, à la sauce SF, donc… il faudrait un jour écrire un mémoire sur toute la réutilisation des classiques dans la science fiction (mais on y passerait trop longtemps^^)

    • 26 avril 2010 19:09

      C’était la dernière, donc tu ne pourras pas la voir, à moins d’aller à l’étranger ! J’ai pris mon billet aujourd’hui pour la revoir cet été à Londres… :p

      En revanche, si ça t’intéresse, je vais bientôt voir Tempête ! au Bouffes du Nord, c’est une adaptation de la pièce de Shakespeare par Irina Brook, la fille de Peter – tiens-moi au courant si ça t’intéresse, je te dis quand j’y vais !

      • Iwayado permalink
        26 avril 2010 19:28

        ça m’intéresse 🙂

  2. 26 avril 2010 19:31

    Mail :o)

  3. Jasmine permalink
    27 avril 2010 09:32

    I agree with you, Lib. For me the thing about the comic characters not being comic enough (apart from the audience missing some of the enjoyment), and the other Europeans not making enough impact with their malicious calculations, is that you don’t so readily think « and these drunken idiots/traitorous murderers think they’re superior to Caliban ».

    • 27 avril 2010 09:47

      Exactly. Mendes seems to be missing the point there, and the play loses one of its points of interest. But were you not saying it often happens with productions of the Tempest? I’m seeing another one in May, I’ll see what Irina Brook makes of it!

  4. Jasmine permalink
    27 avril 2010 10:00

    I don’t know – I think they are intended to be funny/nasty, but it doesn’t quite come off. I exclude the actor playing Gonzalo from this (as Shakespeare does in fact; Gonzalo is loyal). I found him very touching.

    • Jasmine permalink
      27 avril 2010 10:01

      Sorry – must remember to click on Reply, to get the comment underneath yours!

Trackbacks

  1. Tempête, second take « Culture's Pub

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