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Chronique du tango ordinaire

23 avril 2010

Rodrigo Rufino & Gisela Passi.

Comme le savent ceux d’entre vous qui me connaissent, comme s’en doutent peut-être ceux qui fréquentent assidûment ce blog depuis un petit moment, je danse le tango argentin. Depuis presque cinq ans. Avec des hauts et des bas. Mais depuis cinq ans. À part lire, écrire et manger, je n’ai jamais rien pratiqué pendant aussi longtemps.
Je ne suis pas une grande danseuse. Je ne le serai probablement jamais. Je ne suis pas très forte en musique, non plus : je connais bien quelques noms propres, même quelques titres, quant à les identifier à l’oreille, c’est une autre paire de manche. Et je ne connais pas plus de quoi ? 20 mots d’espagnol, dont la moitié consiste en vocabulaire technique. Je ne prétend donc pas avoir un point de vue érudit sur le tango argentin, je ne peux que vous parler de mon expérience.

J’ai fait de la GRS (on dit gymnastique rythmique, maintenant) quand j’étais jeune, j’ai fait partie du club de danse de mon collège, j’ai même appris un peu de kathak. On ne peut pas dire que j’ai une vraie formation de danseuse, mais j’ai toujours dansé. Après la prépa, je voulais commencer une activité physique et je pensais au flamenco, mais une copine m’avait parlé avec beaucoup d’enthousiasme de ses cours de tango, une autre y allait, justement… Et bam. Je ne sais pas trop ce qui m’a plu au début, parce qu’honnêtement, les premiers cours, ce n’est pas de la danse. On ne sait pas où poser les pieds, quand on est une fille on se fait un peu trimballer comme un sac à patates ; j’imagine que quand on est un mec, on doit essayer de trimballer un sac à patates – récalcitrant, qui plus est. Pas facile. Heureusement, il y avait la musique.
Je l’ai déjà dit, je ne suis pas mélomane. Ma culture musicale est quelque peu étriquée, je n’ai pas d’oreille et parfois je manque même de curiosité. Mais d’un autre côté, je ne peux pas vivre sans musique. Les profs¹ ont été malins, au début ils nous faisaient plutôt écouter ça :

C’est très rythmé, c’est plus facile pour apprendre. C’est aussi plus facile d’accès que les classiques des années 1940.
Et puis il y a eu la première soirée, celle où j’ai pu danser avec des danseurs plus expérimentés, donc danser tout court. C’est là que j’ai vraiment eu le déclic.

J’ai une formation classique, c’est-à-dire que j’ai appris le tango porteño, le vrai tango que l’on danse dans les bals (les milongas) de Buenos Aires – je n’y suis jamais allée, mais c’est prévu. Parce que le tango est d’abord une danse sociale, qui se pratique au quotidien, comme on sort prendre un verre avec des amis. Bien sûr, à Paris c’est un peu différent. Mais il y a plusieurs milongas différentes tous les soirs. Le monde du tango parisien, c’est tout un cirque ; j’y reviendrai si j’ai le temps.
Le tango, c’est surtout une danse qui se danse à deux, et c’est là que ça devient vraiment magique. On a eu de grands débats avec Vuuv qui s’y était mise, à une époque, et qui a préféré la salsa, la vilaine. Ce qui me séduit dans le tango, c’est l’alchimie qui peut s’opérer entre deux corps, le sentiment de… communion. Lui, moi, et la musique, le temps d’une danse ou jusqu’au lever du jour. Bien sûr, parfois (souvent) ça ne prend pas. Ça peut être horrible, ennuyeux ou très amusant. Mais il y a ces moments où on ne pense plus à rien, où n’existe plus que la danse.
Le maître mot du tango, c’est l’élégance. Viennent ensuite la grâce, la retenue, la passion. Pour bien danser, il faut être amoureux. Je ne veux pas qu’on ne peut danser qu’avec quelqu’un qu’on aime, mais avec quelqu’un avec qui on imagine que ce soit possible, le temps d’une danse. Il faut que ce soit possible ; ça ne l’est pas toujours, mais quand ça l’est…

Ça, c’est du tango nuevo. Je n’ai pas appris, j’essaie de m’adapter quand l’occasion se présente. Parce qu’au fond, j’aime bien, même si j’ai appris le tango milongero, c’est-à-dire le tango de bal. Le tango pratique, le tango quotidien. Que j’adore, parce que c’est d’un grand confort et que sans ça, on ne peut pas vraiment s’exprimer. C’est aussi très élégant… et plus sobre. Plus exigeant. Beaucoup de danseurs parisiens n’ont pas compris que l’essentiel du tango, c’est la marche, c’est-à-dire le simple fait d’avancer ensemble, avec la musique. Les figures ne sont là que pour « s’occuper » quand il n’y a pas de place sur la piste – en pratique, 95% du temps. Le tango, selon moi, ne doit pas chercher la performance mais le simple plaisir de danser ensemble.
En bal, le tango nuevo, c’est un peu acrobatique. Avec la bonne personne, ça peut aussi être très amusant. Mais même si je maîtrise moins cette technique, je l’apprécie beaucoup. Parce que je préfère danser sur la mélodie – ça, c’est mal.
Il faut savoir qu’en tango, il y a trois rythmes, le tango, mais aussi la valse et la milonga, plus rapide, plus enjouée, plus légère… Ce qui fait qu’on peut finalement danser le tango sur toute sorte de musique. Ça, par exemple :

Mon fantasme ? Trouver quelqu’un pour me danser sur « Famous Blue Raincoat. »

Parfois, on se prend la tête, est-ce que je suis droite, est-ce que je suis passée par la cheville, est-ce que mon coude est bien baissé ? La danse, c’est aussi une discipline. Le tango est une discipline douce, une danse qui peut encore se danser à 80 ans, qui m’a appris à respirer, à me tenir droite et à marcher avec des talons hauts. En cinq ans, le tango a nettement contribué à faire de moi ce que je suis aujourd’hui.
Et il y a tellement de choses dont je n’ai pas parlé : les chaussures, mais c’est volontaire (par égard pour le public masculin, qui n’en a rien à faire – les filles, allez vous rincez l’œil ici), le bruit des semelles sur le parquet, le danger de l’addiction, les rapports homme/femme, le court-métrage pour lequel j’ai fait de la figuration… Mais le plus important, la seule chose qui compte vraiment, c’est le plaisir de danser.

Pour conclure, l’ultimo tango traditionnel, « La Cumparsita« , par Carlos Gardel.
Ok, je vous ai raconté ma vie. Mais c’était ça ou pas d’article du tout aujourd’hui, alors…

Notes et références :

1. Rodrigo Rufino et Gisela Passi, toutes les informations les concernant sur leur site : en bref, ils sont Argentins, ils sont jeunes, ils sont beau. Il a la grâce, elle a le sens de la pédagogie et je les adore.

Pour tout renseignement sur le tango à Paris, consultez le site du Temps du Tango.

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13 commentaires leave one →
  1. stef808 permalink
    23 avril 2010 09:44

    Aaaaaah quel bonheur ton article !!! Sois-sûre que tu as au moins fait un heureux !!
    Dans un tout autre registre, check ça : http://www.youtube.com/watch?v=S-mkR-KoPts
    Question : est-ce qu’ils y a des bars / restau à Paris où on peut déguster de savoureux petits plats ou boissons et voir des danseurs endiablés ??

    • 24 avril 2010 19:35

      Peut-être au Barrio Latino (vers Bastille), le samedi après-midi – je n’y suis jamais allée, sans doute aussi au Latina, 41 rue Beaubourg, tous les soirs. A ma connaissance ce sont les seuls vrais bars où l’on danse aussi. En général, on peut boire dans les milongas, mais ce n’est pas tellement installé pour. Sinon, bien sûr, il y a les Quais de Seine : il n’y a pas de service, mais tout le monde peut venir regarder. Vu le temps, ça ne devrait pas tarder à reprendre.

  2. Toyboy permalink
    23 avril 2010 14:09

    Je suis au bureau, et je m’emmerde, mais d’une force!!

    (J’ai décidé, à partir de maintenant, que ce post serait le post où n’importe qui pourra à sa guise raconter sa vie. Ca sera notre twitter à nous, parceque bon, vive nous, quoi!)

    • 24 avril 2010 19:31

      Et contrairement à certains (hm, HM !) je ne vais pas faire de mon post un état policier où rester dans le sujet est une obligation… Enjoy 😀

      • Lib permalink
        25 avril 2010 10:36

        Je milite pour le off topic. Dans la vraie vie, on est toujours off topic 🙂

      • Toyboy permalink
        25 avril 2010 13:31

        Farpaitement! Off topic forever. D’ailleurs, je viens de manger une pomme, pour ceux que ça passionne!^^

      • 26 avril 2010 14:04

        C’était quoi, comme pomme ? si c’était une Chanteclerc, tu renforces ton statut d’homme de goût, si c’était une Golden ou une Granny Smith, tu le maintiens, et si c’était une Royal Gala ou n’importe quelle autre pomme rouge (sauf une Booskop), tu perds automatiquement trois points.

      • 26 avril 2010 14:05

        Je suis en train de manger une Golden un peu molle.

      • Toyboy permalink
        26 avril 2010 15:09

        Je crois bien que c’était une golden. Pour info, j’ai combien de points, à l’heure actuelle?! Après la soirée d’hier, j’espère bien être arrivé au top, quoi..
        Si on récapitule: je suis arrivé à l’heure, je t’ai fait partager un verre avec Eric Cantona et Rachida Brakni j’ai découvert la théorie du sac à main, et j’ai résolu notre absence commune de vision professionnelle à long terme en créant Domergue & Ifrah Design (le nom est à débattre, evidemment.). J’ai un peu cartonné, je trouve…

      • 26 avril 2010 20:51

        Absolument… Je ne mets pas de limite à ton potentiel et je persévérerai à te pousser toujours plus loin, toujours plus haut 😉 Mais honnêtement, tu assures plutôt, là n’est pas la question. Les points perdus pour une histoire de pommes ne représentent qu’une toute petite portion du tout, je te rassure, et ils seront aisément rattrapés quand ton article sur NY sera terminé, j’en suis sûre (NdE, et quand je dis N, je reconnais que c’est plus une remarque perfide à caractère motivationnel. Motivationnant ?^^)
        De toute façon, c’est la soudure, en ce moment, il n’y a rien à bouffer, c’est normal, et les pommes qui ont passé l’hiver en chambre froide ne ressemblent plus à rien (mais les Chanteclerc ne cesseront jamais de surpasser le reste).

  3. Lib permalink
    23 avril 2010 14:12

    Alors moi aussi je suis au bureau, et c’est le délire monumental, avec crises de fou rire toutes les trois minutes, phone pranks et tout le toutim.

    Et il fait beau 🙂

  4. Toyboy permalink
    23 avril 2010 15:31

    Je viens de réaliser un truc: je n’ai plus que 29 minutes à tenir avant 10 jours de vacances. Je crois que je vais pleurer…

  5. Lesperluette permalink
    23 avril 2010 22:53

    Magnifique ! Merci de montrer ce [i]tango nuevo[/i] au Chantier ! je suis fascinée par les tracés d’un compas invisible. Il enroule et déroule des spirales, des arabesques sur le parquet.

    J’ai régardé la vidéo, coupé le son pour le remplacer par Famous Blue Raincoat. C’est très beau, très « élégant » mais étrange : C’est la femme et le meilleur ami qui dansent. Ont-ils jamais été clairs ?

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