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Lib in Theatreland

20 avril 2010

Il y en a qui vont à Londres pour Big Ben, Westminster Abbey et la Tour de Londres. D’autres en profitent pour faire du shopping dans Oxford Street ou dans Camden Market. Moi, Londres, j’y vais pour son théâtre. Autant de pièces vues que de jours passés dans la capitale britannique, c’est à peu près mon rythme. Je n’ai pas dérogé à la règle cette fois-ci : quatre jours, quatre pièces (en trichant un peu : je n’ai pas eu le temps d’en voir une le lundi, jour de mon départ, j’en ai donc vu deux le samedi, en profitant d’une matinée…). Alors, plutôt que d’écrire un billet par pièce, ce qui serait long, fastidieux, et pas très intéressant car peu d’entre vous verront ces pièces de toute façon, je vais me contenter d’un seul billet pour tout vous raconter.

Vendredi 16 avril

Jerusalem

Jerusalem, de Jez Butterworth, mis en scène par Ian Rickson, c’est the pièce à voir en ce moment à Londres. Celle que tout le monde a vue, que tout le monde veut voir, que personne ne peut plus voir parce que c’est archi complet depuis des lustres. Alors, quand on débarque à Londres, qu’on ne manquerait ça pour rien au monde mais que l’on n’a pas le précieux sésame que représente ce petit bout de papier qu’on appelle un ticket, et bien, il y a deux solutions.

Solution Number One : choper un day seats. Mais la concurrence est dure, mes amis : 20 tickets mis en vente chaque jour de représentation, à récupérer en personne à la billetterie à partir de 10h. Deux tickets par personne seulement. Et bien, mes amis, je me suis pointée à 6h30 du matin devant le théâtre, j’ai fait la queue pendant 3h30, et le dernier ticket est parti deux personnes avant moi.

Solution Number Two : les returns, vendus à la billetterie le jour même à partir de 18h. Si quelqu’un est malade, coincé au boulot ou à l’aéroport (il paraît que c’est arrivé souvent, ces temps-ci…) ou bien trop occupé à compter les rayures du plancher, il appelle le théâtre pour rendre sa place. Je suis arrivée vers 17h, il y avait une dizaine de personnes devant moi. 19h25. La pièce commence dans 5 minutes. Deux personnes devant moi. 19h28. Les deux personnes chopent des retours. 17h29. Affolée, une dame débarque un billet à la main, son mari n’a pas pu venir, elle a une place à revendre. 35 livres. Shit, je n’en ai que 25. Elle tergiverse, finit par me prendre par le coude et m’entraîne dans la salle. It’s all right love, we’ll be sitting together anyway, you can give me the money when we’re inside.

Mes enfants, ça valait le coup. Alors bon, ce n’était pas la meilleure place du théâtre, les comédiens avaient plutôt intérêt à ne pas trop partir sur leur gauche, autrement ils disparaissaient complètement de ma vue. Mais quel moment de spectacle. Un Mark Rylance magnifique (pour ceux qui l’ignorent, Mark Rylance, c’est pas juste n’importe quel péquenaud ramassé sur Leicester Square. Il a entre autres été le premier directeur artistique du Globe Theatre, et a officiellement lancé, avec Derek Jacobi, la controverse sur l’identité du véritable auteur des pièces de Shakespeare – même si ça faisait un moment que certains doutaient déjà). Mais revenons à nos moutons. Rylance, donc, magistral dans le rôle de Johnny « Rooster » Byron, un solitaire autour duquel gravite une bande de jeunes délinquants, menacé d’être expulsé de la vieille caravane qui lui sert de maison. Une pièce à la fois drôle et tragique, magique par moment – on y trouve des souvenirs du Songe d’une nuit d’été, très crue à d’autres, mais toujours juste et brillamment interprétée (enfin, surtout les rôles masculins, j’ai trouvé les deux jeunes filles un peu faibles). Bref, ça valait le coup de se prendre la tête pour réussir à rentrer dans le théâtre !

Samedi 17 avril

Polars Bears

Les choses sont beaucoup plus simples pour Polars Bears, au Donmar Warehouse : mon billet est réservé, il m’attend tranquillement à la billetterie, j’en profite pour faire un tour à Covent Garden tandis que le soleil réchauffe tout le monde. Bien sûr, les Anglaises sont toutes en robe d’été et en sandales alors qu’il ne fait quand même pas si chaud que ça, il est doux de voir que Londres ne change pas…

Polars Bears ne fait pas l’unanimité, j’y vais donc sans vraiment attendre quelque chose d’extraordinaire – ce qui est finalement une bonne attitude, le risque d’être déçu est moins important. Écrite par Mark Haddon, l’auteur de The Curious incident of the dog at the night time (pour ceux qui connaissent, sinon, highly recommended), mise en scène de Jamie Lloyd. Je ne savais même pas de quoi ça parlait… Et bien en fait, c’est l’histoire d’une jeune femme bipolaire, de son mari trop prévenant, de sa mère trop protectrice, de son frère trop excessif. C’est étrangement construit, avec une perception déphasée du temps chronologique, pour mieux faire sentir les différentes phases par lesquelles passe Kay, l’héroïne. J’en suis ressortie avec quelques incompréhensions – et je n’étais pas la seule, grand débat dans les toilettes dame après la pièce. Bien joué, mise en scène intéressante… mais ça ne me laissera pas un souvenir impérissable. Pour la petite histoire, je n’ai compris que bien plus tard pourquoi des ours blancs et pas des pandas chinois : en anglais, bipolaire se dit bipolar, un comme les polar bears, somme toute…

Ruined

J’ai une petite préférence pour l’Almeida Theatre, parce que c’est à cinq minutes de chez l’amie qui m’accueille quand je vais à Londres, et parce que j’y ai fait un petit stage d’une semaine en septembre 2009. Du coup, impossible pour moi de rater Ruined, la production présentée alors que je suis à Londres.

Pourtant, la pièce ne me disait trop rien. D’après ce que j’en avais lu, ça paraissait politique, engagé et militant, et ce genre de truc, en général, ça me gonfle, parce que ça verse souvent dans le pathos moralisateur. Et bien pas du tout. C’était violent, c’était dur, parfois insupportable, mais mon Dieu que c’était bon. Plein de couleurs et de vie. Nous sommes en République Démocratique du Congo, c’est la guerre, les hommes ne savent plus ce qu’ils font, et les femmes prennent très cher. La pièce s’attarde sur le destin de trois d’entre elles : Mama, qui tient un bar / bordel, ainsi que Sophie, que les hommes ne touchent plus parce qu’elle est ruined, et Selima, enceinte d’un inconnu, qui a perdu un premier enfant parce qu’un soldat a jugé bon de lui fracasser la tête d’un coup de talon. Une pièce paradoxalement empreinte du plus grand désespoir, et pourtant toujours optimiste. Le public en était littéralement sur le cul. Ah, et puis c’était magistralement interprété, ce qui ne gâche rien.

Dimanche 18 avril

We are one

Après une magnifique journée à profiter du soleil sur la terrasse de Somerset House, avec vue sur la Tamise, me voilà de retour à l’Apollo Theatre – le théâtre où se jour Jerusalem. Il s’agit là d’une représentation unique destinée à récolter des fonds pour une noble cause, Survival, qui lutte pour la sauvegarde des ethnies tribales. L’événement est organisé par Mark Rylance, et cette fois-ci, je suis au premier rang. Et comme le plateau est celui de Jerusalem, j’en profite pour l’observer de plus près.

Deux artistes manquent à l’appel, Colin Firth et Kevin Spacey, coincés quelque part par les problèmes aériens. Mais sinon, dans le désordre, se retrouvent sur scène : Mark Rylance, Juliet Stevenson, Julie Christie, Imelda Staunton, Derek Jacobi, Emilia Fox, Edward Fox (son papa), Gillian Anderson, Zoë Wanamaker… (si ces noms ne vous sont pas familiers, sachez que pour quelqu’un qui adore le théâtre britannique, c’est vraiment du beau monde). Lectures de textes sur les Indiens et autres ethnies que je ne connais pas, chants, le tout autour d’un feu de camp, c’est très sympathique, et je passe un excellent moment. J’en profite également pour remarquer que Mark Rylance, malgré sa cinquantaine et son crâne dégarni, et diablement séduisant avec son sourire enjôleur, ses rides au coin des yeux et son regard pétillant… Comme dirait l’autre, s’il était dans mon lit, j’irais pas dans ma baignoire !! (des joies d’être au premier rang, j’avais pas remarqué tout ça vendredi soir…).

L’aventure théâtre s’achève ici… entrecoupée de shopping, d’agréables rencontres et de jolies balades au soleil, bien sûr. Sans compter le Doctor Who du samedi soir, mon café chez Starbucks dans un vrai mug et pas dans un gobelet en carton, et un Burger King… Long live London!!

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10 commentaires leave one →
  1. Toyboy permalink
    20 avril 2010 10:12

    « mon café chez Starbucks dans un vrai mug et pas dans un gobelet en carton, et un Burger King… Long live London!! »

    I cried…:-(

    • Lib permalink
      20 avril 2010 10:22

      J’ai oublié les Ben’s Cookies (j’en ai ramené une grosse boîte à ma soeur et son copain :p)

  2. 20 avril 2010 13:14

    Que d’aventures, dis-moi !

    Je ne savais pas que Derek Jacobi avait contribué à lancer la controverse sur l’identité de Shakespeare, et ça me déçoit un peu : je trouve ce débat fallacieux et profondément snob. Un peu comme celui sur Molière, d’ailleurs. S’il y avait des preuves, je ne dis pas, ce serait en effet fascinant d’en savoir plus, mais j’ai quand même l’impression que tout ceci repose sur la conviction profonde de MM (et Mmes) les savants qu’il faut plus ou moins être comme eux pour avoir du génie. Par ailleurs, l’identité d’un auteur aide parfois à comprendre une œuvre, mais c’est une information dont on n’a pas besoin pour en apprécier la beauté.

    A part ça, je suis surtout terriblement jalouse^^

    • Lib permalink
      20 avril 2010 13:22

      http://www.doubtaboutwill.org/signatories

      Ouais, je suis d’accord, c’est aussi ce que je pense. Tout ça parce que Shakespeare était le fils d’un gantier, il n’aurait pas pu devenir le plus grand dramaturge britannique de tous les temps ? Tss tss.

      Ah et j’ai oublié Sinead Cusack, qui joue la maman de Richard Armitage dans North and South.

  3. Sara permalink
    21 avril 2010 13:18

    « malgré sa cinquantaine »

    A cause de…. 😉

    Basically I agree with you about the authorship debate, but in fairness to Mark and the others, their argument does rely on more than the humble origins of the man from Stratford (such as the repetition of certain phrases from Shakespeare in the work of Bacon/De Vere/Marlowe). I’m still not convinced though.

    • Lib permalink
      21 avril 2010 13:30

      I did check up the website, but need to take the time to really go into their argument – I suspect they are intelligent men who know what they’re talking about!
      There is the same kind of controversy about Homer, I believe, although I couldn’t really say more about it.

      I think the bottom line is, to me, it doesn’t really matter whether Shakespeare wrote those or not… as long as we can enjoy his work!

      And you’re right, growing old does suit Mark – although I did check out photos of him younger, and yum!

      • 21 avril 2010 14:02

        Well, about Homer, the question is whether he did ever exist as an individual: the Iliad and the Odissey are now thought to be collections of stories told by people over the years and centuries, then collected as a two distinct sets of tales by a single poet.

        As for Shakespeare, I don’t really know about the actual arguments (I will check when I have a little more time), but I know that there was a similar controversy about Molière, also based on the repetition of words and phrases that are also to be found in Corneille’s plays : in XVIIth century France, theatre was a deeply coded language, made even more complex and almost rigid by the alexandrine verse, so of course « amour » had to rhyme with « toujours » most of the time. So, if you set a computer to analyse the plays of different authors, it will come up with a lot of disturbing similarities. What the computer can’t analyse is how those words make us feel, and how these poets managed to express themselves in brand new ways, finding a kind of freedom inside that tight frame to create beauty, original poetry, with the same words that had already been used a thousand, a million times.
        Of course, XVIth century English was a much richer language that XVIIth century French, so any ressemblances are bound to be even more confusing, and the debate about Shakespeare as an author is probably different, but I cannot help thinking that it probably centers on the same questions. An other thing to consider is the way authors did influence each other, hearing stories and words they liked, then using them to serve their own purpose – there was no copyright at the time.

        But I don’t doubt these people are seeking the truth in a way that is both intelligent and honest. I just believe it doesn’t really matter.

  4. Sara permalink
    21 avril 2010 14:39

    I agree, especially about how different writers must have influenced each other; we know they read each other’s work.

    Thank you both for indulging me by writing in English. I learned a new phrase from your piece, Lib – revenir a nos moutons. ^^

    • Lib permalink
      21 avril 2010 14:44

      It’s a pleasure to see you here! And it is really an interesting conversation.

      Do let us know what you thought of Polar Bears and Ruined, as you’ll probably be the only one on this blog who will see it besides me!

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