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Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec, le film

19 avril 2010

Adapter une BD à l’écran est un exercice fastidieux, avec en plus les adeptes qui attendent au tournant pour taper sur le résultat, à grand renfort de « dans la BD, c’est pas pareil« . Bien sûr, il y a les « grandes » exceptions, comme Astérix et mission Cléopatre, et aussi, .. euh, … ben en fait, là, de mémoire, j’ai pas d’autres films qui me vienne à l’esprit… désolée. Donc oui, je vais mettre mon costume de fan de Tardi, et dire pourquoi j’aime tant la BD… et pas tant que ça le film.

  • La BD versus Le film

A ma gauche, la BD de Tardi, dont le premier tome est paru en 1976, ayant pour titre un peu défraîchi : Les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec et à ma droite, son adaptation cinématographique de Besson, avec Louise Bourgoin dans le rôle titre.

  • L’héroïne

Pour ceux qui ignorent qui est cette demoiselle parisienne, au nom désuet et décalé qui pourrait rappeler une autre parisienne, Amélie Poulain et son fabuleux destin, voici le pitch de la BD : déjà, Amélie et son bonheur contagieux : out ! On passe pas pour rien de la tablette de chocolat au vin. Le Paris d’Adèle est gris,  l’ambiance maussade et les gens ne s’illustrent que par leur lâcheté, leur bassesse et leur folie. Les « Aventures » d’Adèle débutent en 1911, en pleine folie pré-guerre. La « jeune fille », romancière de son état, est cynique à souhait, fumeuse, n’hésitant pas à lever le coude. Froide et distante, Adèle ne sourit jamais. Ou alors un léger rictus accompagnant une vanne bien sentie. Si Adèle croit aux causes justes et tente dans le premier tome de sauver son amant, la mort de celui-ci achèvera ses dernières velléités pour tenter de ressentir une émotion. L’Adèle de Besson, campée par Louise Bourgoin, est presque dans le personnage. On retrouve la femme indépendante, fumeuse, irrespectueuse et active. Mais l’Adèle du film est plus souriante, plus émotive, plus féminine… et trop jolie. (Si c’est possible). En effet, si l’Adèle de la BD est dépeinte plusieurs fois par les personnages masculins comme étant « jolie », elle reste cependant très ordinaire, ne faisant aucune concession à la féminité dans sa manière de s’habiller, mis à part son goût particulier pour les chapeaux ridicules.

Bref, l’Adèle du film manque d’une étincelle pour retrouver l’esprit de celle de la BD.

  • L’histoire

L’Adèle de papier est toujours plongée dans une imbroglio d’absurdités et croise le chemin de mégalomanes et leurs créations, de sectes, de momies, de monstres et même des limules géantes. (Pour la culture, une limule, c’est ça).  Elle assiste a des séances de spiritisme, est confrontée à la résurrection de ptérodactyle et  d’un pithécanthrope (un homme-singe pré-historique, vous saviez cela, bien sur …). Elle échappe à un attentat dans le célèbre accident de la gare Montparnasse (lorsqu’une locomotive a traversé la verrière : en fait c’était juste pour tuer Adèle).  Tout comme le Titanic d’ailleurs : sa seule raison de couler était aussi de tuer Adèle. Pour moi, cette absurdité reflète en fait l’absurdité des hommes qui court à leur perte et à la guerre. La critique de société, que ce soit celle du début du XXème ou actuelle est présente dans quasiment chacune des cases. Critique, qui, malgré la présence fidèle d’absurdités ou d’enchaînement de situations digne de la BD, est complètement absente du film. Pour preuve, j’en donne les 5 premières minutes du film qui commencent comme le tome 4 d’Adèle : on voit déambuler M. Choupard, personnage secondaire mais avec qui l’histoire commence, dans les rues de Paris à 4h du matin. La voix off du film s’arrête là mais la BD, elle, précise : M. Choupard a passé la soirée à jouer aux cartes et à boire en compagnie de ses amis, des bourgeois comme lui gros et gras, menacés par la goutte et le cholestérol. Bref, c’est léger, mais dans la BD, on a le droit à une petite remarque du genre toutes les 5 minutes.

Dans le film, Adèle veut sauver sa sœur, paralysée dans un accident de tennis (oui, il y a eu un effort de fait pour les situations absurdes). Pour cela, il lui faut rendre la vie à une momie d’un docteur égyptien. Difficile ? Non, pas si on connaît également un scientifique capable de redonner la vie à un ptérodactyle momifié dans son œuf depuis des millions d’années… Sur la scénario, en fait, cela se tient pour une aventure d’Adèle. Oui, mais il lui manque une âme. Les dialogues tombent à plat, l’humour n’est que gags lourds qui ne font pas rire, les actions s’enchaînent sans vraiment entraîner les spectateurs. On ne rentre pas dans l’histoire, et c’est dommage, car on peut sentir qu’il manque pas grand chose pour que le film puisse être intéressant.

  • L’ambiance

Si dans le film, j’ai pas accroché au fond de l’histoire et aux interactions et personnalités des personnages, par contre, je dois avouer que sur les décors et l’aspect physique des personnages : j’ai été scotchée. Le Paris du début du siècle est très bien rendu, et c’est un délice de plonger dans cette époque, d’arpenter les rues, de passer devant les bouches de métro et leurs crieurs de journaux…  Le Paris de la vraie Adèle est cependant beaucoup moins ensoleillé, mais passons. Les personnages sont très bien rendus : déjà caricaturés dans la BD, on les retrouve avec plaisir dans le film. Pour ceux qui ont vu le film et pas lu la BD : oui, le professeur a bien cet aspect de chauve décrépi, le méchant Dieuleveut (qui a pris une dimension à la Indiana Jones) est bien aussi moche, tout comme le chasseur a bien des poches sous les yeux qui lui descendent jusqu’au milieu des joues. Bref, pour l’aspect visuel du film et sa fidèle reproduction de l’univers de la BD (avec une mention spéciale pour la mythique scène du bain) : rien à dire sinon bravo.

Il est cependant dommage qu’il n’y ait que le décor qui vaille le coup dans un film. Un peu comme Avatar, la 3D en moins, en somme. Bref, lisez plutôt la BD et n’allez au cinéma que si vous avez une carte illimitée ou que si vous êtes traînés de force par des amis qui ne vous veulent pas que du bien.

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7 commentaires leave one →
  1. ancounette permalink
    19 avril 2010 17:17

    Le film ne m’attirait pas plus que ça, en revanche je vais m’acheter les BDs de ce pas!

  2. Sébastien Auvray permalink
    19 avril 2010 22:03

    J’avais lu la BD en douce quand j’étais jeune. N’étant déjà pas attiré à l’origine par le « génie » du rélaisateur, je pense faire l’impasse.

  3. Sébastien Auvray permalink
    19 avril 2010 22:05

    … j’oubliais, merci pour ce compte rendu bien tourné.

  4. playne permalink
    23 avril 2010 20:07

    Makuchu, je te trouve un peu dure avec ce film qui moi m’a fait hurler de rire.
    Au bout de trois minutes, le ton est donné, on va fusiller une excellente BD. C’est réussi. Et en plus ça en devient hilarant tellement c’est tragique.
    Oui, je suis complètement déçue aussi. Comme quoi passer de miss météo au cinéma, parfois, ça ne colle pas à tout les personnages.
    Je ne reviendrai pas sur toutes les monstruosités que tu as cité avec brio ici… Si les décors sont relativement fidèles, j’ai eu du mal à retrouver le Paris crado et sombre d’Adèle de papier 😦
    Si les murs ne sont pas barbouillés de curry, on se croirait presque dans au pays du jeune cheval.
    Déception, déception. Enfin, si vous aviez aimé la BD, fuyez. Ou alors prenez ça au 30e degré.
    Sur ce, je vous laisse, j’ai mon ptérodactyle qui a la dalle.

  5. 11 octobre 2015 22:03

    Adèle Blanc-sec version Besson ne vaut guère mieux que Lucy à la différence près que Lucy est int -12 ans alors que cette version d’Adèle devrait l’être aux plus de 10 ans.
    Malgré une belle reconstitution d’époque, aucune trace du « glauque fantastique » de Tardi, on est plus dans une version de Tintin au pays d’Amélie Poulain.
    Il est peut-être encore temps de lancer une pétition contre l’adaptation de Valérian à l’écran :p

    • Lien Rag permalink*
      14 octobre 2015 16:15

      J’ai cru à une mauvaise blague, mais non : Besson adapte bien Valerian et Laureline… Je suis tristesse…

Trackbacks

  1. Ma BD à lire et à relire – La Débauche de Tardi et Pennac « Culture's Pub

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