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Treemonisha, un conte moderne

17 avril 2010

Il est désormais trop tard pour aller voir Treemonisha au Théâtre du Châtelet, et c’est bien dommage ! Blanca Li, metteur en scène et chorégraphe, nous a offert, au Châtelet, une version bien pensée et très enlevée de cet opéra de Scott Joplin. Les décors naïfs, créés par le peintre Roland Roure, font basculer l’opéra du côté du conte fantastique – et sans doute en partie initiatique. Les lumières de Jacques Rouveyrollis, qui a travaillé pour Michel Polnareff, Barbara, Johnny Hallyday et bien d’autres encore, et que l’on retrouvera pour la représentation de la pièce d’Aristophane Les oiseaux à la Comédie Française, ajoutent encore à l’atmosphère fantastique et didactique du conte. Les chorégraphies quant à elles se fondent parfaitement dans l’univers musical, au point d’intégrer à cet opéra écrit en 1911 et présentant la vie d’une communauté d’anciens esclaves dans une plantation de l’Arkansas en 1884 des moments de hip hop. Adina Aaron, Grace Bumbry et Willard White forment un très beau trio vocal, le seul bémol étant à mettre à l’actif de Stanley Jackson dans le rôle de Remus, aux vocalises un peu lourdes. L’ensemble crée, malgré un livret un peu simple, un cocktail détonnant, très rythmé, comme le confirme le bis emmené par une troupe qui semble prendre un grand plaisir à être sur scène.

Les thèmes abordés par cet opéra sont importants et mobilisateurs, aussi bien dans le contexte du début du XXème siècle aux Etats-Unis que maintenant. L’éducation – notamment des femmes et de la minorité noire, la lutte contre la superstition, la prise de pouvoir sont autant de thèmes qui donnent de l’épaisseur à cette œuvre de Scott Joplin et en font une œuvre encore moderne. Si l’on tente de mesurer la distance parcourue depuis 1884, aux Etats-Unis ou ailleurs, l’on se rend compte de ce qu’avait presque de subversif l’opéra de Joplin. Faisant écho aux intimidations et actes terroristes du Ku Klux Klan dirigés contre l’octroi de droits civiques aux Noirs américains, la lutte contre les sorciers Zodzetrick (that’s the trick) et Luddud dans cette œuvre rappelle le long combat pour l’éducation et l’accès aux droits civiques mené aux Etats-Unis. N’oublions pas que la Cour suprême déclara en 1883, puis en 1896, que le Civil Rights Act de 1875 était inconstitutionnel, autorisant ainsi les personnes, entreprises privées, et les Etats eux-mêmes, à pratiquer la ségrégation. Ce n’est qu’en 1954 que cette doctrine fut remise en cause par la Cour elle-même, annonçant le nouveau Civil Rights Act de 1964 et le Voting Rights Act de 1965. Treemonisha se voulait donc en 1911 avant-gardiste et optimiste, visionnaire peut-être également… Encore que, si le nouveau Président des Etats-Unis Barack Obama témoigne de la réussite des Noirs américains, le pouvoir n’ait encore pas été confié à une femme, comme le laisse pourtant espérer la fin de l’œuvre.

Malgré un argument un peu faible, l’opéra de Scott Joplin est donc résolument moderne, comme en témoigne son succès tardif, avec une première représentation en 1972 à Atlanta et une première représentation parisienne en 2005. C’est tout à l’honneur des chanteurs – notamment Grace Bumbry et Willard White, figures emblématiques du chant lyrique – et des danseurs du Châtelet de réussir à emmener le spectateur dans cette histoire, sur des rythmes de ragtime, de jazz, de chants d’esclave, de gospel et d’opérette. On est finalement conquis : durant 2 heures, on quitte son fauteuil rouge parisien pour une plantation de coton de l’Arkansas, et si c’est bien là l’objet du théâtre comme de l’opéra que de faire comme si on y était, l’alchimie de la représentation fonctionne à merveille ! A écouter, à défaut de le voir sur scène…

Pour un aperçu de l’opéra:

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2 commentaires leave one →
  1. lilou permalink
    19 avril 2010 08:26

    Tu es trop forte !

  2. Lib permalink
    20 avril 2010 09:31

    Je l’ai vu aussi, je suis globalement d’accord avec toi. J’avais préféré A Little Night Music en février, mais malgré tout, ça reste une bonne production !

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