Skip to content

Storm – une révélation

16 avril 2010

J’ai vu ce film il y a plus d’un an lors de la Berlinale 2009. J’étais là-bas pour un anniversaire en compagnie de mes amies Dillanistas (petit néologisme de notre groupe de fans de l’acteur britannique Stephen Dillane. Vous ne connaissez pas ? Normal), et après la fiesta cubaine du samedi soir, nous sommes allées digérer nos mojitos dans une salle obscure le dimanche matin, dans les délices de l’ambiance berlinalienne.

Ce film est un coup de poing dans le visage. L’intrigue reste vague dans mon esprit (le film est en allemand / anglais / serbe, et il était sous-titré en anglais / allemand quand je l’ai vu, je ne parle que français et anglais, ce n’était pas toujours facile de se concentrer pour la petite gymnastique linguistique requise, surtout après les sus-mentionnés mojitos). Et c’est un film à ne pas manquer. Même si sa sortie en France est passée plus ou moins inaperçue, ce qui est regrettable.

Pour me rafraîchir la mémoire avant de publier ce billet, je suis retournée voir le film cette semaine. Et j’ai repris une deuxième claque. Non seulement l’Histoire qui se dessine derrière cette histoire est encore si présente dans nos mémoires collectives qu’un rien nous rappelle les horreurs diffusées à la télé il n’y a pas si longtemps que ça (d’autant plus actuel qu’un procès à haute importance médiatique est en cours au TPIY, celui de Karadzic pour ceux qui n’auraient pas tout suivi). Ce film est aussi remarquable dans l’interprétation des comédiens, tous magistraux (en particulier Anamaria Marinca, bouleversante), dans la réalisation, dans la photographie.

Je passerai toute la partie technique / historique, tout simplement parce que je n’ai pas les connaissances pour (croyez-moi, je suis retournée le voir en compagnie d’un expert, et c’est à lui qu’il faut demander, pas à moi !!). Moi, ce qui m’a touchée, c’est l’histoire de femmes qui apparaît en filigrane de ce procès.

Le premier personnage féminin, c’est celui du procureur, Hannah Maynard, jouée par Kerry Fox. Elle dévore du chocolat quand elle est stressée. Elle s’attache à son témoin de manière déraisonnable parce qu’elle est résolue à briller sur cette affaire – elle vient de se faire souffler la place de procureur général du TPIY par un homme (Stephen Dillane) qu’elle juge moins compétent qu’elle, et ça l’énerve. Elle est là pour se prouver quelque chose, et cela la pousse à aller bien trop loin dans son rôle de procureur. Finalement, elle est profondément humaine, elle donne une profondeur affective à un film qui aurait pu être bien plus froid et technocrate sans sa présence chaleureuse.

En face d’elle, son témoin, Mira. Une jeune femme bosniaque réfugiée en Allemagne. Anamaria Marinca, avec sa coupe à la garçonne et sa fragilité juvénile derrière son apparence de dure, crève l’écran. Jusque là muette sur ce qu’elle a subi – « ce qu’on fait aux femmes en temps de guerre » répond-elle avec pudeur quand on lui pose la question – elle comprend vite qu’une catharsis est possible au travers de son témoignage. Sauf que le tribunal n’est pas un divan, que les juges ne sont pas psychanalystes – « it’s not fucking therapy » lance le procureur général avec agacement. C’est dur, mais c’est la réalité de toute cour de justice. Il faudra que Mira trouve d’autres moyens de vivre avec ce traumatisme, puisque le silence, elle s’en rend compte, ne suffit plus.

Dans deux mondes essentiellement masculins – la justice, la guerre – ces deux femmes prennent en main les clefs de cette histoire bouleversante, sans jamais sombrer dans un pathos trop marqué, dans une violence à outrance qui gâche bien trop souvent les films traitant de ce genre de sujets. Un film à voir malgré sa sortie discrète…

Publicités
2 commentaires leave one →
  1. 16 avril 2010 20:05

    Moi aussi je l’ai vu, avec Vuuv et Toyboy : je ne vais pas parler pour eux, qu’ils se manifestent ! Personnellement, j’ai trouvé ça tout comme tu dis. Une sacré claque, une histoire magistralement menée et interprétée, et qui évite tous les écueils de la facilité, notamment le pathos et la violence gratuite. À voir absolument.

  2. ancounette permalink
    19 avril 2010 07:48

    J’y fonce!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :