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De la Russie plein les mirettes…

14 avril 2010

Boris et Gleb, Musée historique de Saint-Pétersbourg © Musée historique de Saint-Pétersbourg

Samedi dernier, Foudragon (de sinistre mémoire^^) et moi-même sommes allés comme les intrépides inconséquents que nous sommes parfois (lui souvent – oui, je balance sans honte mes petits camarades aujourd’hui, je suis d’humeur badine, tenez) voir l’expo Sainte Russie au Louvre. Aller au Louvre un samedi, c’est juste débile, mais on y allait en groupe, et c’était le seul moment où nous étions tous disponibles… sauf qu’en fait, entre celle qui était à l’heure, celle qui était vraiment très en retard, celle qui n’est pas venue et les deux qui ont se croisés par hasard à l’entrée, on aurait aussi bien pu y aller chacun de notre côté et s’éviter tous les désagréments de la foule des grands jours.
Sérieusement, j’habite Paris depuis bientôt huit ans, et j’allais plus souvent au Louvre avant. Samedi dernier, je me suis rappelé pourquoi et toute ma culpabilité s’est envolée d’un coup, pfiout ! Le Louvre, c’est tout bonnement in-sup-por-table, c’est noir de monde, ça grouille dans tous les sens, on ne sait pas où on va, d’où on vient… L’idée de s’y perdre ne me serait pas si pénible (car au fond j’aime parfois me perdre, comme tout un chacun) si ce lieu ne me rendait pas profondément agoraphobe. On comprend pourquoi le gouvernement ne cherche pas vraiment à instaurer la gratuité dans les musées nationaux : ils sont déjà trop pleins !

Allez, trêve de discours inutiles et de vaines jérémiades, je vais vous parler d’art sacré, maintenant. Je retrousse mes manches et je me lance !

Si vous avez l’impression de voir toujours la même chose dans les musées français, que vous trouvez que Poussin, David, Manet, Monet, Picasso ou même Soulages, ça va bien cinq minutes / quinze ans que vos parents ou vos profs vous traînent dans les musées (c’est votre droit le plus strict vu que ça me prend parfois), ou si vous êtes simplement curieux, allez-y. Cette expo, c’est l’opportunité d’une vie. Les pièces réunies là, vous ne les reverrez jamais ensemble, même en Russie (probablement). Il y a de tout, des sculptures, des orfèvreries, des livres, des textiles… et des icônes, bien sûr. De l’or, de l’or partout, des couleurs merveilleuses, des objets d’art merveilleusement conservés. On en prend plein les yeux, et c’est presque trop.

Actes des Apôtres et Epîtres, Moscou, v. 1410-1420, St Pétersbourg, Musée Russe, inv. ДР/ГР-20.

La première partie est de loin la meilleure, l’art sacré russe médiéval, c’est simplement incroyable : les icônes, forcément, leur évolution subtile, entre innovation et tradition, les ors, les rouges, les couleurs, le rendu des matières (surtout minérales). Ces œuvres sont à la fois délicates et imposantes, fragiles et hors du temps. Mais il y en a beaucoup et à force de les voir se succéder, on ne sait plus où donner de la tête, ni voir les différences.
Les orfèvreries sont plus rares, et les plus anciennes sont presque poignantes dans leur mélange de naïveté et de maîtrise. J’ai aussi adoré les textiles, tellement bien conservés, si exceptionnels du simple fait de leur existence, mais là encore, il y en a trop, trop de fils d’or et d’argent qui se succèdent au point de finir par se ressembler. Bien sûr, ma formation m’a rendue particulièrement sensible aux livres, là encore des trésors qui ne ressortiront pas de si tôt de la bibliothèque d’État de Moscou : des manuscrits délicatement enluminés et les quelques incunables illustrés qui font bien. On ne voit pas les reliures, c’est dommage, mais les pages présentées sont claires, pures, précieuses, et l’alphabet cyrillique ajoute une dimension de grâce et de mystère à ses objets déjà extraordinaires.
Si cette première partie est aussi la plus intéressante, c’est parce que la position géographique et culturelle de l’ancien royaume de la Rous’, à la croisée des mondes, entre Byzantins et Vikings, Persans et héritiers de l’Empire romain, est la plus sensible, la mieux mise en valeur.

Oklad (revêtement en métal précieux) de l'icône de la Trinité d’André Roublev

À partir du XVIe (qui coïncide avec une période de trouble avant l’arrivée au pouvoir des Romanov), ça se gâte. Parce que le spectateur a déjà vu tellement de merveilles que la suite paraît presque banale, en tout cas clinquante : l’œuvre centrale de cette partie est l’oklad de l’icône de la Trinité d’André Roublev (ill.), un immense panneau doré, couvert de pierreries. On ne voit que ça et tout ce qu’il y autour disparaît. Ce n’est même pas si beau… Ou plutôt la matière éclipse la question de l’esthétique, on ne voit que le précieux, et la finesse du travail disparaît complètement.
Quant au XVIIIe siècle, c’est un peu la dégringolade : l’art russe, dans sa dimension sacrée, qui est la seul envisagée ici, semble avoir du mal à négocier le passage du rococo : les figures en faïences sont presque risibles, le reste se perd dans la masse de tout ce qui a déjà été vu, d’autant que c’est moins phénoménal, moins intéressant. Moins bien, c’est tout.

Un mot enfin sur l’apparat didactique mis en place par le musée du Louvre : les notices historiques sont brèves, mais il est vrai qu’on a plus envie de regarder les œuvres que de rester planté un quart d’heure devant un mur pour un cours d’histoire. L’information est minimaliste, elle m’a suffi, mais j’avais un pro pour m’aider. En revanche, j’ai trouvé qu’il y avait un sérieux problème avec les cartes : même avec une carte géante de la Russie dans mon salon, quand on me montre un morceau qui va de la Baltique à Kiev sans échelle et sans le reste du contexte géographique occidental, j’ai vraiment du mal à me représenter l’espace concerné.

En clair, malgré des reproches mérités, une exposition à ne surtout pas manquer.

Informations pratiques :

Hall Napoléon (sous la pyramide), tous les jours (sauf le mardi) jusqu’au 24 mai, de 9h à 18h, jusqu’à 20h le samedi, jusqu’à 22h les mercredi et vendredi. Entrée : 11€, gratuit pour les détenteurs de la carte Louvre Jeune qui peuvent venir accompagné d’un(e) ami(e) en nocturne.

Les illustrations ne sont là que pour habiller le texte, elles ne rendent rien, bien sûr. Pour en avoir une meilleure idée, rendez-vous sur le site de l’exposition. Enfin, le mieux, c’est de les voir en vrai quand même.

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10 commentaires leave one →
  1. Lib permalink
    14 avril 2010 08:57

    J’ai une amie anglaise passionnée par la Russie qui vient à Paris bientôt, elle va être ravie !

  2. 14 avril 2010 09:36

    Oh oui, il faut qu’elle y aille, c’est vraiment une opportunité en or ! Quite literally^^

  3. Lib permalink
    14 avril 2010 09:39

    Je lui ai donné le lien vers ton article en tout cas ;o)

  4. Sara permalink
    14 avril 2010 09:58

    L’amie anglaise, c’est moi. 😉 Merci Syracuse – j’ai deja achete mon billet. J’aime bien particulierement l’art de Rublev, donc je suis tres heureuse!

    • 14 avril 2010 12:09

      La Sara que je connais ? Si oui, comment vas-tu ? J’espère que l’expo te plaira (j’en suis pratiquement certaine, en fait : je pense que quelqu’un qui connaît déjà un peu la culture russe est plus à même d’en profiter qu’une novice comme moi !) A bientôt, peut-être !

      • Lib permalink
        14 avril 2010 12:54

        La Sara que tu connais, elle est suisse… :p

      • 14 avril 2010 15:13

        Oui, je me disais aussi… Je sens que ce soir, ça va être épique. Tu me diras après si tu veux toujours être mon amie^^

  5. Sara permalink
    14 avril 2010 13:13

    Non, je suis anglaise – le nom est une coincidence malheureuse. Oui, a bientot, j’espere!

    • 14 avril 2010 15:14

      Eh bien, puisqu’on ne se connaît pas, j’espère que nous aurons l’occasion de nous rencontrer ! A très bientôt, donc !

      • Lib permalink
        14 avril 2010 15:20

        En fait si tu la connais, je t’envoie un mail 😉

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