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Drogues musicales

9 avril 2010

La musique adoucit les mœurs, dit le vieil adage, preuve que l’on reconnaît depuis longtemps l’effet de la musique sur le cerveau. En particulier, un phénomène appelé battement binaural a été découvert au XIXe siècle, selon lequel deux signaux sonores de fréquences légèrement différentes, diffusés séparément aux deux oreilles, sont perçus comme un son unique, d’amplitude variable et de fréquence égale à la différence entre celles des deux signaux. Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que ce phénomène est supposé affecter l’activité cérébrale, en fonction de la fréquence perçue, et donc influencer par exemple l’humeur et la concentration, comme le montre par exemple cette étude. Il n’en faut pas plus à certains pour proposer des logiciels censés reproduire les effets de drogues grâce aux battements binauraux. J’ai testé pour vous, les résultats sont discutables, et la posologie n’est pas des plus passionnantes (se taper 30 minutes voire plus de bzzzzzpssssssshhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhtzzzzzzzzzzzzzz au casque dans le noir). Mais rassurez-vous, la musique aussi aime jouer avec notre cerveau, et d’une bien plus belle façon, et peut parfois faire l’effet d’une véritable drogue. Petit tour dans les bas-fonds du pub de la culture …

Dès les années 60, un musicien, Terry Riley, s’amuse avec les bandes magnétiques et crée une musique à partir de boucles, de motifs simples, comme une idée fixe qu’il fait tourner à l’infini. Sa musique aura une influence considérable et donnera naissance à un véritable courant musical, la musique répétitive, influence qu’on retrouvera également plus tard dans la techno. Mais d’autres styles de musique moins « extrêmes » porteront aussi son héritage, comme chez The Velvet Underground, Soft Machine (que vous connaissez déjà …), ou encore The Who. Je vous conseille vivement cet excellent reportage de Tracks sur le bonhomme, tout y est dit :

Un petit aperçu avec un extrait de In C, album avec lequel il commence à faire un carton :

Parmi les artistes actuels, j’ai choisi de vous parler de trois groupes, que je classerais volontiers dans les psychotropes musicaux. Coil, pour leur musique obsédante, halucinée, et fortement addictive. Earth, pour la véritable hypnose qu’est leur musique. Et Deathprod, pour le long trip introspectif.

Commençons par les Anglais Coil. Ce groupe culte, pionnier dans son genre, a influencé de nombreux artistes (Ulver pour ne pas le citer). Leur musique, que l’on va appeler électro/ambient pour éviter de multiplier les étiquettes, alterne entre des morceaux atmosphériques, contemplatifs et reposants, et d’autres plus percutants, qui martèlent le cerveau pour en faire de la bouillie. Et au-dessus de tout ça, plane la voix de John Balance (paix à son âme), désabusée, avec des textes à moitié chantés, à moitié scandés. Parfois, leur musique flirte carrément avec de la musique de dancefloor, mais pas de dancefloor à paillettes avec des minettes en mini-jupes, non, plutôt du genre dancefloor poisseux, avec les beats qui dégoulinent des enceintes. C’est dans ce style qu’évolue l’album Love’s Secret Domain, à l’acronyme révélateur. Il n’y a qu’à écouter le titre Things happen pour se faire une idée de la force psychoactive de ce groupe :

Un autre album que je vous conseille, qui est pour moi, et de ceux que je connais, le meilleur : The Ape of Naples. Ici, la musique est beaucoup plus douce, lancinante, parfois répétitive, et tout simplement magnifique. Un petit extrait (en plus de celui que vous pouvez écouter sur la radio), avec le titre Going Up, qui clôture l’album :

La musique des Américains de Earth est très difficile à décrire. S’ils étaient à l’origine plutôt orientés drone metal (mais qu’est-ce que c’est ? En gros, du métal fait à partir de bourdonnement dans les infra-basses), leur style a évolué vers une musique beaucoup plus calme, presque post-rock. Mais toujours, leur marque de fabrique, c’est de faire du rock au ralenti. Un tempo trèèèèèèèès lent, une musique répétitive et hypnotisante. Parmi les albums clef, Earth 2 (special low frequency version), bon représentant de leur période drone, mais aussi leur album le plus extrême, où le semblant de riff du début se retrouve peu à peu noyé dans un océan sonore hallucinatoire. Au bout d’un moment, enivré par ce tapis de bourdonnement ininterrompu, on se prend à se demander si toutes les petites variations qu’on entend sont effectivement enregistrées sur le cd ou si elles ne sont pas le fruit de notre imagination. Et, c’est le cas pour toutes les musiques dont je parle ici mais d’autant plus pour celle-là, l’écoute prend toute son ampleur au casque et dans le noir (et pas sur Youtube !). Mais bon, petit extrait quand même :

Dans les albums suivants, leur musique se fait beaucoup plus accessible. Presque rock & roll, dans l’excellent Pentastar: In the style of Demons, puis encore plus calme pour flirter avec le post-rock, comme sur le dernier album en date, The Bees Made Honey In The Lion’s Skull.

Quelques extraits, avec Coda Maestoso in F (Flat) minor, tiré de Pentastar :

Et Rise To Glory, tiré de The Bees :

Derrière le nom de Deathprod se cache un seul homme, Helge Sten, connu pour faire notamment partie du groupe Supersilent. Parlons du dernier album en solo (ou presque) du Norvégien, Morals and dogma. Sa musique est du dark ambient, où on peut trouver des instruments assez peu communs pour ce style : violon, harmonium et scie musicale. Quant à l’instrument joué par Deathprod lui-même, la pochette, toute de noir vêtue, indique simplement : audio virus. Comment décrire cette musique ? C’est tout simplement une lente progression introspective, une descente dans le tréfonds de l’âme. Difficile d’en dégager une mélodie ou un rythme. Il s’agirait plutôt d’une texture sonore s’étirant, s’étirant, et nous figeant sur place, scotché, shooté par cette chose indescriptible, terriblement sombre, mais où on ne peut s’empêcher de voir une certaine forme de beauté. Un album dont on ne ressort pas indemne, à ne pas mettre entre toutes les oreilles. (drogue dure les amis attention !)

Un extrait du splendide Dead People’s Things :

Bonne écoute !

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5 commentaires leave one →
  1. Lien Rag permalink*
    9 avril 2010 09:09

    Plein de choses sympa dans cet article.
    -Tracks, c’est toujours aussi bien comme émission
    -Riley, ça me fait penser à Tangerine Dream, faudrait qu’on leur fasse un article un jour
    -Coil, j’accroche pas autant à ces extraits qu’à Tatooed man, celle qu’on a sur la Radio White Russian
    -Earth c’est assez incroyable, j’adore ! surtout la première !
    -Deathprod par contre j’accroche pas.

  2. Ofboir permalink
    9 avril 2010 10:06

    Aaah oui Earth c’est assez génial. D’ailleurs j’aurais aussi dû parler de leurs concerts, qui sont finalement à mi-chemin entre un concert et une séance d’hypnose. Quand ils s’arrêtent (brutalement) de jouer à la fin, on a l’impression de se réveiller. Remarque ça fait un peu le même effet en écoutant la version Youtube de Seven Angels que j’ai mise, qui est sauvagement coupée, ou dans une moindre mesure dans les mini-coupures avec lesquelles ils jouent sur Rise to Glory.

    Tangerine Dream il faudrait que j’écoute vraiment un jour, je ne connais que vaguement.

    • Lien Rag permalink*
      9 avril 2010 11:24

      Perso j’ai découvert grâce à ce « guide » une petite partie de leur discographie (1975-80). Sinon, de 1970 à nos jours ils ont fait plus de 80 albums -sans compter les bootlegs des « pirates »-, alors évidemment c’est difficile de tout connaitre.

      • Ofboir permalink
        9 avril 2010 12:18

        Ils en parlent pas mal sur ce site (qui est d’ailleurs ma bible musicale). J’avais essayé un peu avec Poland – The Warsaw Concert, mais j’ai pas assez écouté pour vraiment rentrer dedans.

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