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Le ciné du samedi soir : Soul Kitchen

2 avril 2010

Après une longue période d’abstinence cinématographique (ça n’était pas la Semaine sainte pour rien !), j’ai renoué, dans une douleur délicieuse, avec le 7e Art.

Douleur : n’ayant pas été dans mon complexe de cinéma préféré depuis un bon mois et demi, le personnel, habituellement si prévenant, n’a même pas prêté attention à ma petite personne ! Aucun : « Bonsoir, comment allez-vous ? », ni même de « Deuxième sous sol, mais de toutes façons vous connaissez la maison ».  Quelle déception !

Délice : déception consolée par le savoureux Soul Kitchen dernier film de Fatih Akin. Ce film découvre un nouveau pan de la personnalité du réalisateur qu’on a déjà pu apprécier à travers des films comme Head On (2004) ou encore De l’Autre Côté (2007).

Ces films partagent des constantes : la mise à l’écart, le désir de trouver sa place, la recherche d’identité. Les personnages de Fatih Akin sont souvent en errance physique et/ou psychologique, habituellement entre Allemagne et Turquie… Même si ici il s’agit de la Grèce !

Une autre caractéristique de ces films : on retrouve, durant l’ensemble de la filmographie de Akin, un certain nombre d’acteurs tels que  Adam Bousdoukos, Moritz Beibtreu et Birol Unel. On a plaisir à les retrouver et à les admirer dans des rôles fondamentalement différents.

D’ailleurs Soul Kitchen, à la distinction de la plupart des autres films de Akin, est une comédie (même si cela me paraît exagéré de le limiter à ce simple registre tant il est « multifacette »). Pour la petite histoire, je me suis fait embarquer pour aller voir ce film sans même connaître le nom du réalisateur. C’est à posteriori, en en discutant avec un ami, que j’ai appris qu’il était de Fatih Akin. Quelle surprise ! Surtout en repensant à De l’Autre Côté qui n’est pas franchement jouasse ! Les charges émotionnelle et dramatique, abordées sous l’angle humoristique soit, bouleversent dans ce dernier film. Au contraire, dans Soul Kitchen, la comédie prend le pas sur les crises existentielles des protagonistes explosifs du film !

On appréciera le jeune Zinos (Adam Bousdoukos), patron du Soul Kitchen, restaurant underground, servant des plats congelés à une population modeste (ouvriers, SDF, artistes, etc.), avec en fond sonore une bande originale à réécouter même une fois le film achevé.

Le cuisinier caractériel, Shayn (Birol Unel), est une autre figure marquante du film ! Avec lui pas question de réchauffer un gaspacho (sacrilège !) et ne parlons pas d’aliments surgelés à moins de les transformer en bijoux de la cuisine nouvelle et de les facturer à des prix exorbitants !

L’agent immobilier véreux Neumann (Wotan Wilke Mohring), ancien camarade de Zinos, est criant de vérité ! Le réalisateur Fatih Akin n’aurait-il pas réellement rencontré cet homme prêt à tout pour arriver à ses fins ? On en tremble rien que d’y penser…

J’ai été relativement sensible aux charmes de la kiné Anna (Dorka Gryllus), entrant dans l’histoire alors que le héros se met à souffrir d’une hernie discale (situation à l’origine de plusieurs scènes hilarantes) en essayant d’aménager son restaurant.

Enfin n’oublions pas le frère de Zinos, Illias (Moritz Bleibtreu), taulard arriviste, qui demande – pour de sombres raisons – à son frère de l’embaucher fictivement afin d’obtenir une liberté conditionnelle. Ce personnage ne cessera au cours du film de gagner en consistance, en profondeur et en intérêt.

Le film se passe à un rythme endiablé, on ne s’ennuie pas une seconde, entre autre grâce à l’arrivée, régulière, de nouveaux personnages. Le décors est minimaliste et met de fait en valeur le jeu des acteurs tout en soulignant l’originalité du film. Les scènes se déroulent pour la plupart dans le restaurant (ressemblant à un simple hangar) ou plus généralement dans un Hambourg (ville de cœur du réalisateur) bien gris.  Cette ambiance est en opposition complète avec la luminosité et le rayonnement des personnalités et du message du film, traitant de la difficulté à se construire et à aller de l’avant lorsqu’on a des racines ici et là-bas, en Allemagne et en Grèce. En cherchant une réponse, Fatih Akin se positionne naturellement en « réalisateur monde », réalisateur qui tisse le lien entre tonalité occidentale et orientale, entre Nord et Sud de l’Europe, dans le cinéma.

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3 commentaires leave one →
  1. Lib permalink
    2 avril 2010 13:48

    Je compte aller le voir bientôt, merci pour cet avant-goût alléchant !

  2. 2 avril 2010 19:06

    De même, ça fait un moment que je voulais y aller, tu confirmes ce que promettait la bande-annonce : j’ai hâte !

  3. Toyboy permalink
    5 avril 2010 22:58

    Je sors à l’instant du ciné, et je dois avouer que ça faisait assez longtemps que je n’avais pas eu de long fou rires dans une salle obscure 🙂 (OMG, la scène chez le « kiné qui tient sa technique de son père qui lui même tenait cette technique de son père qui lui même » est tellement mythique…:-D).

    Sérieusement, toute la salle était pliée en deux, ça va crescendo, c’est prenant, bien joué, et tellement déjanté. En gros, faites confiance à l’article, courrez le voir!

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