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Memento Mori

23 mars 2010

Comme vous le savez (ou avez pu le constater en regardant mes articles), d’habitude mon créneau sur ce blog, c’est plutôt les zombies, les concerts de métal et…  les zombies. Mais il m’arrive aussi, rarement je l’admets, d’aller voir des expositions.

Enfin pour être exacte, une de me camarades de classe m’a dit « il y a une expo avec des crânes dedans, ça m’a fait penser à toi ».
Ma première réaction était un peu « omfgwtfbbq ? Why not. »
Si comme moi vous étiez étranger au concept, que vous êtes curieux ou que tout bêtement vous êtres trop dark : vous aimez bien les squelettes et les têtes de mort…

/!\ C’est long ! /!\

Vous l’aviez compris, mes connaissances en histoire de l’art sont inexistantes. Je ne savais donc pas avant de débarquer au musée dimanche dernier (surtout en plein éveil) ce qu’était une vanité, et surtout, en quoi ça consiste…

« Memento Mori » si vous êtes stoïques, « Carpe Diem » si vous êtes fans d’un certain cercle, et c’est là tout l’esprit des vanités. Souviens toi que tu vas mourir, l’esclave dans le char du consul, vous y êtes.
Les vanités désignent en règle générale des natures mortes mettant en scène des crânes, des os, en bref toute représentation de la dépouille humaine; et qui rappellent aux hommes leur condition.
Si on a quand même un peu évolué depuis les premières représentations de Caravage, le thème de la mort et la figure du crâne humain restent omniprésents dans l’art et se sont « banalisés » (pensez aux trucs trop top fashion du moment, il y a du strass et des têtes de mort). Le terme « vanités » représente donc en fait un panel assez large, de la peinture, à la photographie, la sculpture, l’orfèvrerie, etc etc.

L’exposition « C’est la vie ! » du Musée Maillol présente donc un parcours à travers le temps, à travers les cultures et les représentation, qui permet au visiteur de découvrir ces œuvres particulières que sont les vanités : la première salle (la plus grande) au rez de chaussée du musée présente les œuvres les plus récentes, le premier étage est consacré aux modernes et aux classiques, et le deuxième étage aux photographies et sculptures contemporaines. Un espace vidéo au sous sol présente aussi un film que j’ai trouvé super intéressant, mais je vais commencer dans l’ordre.

Rez-de-chaussée : la première salle de l’exposition.
Premier contact avec les vanités, dans une salle remplie comme un oeuf (pour rester dans les symboles). Un peu de peinture, le fameux crâne plein de mouches de Damien Hirst, deux petits Warhol, et deux sculptures que j’ai vraiment appréciées : une de Annette Messager qui relie directement la mort à l’enfance, et une de Subodh Gupta qui vous transporte directement chez Indy, des gobelets, des tasses, des petites casseroles entourent et habillent un crâne gigantesque en plexiglas (?) gris à la manière d’une collerette de dieu. Je suis un peu restée bloquée devant pendant 10 minutes. (Mais ô rage, ô désespoir, ô interwaibe ennemi, pas moyen de trouver une photo du bouzin).
Le « cabinet de curiosités » est ma partie préférée de la première partie de l’expo, on y trouve des peintures étranges qu’il faut regarder dans le miroir cylindré posé dessus pour les voir (aucune idée du nom de la chose), des cannes sculptées.

Je crois que la toile qui m’a le plus marquée dans cette partie de l’exposition est une très grande peinture de Delvaux intitulée « Ecce Homo ». Et là petit épisode marrant dans la visite : je vois là dedans des go go dancer, un carré VIP, et des squelettes soit en train de se marrer, soit en train de badder violemment … comme dans une vraie rave party digne de ce nom quoi. Mon amie, croyante, y voit complètement autre chose, un truc du genre « dès que le christ est mort, on est foutus ». Enfin j’ai pas la bonne citation, mais c’est ça l’idée. J’ai passé un bon tiers de l’exposition à ricaner (chuckle chuckle), mais bon, à ce qui paraît, je ris au nez de dieu. Tant mieux. Juste pour conclure cette première partie, l’image en question :

Deuxième étage : Photographies et sculptures contemporaines

Alors là, je dois vous dire que c’est le bout le plus WTF de l’exposition, et du coup, mon préféré… de loin ! J’ai particulièrement aimé le « miroir » de John Armleder : un grand crâne en miroir, au design en somme très simple…mais bon quand on se regarde dedans, on se retrouve quand même très mal à l’aise.
La série de Dimitri Tsykalov m’a également tapé dans l’œil et j’ai acheté les quatre Skulls en carte postale à la sortie, vraiment très chouette : des légumes taillés en forme de crâne il fallait y penser !
Un petit crâne Niki de Saint Phalle (la fontaine à Beaubourg si ça vous dit quelque chose) traîne dans un coin de pièce. Mais je crois que le plus rigolo c’était le crâne de la série « Mickey is also a rat » de Nicolas Rubinstein, et le néon de  qui éclaire sobrement en « rien ».

Premier étage : Les modernes et les classiques

Hou… je sens que je suis en train de vous perdre les amis, ne vous inquiétez pas, c’est bientôt fini !
Dans cette dernière partie de l’exposition, on découvre (enfin) les vanités classiques, les plus anciennes. Après le tourbillon de couleurs et de démesure, l’étage plongé dans la pénombre constitue un changement un peu trop radical à mon goût.
Mais une fois que les rétines se sont un peu calmées, on peut apprécier un peu de peinture classique, avec des représentations de la mort un peu plus sobres et des tons un peu moins violents – ce qui n’atténue en rien la puissance du message. Je dois dire que là, j’avais clairement pas les clés de lecture, mais j’ai beaucoup aimé la mosaïque de Pompeï, et la photo de Cindy Sherman.

Pour conclure …

Le sous-sol de l’exposition comporte une vidéo absolument fascinante, enfin en tout cas je suis restée scotchée à ma chaise. Le film, qui doit durer à tout casser une vingtaine de minutes, présente la plus grande nature morte du monde. On voit donc ainsi défiler une composition qui reprend les principaux codes associés à la vanité : le livre, le crâne, et l’horloge. Je dois dire que j’ai trouvé ça très impressionnant, la structure du machin est très forte : des centaines et des centaines de livres, de feuilles, des crânes posés un peu partout, et des horloges qui défilent … jamais à la même heure. C’est en se penchant de plus prêt qu’on remarque les grands alignements de perles, qui font penser à des chapelets, mais jamais une croix en vue.
Mais le plus génial dans l’histoire, c’est les escargots !
Il sont un peu partout dans cette nature du coup pas tout à fait morte : sur les crânes, dans les livres, mais jamais sur les horloges. Ce qui m’a frappée, c’est qu’il y a en fait une idée assez forte derrière. L’escargot, ni mâle, ni femelle, c’est déjà un indice. Mais c’est surtout le fait qu’ils ne sont pas tous sortis, beaucoup des coquilles ont l’air vides, mais impossible de deviner si ils sont mort ou vivants… Après le chat de Schrödinger, les escargots de Playne 🙂

Trêve de plaisanterie, vous l’aviez compris depuis un moment (probablement celui où, épuisé, cher lecteur, tu t’es effondré sur ton clavier) j’ai vraiment beaucoup apprécié cette exposition. Je ne peux que vous la recommander chaudement, surtout que pour une fois on ne se saigne pas à blanc (9 euros au tarif -26 ans, 11 euros pour les doyens). Un petit conseil par contre, évitez le week end si vous pouvez, c’était très plein, et je dois dire que par moment j’ai eu des envies (tout à fait dans le thème de l’expo hein) de meurtres quand on me marche sur les pieds. Pour plus d’informations, allez jeter un œil au site du musée !

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18 commentaires leave one →
  1. 23 mars 2010 00:26

    Très bon article, vif, vivant, qui nous prend par la même pour nous faire découvrir cette expo qui a l’air très crânement intéressante. Pas trop long, contrairement aux suggestions répétées de l’auteur…

  2. 23 mars 2010 00:41

    « des peintures étranges qu’il faut regarder dans le miroir cylindré posé dessus pour les voir (aucune idée du nom de la chose) » : ça s’appelle des anamorphoses, si mes souvenirs de TL Histoire des Arts sont bons (ils commencent à dater drôlement).
    Sinon, bon, des vanités, j’en ai vus quelques unes dans ma jeunesse, raison pour laquelle l’expo ne me branchait pas plus que ça : l’aspect contemporain de la chose pourrait se révéler intéressant, cela dit. Ton article réussirait presque à me motiver, il est très réussi.

  3. Vick permalink
    23 mars 2010 07:21

    excellent article, imagé, vivant, qui nous donne envie de faire un détour au musée ! merci !

  4. 23 mars 2010 08:56

    Après avoir lu l’article consacré aux Vanités sur « connaissances des arts » paru au début de l’expo j’avais déjà bien envie d’y aller et ton très bon papier, complémentaire au précédent,m’a convaincue!MERCI

  5. Benjamin permalink
    23 mars 2010 14:03

    Intéressant cet article et ça fait un moment que je n’ai plus fait d’expo, c’est surement l’occasion de remettre ça. Merci… Playne, t’assures grave ! 😉

    Ce qui m’interpelle particulièrement dans tout ça, c’est, comme tu le soulignes dans ton article, la banalisation de la mort. (la vanité de Haring par exemple)
    C’est vrai, c’est comme si on habillait la mort en clown pour ne plus en avoir peur, non ?
    La mort de la mort finalement !

    C’est principalement la religion qui ne manque pas de nous rappeler la mort, et ainsi nous rappeler qu’elle propose une alternative.

    Le pouvoir amoindrit de la religion aujourd’hui, surtout dans le milieu artistique, est-il la cause de cette banalisation ?
    Y a-t-il des pistes dans l’expo qui nous permettent de le penser ?

    • playne permalink
      23 mars 2010 16:30

      Si j’arrive à faire partager mon enthousiasme, c’est le principal 😉

      Alors, pour ce qui est de la banalisation de la mort, je dois dire que ce qu’on croise dans la rue / la mode / la littérature est infiniment plus banalisant que Harring…
      La métaphore de clown, c’est en référence à Cindy ?

      Pour répondre un peu à ta question, je ne pense pas que ce soit « juste » une histoire de milieu artistique, plus une évolution de société, mais c’est difficile de trouver des exemples de vanités ‘anciennes » qui ne soient pas aussi considérées comme de l’art religieux (c’est que voyez-vous mon ami, le pognon ça coulait pas comme les fonds spéculatifs au Moyen-Age, et un des seuls moyens fiables de se faire des thunes était d’être dans les ordres).
      Je peux me tromper, mais pour moi l’exposition remplit très bien son but, celui de présenter les vanités des premières mosaïques jusqu’à l’époque contemporaine. Si il y avait des liens avec la religion, je ne les ai perçu comme ajoutant de l’eau au moulin de l’explication historique . Mais c’est mon regard de sale athée anticléricale ( \m/ ), je pense que le regard de l’amie avec laquelle j’ai visité l’exposition serait radicalement différent.

      • Lien Rag permalink*
        23 mars 2010 16:41

        La banalisation de la mort, jusque sur nos tapis…

        (désolé)

      • 23 mars 2010 16:49

        Ah ouais. Quand même.

      • Benjamin permalink
        24 mars 2010 08:31

        « Alors, pour ce qui est de la banalisation de la mort, je dois dire que ce qu’on croise dans la rue / la mode / la littérature est infiniment plus banalisant que Harring… »
        Harring c’est juste un exemple. Ici si je me souviens bien, le sujet est: les Vanités (et leur évolution). Sauf erreur de ma part, à l’origine une Vanité est une peinture (plus précisément une nature morte) et le but des vanités est de rappeler à l’homme qu’il redeviendra poussière tôt ou tard en gros. Ce n’est pas le but de la mode ou de la littérature qui font par définition peu de peinture, donc je crois que tu te trompes de définition ici.

        « La métaphore de clown, c’est en référence à Cindy ? »
        Cindy qui ? Cindy Sherman ? Ça aurait effectivement pu être Cindy Sherman, mais c’était uniquement issu de mon esprit (je sais que ça paraît incroyable).

        « Pour répondre un peu à ta question, je ne pense pas que ce soit « juste » une histoire de milieu artistique »
        J’ai dit « surtout dans le milieu artistique », mais uniquement évidemment.

        « mais c’est difficile de trouver des exemples de vanités ‘anciennes » qui ne soient pas aussi considérées comme de l’art religieux »
        Tu ne donnes pas finalement la réponse ici ? Si je comprends bien, l’influence de la religion disparaît peu à peu dans les œuvres exposées, d’où une banalisation enfin possible. Non ?

      • Benjamin permalink
        24 mars 2010 11:11

        Ha pardon j’avais pas trop fait attention que tu faisais déjà référence à Cindy Sherman dans ton article. Donc quand je dis « habiller la mort en clown » ça n’a strictement rien à voir avec la photo postée.

      • playne permalink
        25 mars 2010 00:30

        Hm, Benny-o, tu as lu ce que j’ai écrit ? 😉
        Pas la peine de me refaire l’histoire des vanités hein :p

        Donc, si tu relis, tu noteras qu’à aucun moment, je n’ai suggéré que la mode et la littérature ne véhiculaient le même message que les vanités…

        Je ne pense pas que la religion soit pour autant complètement effacée des réflexions artistiques en général, quel que ce soit le media utilisé, ni que la « banalisation » des symboles traditionnellement associés à la mort et de la représentation de cette dernière est la résultante directe d’une moindre fréquentation de l’église locale…ton « enfin possible » est un peu discutable.

        Pour le coup, les séries TV policières sont plus efficaces pour banaliser le corps mort et les entrailles que n’importe quel chiffon … et c’est de l’art ?

        Enfin si on avait voulu / pouvait / autre verbe utile dans le cas précis de la réflexion s’en débarrasser, ça ferait un bail qu’on aurait plus tout ça. Mais pas de troll sur la religion, la spiritualité ou autre. Enfin personnellement, ce débat là je m’en contrefous.

        Pour ce qui est de la réponse que tu attends, je te file avec joie le nom des exposants, pour avoir leur point de vue créatif et leur lien avec leur propre spiritualité, tu cherches les numéros ! ^^

        (Playne, qui ferait peut être mieux de ne pas poster ses commentaires à quasiment 2h du matin 😄 )

  6. platypus permalink
    23 mars 2010 20:26

    Il est chouette ton article Playne, et c’est quand même plus original que de parler d’Amélie Nothomb 😉

    • Iwayado permalink
      23 mars 2010 20:38

      Tsss espèce de troll va :p

      • playne permalink
        23 mars 2010 20:45

        Moi je suis d’accord avec Platypus.
        En plus, pour une fois qu’il est positif, ne lui casse pas son élan.

        (Quelqu’un peut m’expliquer pourquoi le troll a un panier de pommes et un elfe sous le bras ? )

  7. Iwayado permalink
    23 mars 2010 21:12

    Parce que: j’ai rencontré un troooooool, il marchait dans la forêt…

    • 24 mars 2010 10:42

      Roh, la chanson du troll farceur (et de l’elfe farci), ça faisait longtemps ! [Attention, teasing de malade :] Entre ça et mon mood de Mars, ça va commencer à pulluler de référence à Naheulbeuk ici. A la réflexion, je m’étonne que ça n’ait pas commencé plus tôt…

  8. platypus permalink
    25 mars 2010 07:56

    Ne me provoque pas Playne sinon je fais un article positif sur l’oeuvre de Marc Levy rien que pour t’embêter.
    http://www.bing.com/videos/search?q=marc+levy&docid=1419510416063&FORM=VIRE3
    A noter la phrase culte « Elle est elle ». Comme quoi « je » est loin d’être un autre.

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