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La BD historique de l’Amérique : Les pionniers du nouveau monde par Jean-François Charles

19 mars 2010

Au XVIIIe siècle, l’Amérique est un sol inexploré, regorgeant de périls et d’espérance. L’Amérique du Nord (le Canada) est encore la Nouvelle France : un terrain prometteur que les colons convoitent, en quête de chance et de richesse ; c’est aussi là que bannis et scélérats fugitifs trouvent refuge. Afin d’endiguer la colonisation du Canada par les Français et de s’approprier la maîtrise du commerce, les Britanniques essayent de conquérir les contrées de la Nouvelle-France : la guerre entre la France et la Grande-Bretagne a déjà éclaté en Amérique au moment où la guerre de Sept Ans commence en Europe, en 1756.
Les Pionniers du Nouveau Monde est une série de BD réalisée par Jean-François Charles, qui a débuté en 1982 et n’est toujours pas terminée. Elle compte actuellement dix-sept albums. Cette bande-dessinée nous emporte dans l’histoire de l’occupation du Canada, la Neuve-France, que se disputent les forces européennes.

Cette série propose un mélange très réussi de contenu historique et d’aventure.

Les Pionniers du Nouveau Monde reproduit remarquablement les panoramas de la grande Amérique du Nord : une terre vierge, sauvage, avec ses futaies, ses ruisseaux et ses ravins… Cette série présente aussi des personnages que leurs aventures conduisent à la rencontre des Indiens (les Hurons et les Iroquois), ce qui en apprend un peu plus au lecteur sur les différentes cultures de ces peuples – des coutumes absolument fascinantes, et quelquefois inopinées, par exemple l’Inastipi, consacré aux femmes quand elles sont « incommodées mensuellement ».
L’aventure comporte aussi une grande part historique dont l’exactitude est admirable : les événements militaires réels sont introduits dès les premières pages, et les combats sont brillamment restitués. Les faits exposés ont eu des conséquences qui ont à jamais marqué l’histoire de l’Amérique, la déportation des Acadiens, le génocide des populations indiennes, la guerre, le commerce et l’alcool, etc. Les passages de l’histoire nous tiennent en haleine par des indices volontairement erronés qui sont éparpillés dans les albums, rendant la lecture délectable. Mais c’est aussi une BD d’aventure : les personnages principaux rêvent de découvrir la sérénité, le jardin d’Eden, la terre promise. Ils aspirent à un nouveau monde, toujours plus loin vers l’ouest, mais leur chemin sera parsemé de bien des déboires.
Les Pionniers du Nouveau Monde est l’aventure d’individus secoués par la profusion de l’avènement d’un monde originel.

C’est une histoire de l’Amérique du Nord qui nous est contée dans Les Pionniers du Nouveau Monde : dans la deuxième moitié du XVIIIe s., la Nouvelle France est un terrain vierge, auguste et somptueux. Ce lieu d’isolement est aussi le repère de tous les bannis européens. L’histoire commence en 1750, avec un conflit (qui va durer sept ans) entre Anglais et Français, qui veulent conquérir la contrée canadienne, tandis que les Hurons et les Iroquois s’opposent aux armées européennes afin de sauvegarder leurs traditions séculaires… Du côté des colons, les Anglais font preuve de déloyauté et de cruauté, et n’hésitent pas à conspirer pour obtenir le bannissement des Acadiens français et conquérir le Québec.

C’est dans ce contexte qu’arrive Benjamin Graindal, qui tente d’échapper à la justice du roi de France : ce protagoniste n’est pas méprisable, mais le principal trait de son caractère est un égocentrisme avéré, et il n’a ni droiture, ni probité. Avec sa femme, Louise, ainsi que ses compagnons, ils sont entraînés contre leur gré dans ces hostilités ; leur vie est en jeu. Leur route croisera celle de personnages historiques, comme le général James Wolfe (plusieurs événements de la vie de celui-ci sont racontés : la prise de Louisbourg, son opposition à Montcalm, sa mort au combat). Wolfe est un général anglais, chargé d’assiéger le Québec, face au Français Montcalm, qui se décourage sans assistance. Cependant le Québec ne cède pas facilement, Wolfe trépasse et les Anglais s’ensablent. Mais une espionne travaillant pour le compte des Anglais va changer le cours des événements. La Neuve France s’éteint, et va s’ensuivre une époque de soulèvement : un monde nouveau. La confrontation entre Wolfe et Montcalm, particulièrement, est finement dépeinte. Tous ces personnages ont beaucoup de bonté, ils essayent en définitive de subsister, affrontant les attaques et tourments d’une existence assurément agreste.

En s’immergeant dans cette atmosphère dure on peut se rendre compte de la pénible route sillonnée pour arriver au bien-être matériel, aux moyens de transport, aux habits, etc., tout le confort auquel nous sommes aujourd’hui habitués. Néanmoins quelquefois, il y a de quoi se demander si ce sol magnifique qu’était la Terre n’a pas été altéré par l’Homme… L’absence de dégradation fait peut-être rêver, mais on pense aussi aux pernicieuses épidémies qui tuaient énormément de gens. Quoiqu’il en soit, Les Pionniers du Nouveau Monde représente une éblouissante fresque de ces contrées où les Indiens vivaient en véritable symbiose avec la nature, hommes vêtus de fourrure dans des étendues incommensurables et un énorme isolement.

Mon avis personnel est que cette série est à mettre dans la même étagère que Les Passagers du Vent de François Bourgeon : les six premiers tomes des Pionniers du Nouveau Monde constituent un premier cycle d’aventures irréprochable. Le septième album, Crie-dans-le-vent, démarre un second cycle sans épilogue : la bourrasque de l’histoire emporte toujours les personnages. Autrement dit, je suis toujours déçu au bout d’un moment quand une série dure trop longtemps (on approche des 20 albums) parce que toute histoire s’essouffle à un moment donné, comme pour les séries télé ou les films : à la fin, ça commence à sentir le réchauffé.

Il s’agit donc d’une excellente série, qui, tout comme un excellent film, donne l’impression que de passer trop vite tellement on la dévore, mais qui, à cause du trop grand nombre de ses volumes, risque de blaser au bout d’un moment. Ce que je vous conseille : lire Les Pionniers du Nouveau Monde le soir avant de dormir, et vos rêves seront alimentés de l’histoire d’un nouveau monde !

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2 commentaires leave one →
  1. Lien Rag permalink*
    19 mars 2010 10:09

    C’est pas faux, le nombre limité de tomes des passagers du vent les rendent très précieux ; si ça avait été une grande fresque, ça m’aurait moins marqué.
    C’est un peu ce qui se passe avec Jeremiah dont a parlé Makuchu : les premiers sont géniaux, tandis que les derniers ont beaucoup de mal à se démarquer parmi les 30 existants.

    C’est bien quand les auteurs arrivent à terminer leurs cycles ; ça arrive qu’ils meurent avant d’ailleurs. La loose ^^. Mais je comprends, quand une série a du succès, la tentation de continuer. Une solution intéressante a été les « ballades au bout du monde », où chaque cycle fait 4/5 tomes et est totalement indépendant des autres (pas le même univers).

    Sinon, pour cette BD, en 20 ans, le style de dessin évolue ? Le début est typique des années 80 avec des dessins et des couleurs un peu fades.

    • Raniver permalink
      19 mars 2010 12:49

      Jean-François Charles a dessiné le premier cycle. Son style change souvent selon les planches, variant entre des dessins très détaillés et des dessins assez clarifiés.
      Pour le deuxième cycle, Jean-François Charles ne s’est occupé que du scénario, laissant le dessin à Ersel. Son style est plus uniforme au fil des planches.

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