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La belle étoile

15 mars 2010

Affiche du filmIl n’est jamais trop tard pour bien faire, ni pour voir un bon film… C’est dans cette saine optique que Toyboy et moi nous sommes motivés pour aller voir Bright Star la semaine dernière. Sélectionné au dernier festival de Cannes, sorti le 6 janvier, nommé uniquement pour ses costumes aux Oscars, le film de Jane Campion n’a pas tellement fait parler de lui, et c’est regrettable.

Ce petit bijou raconte la rencontre de John Keats (oui, celui d’Hyperion pour les fans de SF) et de Fanny Brawne… Que dire d’autre ? Que ces deux-là se sont aimés ? Car oui, bien sûr, c’est de ça qu’il s’agit, et c’est le principal : cette histoire, Jane Campion la raconte tellement bien…

Pour ne pas raconter n’importe quoi, je suis allée vérifier un peu la biographie du poète, et je vous préviens, le film n’est pas strictement calqué sur le peu qu’on sait de ses dernières années. Je le dis juste pour que ce soit bien clair : je vous parle du film, ceci n’est pas un cours de littérature anglaise. Que ceux d’entre vous qui viennent ici pour faire leurs devoirs¹ aillent plutôt faire un tour sur Wikipédia 😉 En revanche, les poèmes sont très présents, merveilleusement bien interprétés par les deux acteurs principaux, Ben Whishaw (vu principalement dans Le Parfum) et Abbie Cornish. Surtout lui, d’ailleurs, dont la voix posée et mélodieuse nous a cloués dans nos sièges jusqu’à la toute fin du générique avec « L’ode au rossignol. » Plus qu’un compte-rendu biographique, dont on se contreficherait pas mal, Jane Campion nous raconte cette histoire d’amour telle qu’elle la perçoit dans la poésie de Keats.

Il était une fois un jeune homme et une jeune fille qui se sont croisés dans la campagne anglaise de Jane Austen.
Lui, c’est donc Keats, le poète romantique anglais ignoré de ses contemporains : il vit chez son ami Brown, soigne comme il peut son frère malade et écrit des poèmes qui ne se vendent pas. Il vit pour la poésie, mais ne se voit pas du tout comme un génie maudit. Elle, Fanny, c’est la jeune fille anglaise du début XIXe : elle vit à la campagne avec sa mère, son frère (Thomas Sangster), sa sœur. Elle coud ses propres robes et n’entend rien à la poésie ; elle aime rire et danser. Quand elle rencontre Keats, elle est plus intéressée par le poète que par ses poèmes, mais elle ne demande qu’à apprendre.

Bright Star est un beau film. Pas aussi dramatique que la bande-annonce le suggère. Comme les sentiments de ses héros, le film est marqué par la retenue, la délicatesse, l’innocence aussi d’une époque révolue. John et Fanny sont trop pauvres pour se marier, mais leur amour est présenté comme une évidence que seule la maladie et la mort menacent réellement. Les acteurs sont parfaits : inconnus, mais pas débutants, ils incarnent ces personnages avec grâce, même dans les moments les plus forts.
La photographie est assez magnifique, chaque plan est… poétique : le bonheur éclot sous les fleurs de pommiers, il est aussi fragile qu’un papillon, puis il finit noyé sous la brume de novembre, illustrations parfois littérales des lettres et poèmes de Keats. Les costumes sont somptueux, notamment grâce à l’idée du talent de l’héroïne pour la couture, qui autorise une petite touche de modernité, un peu fantasque au début et de plus en plus élégante. Mais plus que tout cela, Jane Campion cultive l’art du silence : ses personnages parlent peu, il y a peu de musique ; la parole, quand elle advient, est précieuse.

A thing of beauty is a joy for ever:
Its loveliness increases; it will never
Pass into nothingness; but still will keep
A bower quiet for us, and a sleep
Full of sweet dreams, and health, and quiet breathing.

Le film réussit son pari : à force d’être imprégné des écrits de Keats, il finit par ressembler à sa poésie ; au début, on croit qu’il va être difficile d’y entrer, mais on tombe dedans sans même s’en rendre compte. « A thing of beauty… » , je crois que tout est dit.

Notes :

Car il y en a ! Bande de petits malins, vous croyez qu’on ne vous voit pas taper « Exposé Isaac Asimov Fondation » ou « Le démon des glaces devoir maison » dans les critères de recherche ? Ha ha ha, mais Culture’s Pub voit tout, les enfants !

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2 commentaires leave one →
  1. 16 mars 2010 01:03

    Très juste. Bright Star est un film d’une extraordinaire sensibilité romantique, par l’une des rares femmes cinéastes de très grand talent et qui ont un cinéma féminin et non pas une copie du cinéma dominé par les hommes. La rencontre entre cette sensibilité, cette histoire d’amour absolu et cette figure de la poésie romantique donne l’occasion d’une plongée jamais ridicule, jamais fausse au coeur des tourments de l’âme humaine et de ses merveilles.

    A noter, l’un des sujets forts du film est le rapport à la société, aux regards extérieurs, à la famille. Les parents de l’héroïne sont particulièrement touchants dans ce domaine.

    Si vous ne le connaissez pas, je vous conseille de découvrir l’un de ses premiers films, son extraordinaire Un Ange à ma Table, l’histoire d’une femme écrivain néo-zélandaize.

  2. 16 mars 2010 11:49

    Dgrv, merci pour ton commentaire : je connais pas Un ange à ma table, mais j’essaierai de le voir à l’occasion.

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