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Precious, top ou flop ?

8 mars 2010

Alors que la sueur écoulée pendant les Oscars est encore fraîche, et que Precious a remporté la mise à plusieurs reprises, pour le Meilleur Scénario Adapté et le Meilleur Second Rôle Féminin, la question se pose : Precious est-il de ces films incontestables qui méritent un succès univoque, ou est-il de ces films polémiques dont les récompenses ne s’expliquent que par la complaisance de l’Académie des Awards ? Récit d’un morceau de vie traversé par une fille analphabète coincée à Harlem, l’on pourrait facilement attendre de Precious qu’il gagne parce qu’il fait pleurer dans les chaumières. Pourtant, ce n’est pas son cas, et c’est pour de toutes autres raisons que Syracuse Cat vs. Vuuv vous expliquent pourquoi ce film mérite d’être vu, mais pas nécessairement aimé.

Un film qui vaut le détour par Harlem, par Syracuse Cat

J’ai aimé Precious.  Ce n’est sans doute pas le film que j’ai préféré dans cette folle semaine de cinéma, mais j’ai aimé. Quand un film me touche, l’adjectif qui me vient à l’esprit, c’est « juste ». Pas ici. Qui suis-je pour en juger ? Bien installée dans ma vie de bobo parisienne, je pense être la véritable cible de ce film qui cherche à nous rappeler que tout le monde n’a pas la chance de passer sa vie dans le Quartier Latin. Mes parents sont un peu dépressifs sur les bords, ma sœur est malade ? En fait, mes problèmes, c’est de la gnognotte ! Et en même temps, une des raisons pour lesquelles j’ai passé un bon moment, c’est que je ne me suis pas non plus sentie jugée, en partie parce que Precious n’en fait pas trop, ne sombre jamais véritablement dans le pathos : il y a de la violence, il y a du doute, de l’émotion, c’est vrai, mais tout ça reste intelligemment mesuré. Je déteste les films qui font pleurer à coup de grosses ficelles (sauf les films indiens, mais ça compte comme une dimension parallèle  du cinéma, tous les codes sont à revoir) et je le répète, ce n’est pas ce que fait Precious : c’est cru, parfois, mais jamais simplement facile. C’est avant tout un film sur la détermination, une valeur très américaine, et c’est pas Oprah Winfrey, productrice du film, qui vous dira le contraire. Le message se veut malgré tout optimiste : c’est un peu facile, et surtout ça manque de crédibilité, si on y réfléchit, mais ça ne m’a pas tellement dérangée.

Parce que les vraies bonnes raisons de voir ce film sont cinématographiques : les acteurs – en fait les actrices, car la distribution n’est pas très riche en testostérone – sont assez formidables. Mariah Carey est méconnaissable, Mo’Nique a bien mérité son Oscar dans son rôle de mère abusive qui parvient à nous bouleverser et Gabourey Sidibe crève l’écran avec ce premier rôle, tour à tour éteinte et lumineuse, renfrognée et rayonnante ; il faut dire que les choix de mise en scène lui permettent de déployer une vraie palette d’actrice.
Car il y a de vraies idées de mise en scène dans Precious et c’est probablement le plus grand mérite du film : derrière la façade massive de son visage, Precious cache un monde intérieur d’une grande richesse. Quand la vie devient insoutenable, elle s’évade (et nous épargne au passage des scènes de violence gratuite), elle devient une star, les photos la consolent, les scènes de la vie quotidienne se transposent sur le petit écran… Ces passages mettent de la couleur et de la bonne humeur dans un film assez sombre, mais surout ils apportent un petit grain de folie qu’on n’attend pas du tout, et c’est ce petit plus là qui fait de Precious un film à voir.

Mais peut-être que Vuuv vous fera changer d’avis…

***
*

Precious, ou la complaisance de la violence, par Vuuv

On l’aura compris, Precious est une enfant des cités que la vie n’a pas épargnée. À vrai dire, la vie l’a si peu épargnée qu’il est impossible de ne pas percevoir le poids du malheur qui pèse sur ses larges mais fragiles épaules. Cosette, à côté de Precious, c’est Cendrillon au moment du Happily Ever After. Precious est née à Harlem et fait partie d’une minorité, mais surtout, son père la viole, sa mère la bat, sa première fille est trisomique, elle est enceinte de nouveau, analphabète, plus que très ronde, enlaidie à dessein, et se découvre qui plus est atteinte du SIDA. Que peut-il lui arriver de pire ? En fait, rien.
Il y a quelque chose dans cette débauche de malheurs qui manque de pudeur, de… réalisme. Avec la loi de Murphy, un malheur n’arrive jamais seul, et il n’est pas rare qu’à Harlem plusieurs se superposent. Mais la volonté de faire d’une fille seule le symbole de tous les malheurs du monde dissimule une réalité autrement plus violente : à Harlem, la majeure partie de la population est simplement pauvre et noire. Et ces deux conditions suffisent à les priver d’une décence de vie élémentaire. Les assistantes sociales ne ressemblent pas à Mariah Carey dans un pays où l’État Providence est quasi inexistant et où le système social est mal établi ou mal géré. Les structures qui apprennent aux analphabètes à lire en les prenant par la main sont infiniment peu nombreuses. Et pour la plupart des jeunes de Harlem, toute volonté de devenir un self-made man est découragée rapidement par la couleur de leur peau.

Mais ce n’est pas à ce problème que s’attaque un film où malgré une vie tuée dans l’œuf Precious tente un ultime baroud d’honneur, portée à bout de bras par une enseignante homosexuelle (ben tiens, Precious ne pouvait pas être enceinte et gay, il fallait que quelqu’un d’autre le soit). Precious, c’est l’histoire sensationnelle d’un enfer de Dante racheté par un miracle christique. Le mot important est : sensationnel. Oprah Winfrey connaît son métier, et Precious est un film dur, efficace, violent, qui donne envie de vomir toute les dix minutes. Et puis le film s’arrête et l’on se dit : so what ? Quelle est la nécessité de raconter l’histoire de quelqu’un dont le malheur est tellement immense que personne ne peut l’ignorer ? Pourquoi attirer l’attention sur elle plutôt que sur les milliers d’anonymes qui vivent et meurent dans une vie morne parce qu’il leur « suffit », d’avoir été violé, ou battu, ou malade du SIDA ?
L’on aurait presque le sentiment malsain qu’Oprah Winfrey se lance dans une course au sang, et pose une option sur la destinée la plus atroce de l’histoire du cinéma. À qui rend-elle service en le faisant ? Quel est l’objectif de ce film qui se prétend si chargé en message ? Je ne sais pas. Mais je ne suis pas sûre qu’il fasse du bien à quiconque, ni au spectateur, ni aux minorités qu’il prétend défendre en les mélangeant et en les noyant l’une dans l’autre.

Si vous pensez que les États-Unis sont le pays de tous les bonheurs et qu’on ne peut pas vivre sur le sol américain sans afficher un sourire hollywoodien, allez vous prendre une claque devant Precious. Si vous aimez les impensables histoires de survie et l’optimisme pathologique alors que tout est perdu, Precious est fait pour vous. Si vous savez apprécier un jeu d’acteur absolument remarquable et une réalisation bourrée d’idées, parce que Precious c’est aussi ça, mettez le dans votre to see list.
En revanche, si vous n’aimez pas vous faire du mal avec de la violence dont la crudité ne se justifie pas par le message qu’elle délivre, alors passez votre chemin, et allez lire Toni Morrison, ou vous repasser un coup de Philadelphia, le film où les gens meurent du SIDA, un peu comme dans la vraie vie.

V.

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2 commentaires leave one →
  1. 16 mars 2010 18:12

    Precious travaille un sujet très difficile a traiter. Toute réflexion sur le film part de la pour moi.

    Je vais epargner les devinettes : je me range du cote de Syracuse Cat. Je me suis pris une bonne baffe, mais sans pleurer, moi qui suis un grand émotionnel et qui pleure facilement. Ce qui m’a paru très intéressant.

    Precious a un sujet très dur qui enchaine les tragédies, l’une après l’autre. J’estime que le film est une réussite de par la sensibilité extraordinaire avec laquelle le realisateur et le scénariste racontent ce conte d’horreur exemplaire des temps modernes. Pas de violence gratuite a l’écran, jeu d’acteur juste, en particulier grace a l’absence d’expressivite de l’héroïne.

    La réalisation est un bel exemple du meilleur du cinéma indépendant américain. Sobriété, réalisme, camera a l’épaule… etc. Le tout au service d’une suite d’horreur. Originalité dans la mise en scène des rêveries de l’héroïne quand elle tente d’échapper a la réalité.

    D’où vient le malaise alors ? Tout simplement de l’extrême dureté du sujet. Ils est quasiment impossible d’en faire un film juste. Et le film y échoue par moment. Le public visé est constitué de toutes les manieres de gens qui n’ont pas vécu ce que l’héroïne vit, et l’idée de la plupart des œuvres d’art est de montrer un exemple, quelque chose d’excessif. C’est aussi la magie du cinéma.

    Dur de rassembler ses idées sur les sujet.

    Bref, je trouve que le film démontre une grande justesse et une véritable virtuosité a manipuler un sujet aussi chaud. Par contre, il se produit quelque chose qui arrive : on est habitues a une vie pépère, a des films hollywoodiens pépères et a des comédies francaises pas bien méchantes. Donc on a du mal a imaginer que la réalité puisse dépasser la fiction et être encore pire. Or, quand on s’enfonce dans l’horreur, la réalité va en général bien au delà de la fiction.

    Bref, j’essaye sans succes de relancer le débat…

    Ps : en effet, les bollywood existent dans une dimension parallèle, et ça fait plaisir de voir quelqu’un qui les apprécie pour ce qu’ils sont, Syracuse Cat.

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