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8 bonnes raisons 1/2 d’aller voir Nine

7 mars 2010

Il est écrit partout, sur le web, dans les journaux, dans les magazines intellectuels et dans les magazines hm… moins intellectuels, que Nine est une daube. Une croûte, un epic fail, un navet. Le pire film de l’année, voire de la décennie, voire de l’histoire de la comédie musicale. Cela vous paraît beaucoup ? À première vue à moi aussi. Alors j’ai décidé de faire comme saint Thomas, et d’y aller voir par moi-même. Deux heures plus tard, voici mes conclusions.

1. Nine, il faut le voir parce qu’il y a que des actrices canon et qu’il nous rappelle que les actrices sont canon surtout parce qu’elles sont bien filmées.
Or ici, en fait, non. De la coiffure de Yorkshire terrier à poils longs qui surplombe la bouche trop maquillée de Penélope Cruz au double menton de Kate Hudson, en passant par le manifeste anti-bronzage exhibé par le décolleté défraîchi de Sophia Loren, Rob Marshall nous explique comment s’enlaidir en neuf leçons. Ah tiens y a aussi Judi Dench coiffée comme Mireille Matthieu, Nicole Kidman qu’on voit pendant 5 minutes dont 4’30 minutes sous un anorak… J’en connais qui vont quand même baver sous le prétexte fumeux que les jeunes femmes ne sont guère vêtues que de bas résilles, je leur répondrai que la seule chose réussie à cet égard par Marshall, c’est que derrière le grain de la pellicule on ne voit pas la peau d’orange. Les filles, Nine, c’est un feel good movie.

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2. Nine, il faut le voir parce qu’il donne une nouvelle définition de la comédie musicale. Eh oui, il nous rappelle que dans une comédie musicale, il y a la partie comédie… et puis la partie musicale. Au bout de 5 minutes de film, Daniel Day Lewis nous montre qu’il a enterré son tomahawk et que sauter d’échelle en échelle n’est plus vraiment de son âge, 10 minutes plus tard, Penélope crève le plafond avec un « Guidoooooooooo-oooo-oaaaarereihoraihde-outch » qui donne le sentiment violent qu’un chaton vient de se faire écrabouiller contre une plaque en verre toutes griffes dehors. Painful. Comme quoi on ne peut pas avoir tous les talents, ce qui en soi n’est pas bien grave, mais le contremploi, c’est pas toujours le bien. À bon entendeur…

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3. Nine, il faut le voir parce qu’il nous montre ce qu’est l’hairography. Eh oui, dans la catégorie définitions, celle-là est précieuse. Si vous avez suivi nos bons conseils et que vous avez vu Glee (vous savez la série où les gens ne s’appellent pas Cruz mais ont de la voix) vous savez déjà de quoi il en retourne, dans le cas contraire : l’hairography, c’est quand des filles dotées de formes charmeuses lâchent leurs cheveux et les secouent abondamment pendant une chorégraphie pour cacher qu’elles ne savent pas danser. Rob Marshall pousse l’astuce jusqu’à la maestria, en plantant un énorme ventilo devant le 90B de Kate Hudson, qui peut ainsi remuer en paix sa crinière décolorée sur l’immortel vers racinien « I love the cinema italianoooo« . Derrière les cuisses nues de la cruche actrice il y a aussi de jeunes hommes, aux cheveux courts, qui ne font pas d’hairography donc, et qui par contre dansent très bien. Dommage, par contraste on voit encore mieux ce qui cloche

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4. Nine, il faut le voir parce qu’il met en scène un mâle vedette remarquable. Vous avez aimé sa sauvagerie dans Le Dernier des Mohicans ? Vous avez été témoins de sa victoire par K.O. sur le déjà brillant Leo dans Gangs of New York ? Vous avez été médusés par sa montée vers la folie dans le chef d’oeuvre qu’est There Will be Blood ? Daniel Day Lewis, c’est un sacré mec. Ouais. Sauf que non.
DDL ce n’est pas un séducteur. C’est un acteur qui joue l’épave, le fou, le dangereux, le torturé, le dur au coeur tendre, mais alors jamais au grand jamais le dragueur rital. Du coup on ne comprend pas bien comment toutes ces femmes se pâment à ses pieds, et on fait un peu la grimace devant ses efforts désespérés pour paraître drôle. On disait quoi sur le contremploi ? NDLR : Y a que les mecs hétéros qui pensent qu’il est crédible. Les filles et les gays disent que non. Et croyez-moi, j’en connais assez pour avoir un vrai benchmark.

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5. Nine, il faut le voir parce qu’il montre que les Etats-Unis dominent le monde. Baoué. C’était une riche idée d’adapter 8 1/2, un pur produit du cinéma intimiste et génial de Fellini, en comédie musicale. C’était une merveilleuse idée d’adapter ce musical à gros succès en film qui clame partout que c’est un hommage à Fellini. D’y coller des décors tirés du Fantôme de l’Opéra. D’y balancer des couleurs criardes et des tenues de call girl pour daltoniens. Et c’est une encore meilleure idée quand on entend des paroles immortelles du style « I love the cinema italiano« , ou « There’s two ways to do everything, The right way and the wrong way« . J’ai une bonne idée de la way que Marshall a choisie.

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6. Nine, il faut le voir parce que c’est un cours de langue. N’oubliez pas : Fellini, il était italien. Le film, il se passe en Italie. L’Italie c’est européen, c’est joli, c’est touristique, c’est connu pour les glaces, le Vatican et Rocco Siffredi. Alors l’Italie, c’est forcément vendeur. Du coup, Marshall accentue le trait : et voilà comment Day Lewis, né à Londres, ou Cruz, Espagnole de naissance, Américaine d’adoption depuis 10 ans, se retrouvent avec un merveilleux accent entre l’Italien et le Russe (oui rouler les rrrrrr de la bonne façon c’est pas donné à tout le monde). Quant à Judi Dench, venue droit du Yorkshire, elle nous envoie un machin indistinct entre l’accent Dietrich et l’accent Piaf sur un faux numéro de music-hall pseudo-parisien. « Guido at the merrrrrrci ovv detrrractorrrrrs », certes oui. Merci Rob.

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7. Nine, il faut le voir parce que c’est une leçon de cinéma. Eh oui, Marshall l’incontournable a décidé de nous donner quelques leçons de réalisation.
a) Le film est un hommage à Fellini. Du temps de Fellini la pellicule y avait un grain dessus. On va faire pareil ! La peau des acteurs, le grain des matières, le délicat reflets des lumières ? Bof, c’est surfait la photo… Et voilà comment on se retrouve avec des points gros comme des flocons sur un fond de tapisserie en satin rose. Vous avez dit eeerk ?
b) Point trop d’effets n’en faux. Après le grain, bienvenue dans la création de l’affiche. Vous vous rappelez sur Word, l’effet « on met le texte en demi-cercle » ? C’était vieux, c’était cheap, tout le monde le faisait parce que c’était gadget. Bah dans Photoshop, le filtre « peinture à l’huile », c’est pareil. La prochaine fois que vous verrez l’affiche de près, jetez-y un oeil. Vous arrivez pas à voir la peau des acteurs ? C’est normal, Marshall a offert Photoshop à son équipe pour fêter la fin du tournage. Woote.
Et le tout pour plein de millions de dollars, je dis, heureusement que Marshall attire les budgets !

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8. Nine, il faut le voir parce qu’il nous fait revenir aux sources. Eh oui, Nine, il nous donne envie de revoir 8 1/2. Tout comme on a envie de boire une rasade de bon whisky juste après s’être sifflé un verre de vin de table. Pour faire passer le goût.

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1/2 ? Ah oui. Nine, il faut quand même le voir pour une vraie raison. Parce que dans cette débauche de conneries blockbustées, il y a une fille, qu’on voit trop dans les journaux pour l’apprécier vraiment, qui sauve la mise. Elle est française, elle s’appelle Marion, elle a joué le rôle d’une chanteuse (je sais plus qui, vous savez vous ?). Elle est aussi ravissante, fraîche, naturelle, touchante, avec sa petite voix toute simple, ses grands yeux de bébé phoque qui se remplissent de vraies larmes et son refus d’avoir un autre accent qu’anglais (bon et un peu français mais pour le coup elle y peut rien). Merci de m’avoir empêchée de quitter la salle, Madame Cotillard, dommage qu’on vous ait vue si peu, et au plaisir de vous revoir.

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2 commentaires leave one →
  1. Syracuse Cat permalink
    7 mars 2010 10:48

    Bon sur le coup, je n’étais pas aussi virulente que toi : je n’ai pas aimé le film, mais j’y ai trouvé quelques bons moments… que j’ai tendance à oublier, on va tellement au ciné, en ce moment. Du coup, pas grand chose à ajouter : erreurs de casting en pagaille, talents réels mais sous-exploités, et en plus, ce que tu ne dis pas, c’est que grosso-modo la musique est toutes pourrie, ce qui est fâcheux pour une comédie musicale.

    Tu l’as mentionné, mais je le répète : ce que j’ai retenu du film c’est « Les filles n’oubliez jamais la crème solaire sur votre décolleté. » Merci Sofia.

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