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Ma BD du moment (6) – Jérémiah d’Hermann

26 février 2010

Il y a des séries comme ça, d’un style à part, dont on a l’impression qu’elles ont toujours été là (euh, depuis 30 ans quoi…). Jérémiah, le western post-apocalyptique, est l’une d’entre elles. Le 29e tome de la série vient de paraître, au titre évocateur : Le petit chat est mort. Connaissant Jérémiah et son fidèle acolyte Kurdy Malloy, on aurait dû ne pas s’ennuyer… Mais voilà. On « aurait » dû. Toute la nuance est là. Et pourtant on s’ennuie. Et ce depuis une dizaine de tomes, même. Le problème, c’est que je suis invariablement déçue depuis quelques années par les Jérémiah… Trop d’attentes de ma part ? Les ficelles du scénario d’Hermann s’épuiseraient-elles ?

Bends Hatch

Le monde de Jérémiah, c’est le retour de la loi du plus fort. « Le monde est redevenu vaste depuis la grande lessive » (Kurdy)… La grande lessive, c’est-à-dire les atomiques qui « nettoyèrent » les USA au terme d’un conflit inter-racial (Blancs contre Noirs contre Rouges contre Blancs, tout un programme !…).  La civilisation connut alors un recul d’une centaine d’années et le pays redevient l’ouest sauvage de ses origines.

Jérémiah fut élevé dans un fort, Bends Hatch, parmis ceux qui essayaient de s’organiser pour mieux survivre, retrouvant les gestes d’antan pour cultiver leurs terres sans l’aide d’outils mécaniques. Il a reçu une « bonne éducation » auprès d’une vieille tante plutôt prude. Sorte de naïf boy scout à ses débuts, il s’endurcira au fil des albums, tout en gardant plus au moins une éthique et une haine des injustices. Rescapé du massacre des siens par des preneurs d’esclaves alors qu’il était encore adolescent, il fit alors la rencontre, plutôt chaotique, de Kurdy Malloy, jeune voyou de son âge voyageant sur une mule odorante joliment baptisée Esra. Malgré des débuts difficiles, Kurdy ne peut s’empêcher de sauver la vie de son nouveau compagnon de route. Tout en sachant qu’il fait une connerie. Ce que lui signifie  immédiatement les responsables  de l’attaque sur Bends Hatch en se lançant aux trousses de ces témoins gênants, les liant irrémédiablement.

Jérémiah, le « bon garçon », et Kurdy, le voyou adepte des coups fourrés, alliés pour le meilleur et le pire malgré leurs différences se retrouvent en fait sur un élément essentiel : l’errance. Ni l’un, ni l’autre ne sont vraiment disposés à poser leurs sacs.

Kurdy : Tu me vois partir au boulot, tous les matins, ma boîte à lunch sous le bras, pour gagner le pain de ma couvée ?

Jérémiah : Mal … Très mal.

La ligne rouge, tome 16

Les deux amis voyagent donc aux fils des albums au travers de ce pays dévasté, se heurtant à tout ce que la connerie humaine peut produire : racisme, dictatures, abus de pouvoirs, injustices, sectes, violences, profiteurs,… Parfois redresseurs de torts, parfois essayant simplement de survivre, toujours avec cynisme et humour (pour cela, Kurdy est le meilleur… j’avoue c’est mon personnage préféré), les deux compères continuent leur route à la recherche d’un « paradis perdu » hypothétique, dont eux-même ignorent ce à quoi cela pourrait correspondre. Les caractères, même s’il sont très marqués, ne sont pas figés. Petit à petit, les deux amis commencent à déteindre l’un sur l’autre. Jérémiah se fait plus cynique, tandis que Kurdy se surprend à jouer les défenseurs de la veuve et de l’orphelin. Les deux sont en tout cas de plus en plus abattus et désabusés… Le poids de l’âge peut-être ?

Si cette évolution n’est pas inintéressante, elle va cependant de paire avec la perte d’intérêt de la série. Entendons-nous bien : les 20 premiers tomes sont incontournables. Avec une mention spéciale à

  • T1 : La nuit des rapaces, retraçant les origines du duo ;
  • T5 : Cobaye pour l’éternité,une réussite sur fond de jeunesse éternelle ;
  • T7 : Afromerica, ou le retour des extrémismes raciaux ;
  • T8 : Les eaux de colère, album que je n’apprécie que moyennement, mais on y fait la connaissance d’un personnage essentiel :  Léna, le canari des îles de son riche papa, l’épine du cœur de Jérémiah…
  • T10 :  Boomerang, l’album qui scellera définitivement l’alliance de Jérémiah et Kurdy ;
  • T13 :  Strike, intermède alternant secte et bowling ;
  • T15 : Alex, la fille aux singes, le pendant féminin et olfactif de Kurdy ;
  • T16 : Le fil rouge, peut-être bien mon préféré, entre guerre de gangs et adultère.

Graphiquement, Hermann est un « monstre sacré ». Chaque album est magnifique, surtout à partir du T19 ou il passe à l’application de la « couleur directe ».L’inconvénient, c’est que c’est aussi le moment où le scénario commence à décevoir. (Bien que le T19, T20 et T21, et le T23 soient encore très bons.) Le symbole de cette chute est le remplacement d’Esra, la mule de Kurdy, devenue pourtant un personnage essentiel… par une bête moto. Alors OK, je peux comprendre que la civilisation reprend ses droits. Que Hermann soit fatigué de dessiner des chevaux et qu’il ai envie de s’amuser à dessiner des motos. Mais quand même, la mise à la retraite de ce « noble animal » est rude. Malgré le T28 dont le titre Esra va très bien aurait dû nous rassurer sur son destin, je ne peux m’empêcher de la regretter, ainsi que le temps où il était impossible de ne pas relire immédiatement chaque album.

Revenons à nos moutons, c’est à dire au chat : Le petit chat est mort, T29. Même s’il n’est pas au niveau des débuts, l’album est quand même agréable à lire, et bien au-dessus d’une majorité d’albums sortis ces derniers temps. On apprécie de retrouver quelques personnages secondaires (en particulier Léna) ainsi que Julius, le joueur de biniou du T12, même si je reste dubitative sur ce procédé. En effet, j’ai l’impression qu’à chaque fois qu’un personnage secondaire revient dans une série « grand public », cela veut souvent dire que l’auteur est en panne d’idées et qu’il essaye de retrouver la verve de la grande époque en faisant intervenir un personnage oublié mais qui avait eu du succès dans le temps. Bon, après, comme je suis aussi très paradoxale, j’adore retrouver les personnages que j’avais aimés… Niveau scénario, on retrouve les éléments habituels : personnage détestable ayant une grande influence, victimes éplorées, Kurdy et Jérémiah débarquant avec leurs grands sabots dans la fourmilière, obligés de jouer les redresseurs de torts pour sauver leurs peaux et celles de leurs proches. Heureusement qu’il y a les répliques de Kurdy pour alléger le tout. Autre fait intéressant, c’est la réflexion de Jérémiah par rapport à sa vie, ses envies, le spectacle de celle de Léna… Seule conclusion : le chemin du bonheur est un chemin bien ardu, les enfants !

1ère rencontre avec Léna T8

Preview T23 - Léna et sa petite famille

T23 - Léna et sa petite famille ...

Et pour ceux qui ne connaissaient pas, voilà donc de quoi vous occuper pour le reste de l’hiver… (Ça me laissera le temps de préparer mon prochain post :p). Et si vous avez aimé, il y a aussi Lune de guerre pour rester dans le thème « connerie humaine ».

Pour plus de détails sur la série : le Wikipédia.

Alex, T15

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5 commentaires leave one →
  1. Lien Rag permalink*
    2 mars 2010 13:45

    Cette série est vraiment géniale. C’est rare de la post-apo de cette qualité et qui dure si longtemps. De la post-apo parfaitement dosée, ni le thème principal, ni un élément sans importance du background : le post-apo ici est une simple redistribution des cartes, un prétexte pour se poser des questions sur la société, les hommes, comme l’était la SF classique.

    En effet, les premiers tomes sont vraiment bons, et j’ai été très marqué par les tomes autour du tome 9 : « un hiver de clown ». J’appuie aussi le fait que les derniers albums sont plus mornes. On dirait des fillers, ces épisodes de séries fait pour remplir plus que pour faire avancer l’histoire.

    Ah, et tu ne parles pas de l’adaptation en série télé !

    • 2 mars 2010 15:16

      J’ignorais qu’il existe une série TV. Je serais assez curieuse de la voir, du coup…
      Quelqu’un l’a vu et pourrais en dire plus ?

      • Lien Rag permalink*
        2 mars 2010 15:45

        img src=caca.gif

        ^^

  2. 1 novembre 2014 15:19

    J’adore c’te série *0*
    Ouep, Kurdy c’est le meilleur 😀 ♥.

Trackbacks

  1. Walking Dead, Jericho, Dead Set : des (hors) séries « Culture's Pub

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