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La BD émouvante et dramatique : World Trade Angels par Fabrice Colin et Laurent Cilluffo

25 février 2010

Avez-vous déjà connu l’horreur ? Avez-vous déjà perdu un être cher ? Comment avez-vous accepté sa disparition ? Comment avez-vous surpassé votre chagrin ?

Bon nombre de New-Yorkais ont été concernés par ces questions, car ils ont été bouleversés face à l’horreur du 11 septembre 2001. Le choc émotionnel a persisté. Le chagrin, l’angoisse et l’épouvante, toute leur vie qui a défilé devant eux et les nombreuses victimes.

Qu’auriez-vous fait si vous aviez perdu votre père et votre fiancée enceinte ce jour là ?

Fabrice Colin et Laurent Cilluffo proposent une magnifique histoire dans World Trade Angels, un roman graphique exceptionnel.

Le dessin est assez particulier : géométrique, épuré, colorimétrie simple et froide. Les planches peuvent donc rebuter les lecteurs qui exigent une qualité graphique compliquée, mais World Trade Angels a un tout autre objectif : retranscrire les répercussions psychiques (traumatisme, vide intérieur, tristesse, frayeur) des attentats terroristes du 11 septembre 2001.

Stanley Middle est un jeune publicitaire New-Yorkais et sa fiancée, Marion, est une jeune écrivain qui attend un enfant de lui. Le 11 septembre, Marion, accompagnée du père de Stanley, rend visite à son éditeur. C’est dans les tours du World Trade Center que se situent les bureaux de la maison d’édition.

La fiancée et le père de Stanley n’échappent pas à la mort ce jour là.

Stanley est submergé d’affliction, il est totalement désemparé. Il plonge dans un état dépressif extrême, il ne sait plus où il en est, il n’a plus l’envie de vivre dans ce monde entièrement aberrant qui l’entoure. Ce traumatisme le fait sombrer dans la démence.

Pour essayer de supporter cette douleur, Stanley se réfugie dans son imaginaire en s’inventant une vie où le drame qu’il a subi n’a pas eu lieu. Il continue donc de vivre dans un monde d’illusions où son père et sa fiancée sont toujours en vie.

« À quel moment la nouvelle réalité avait-elle pris le pas sur l’ancienne ? » […] « Ma souffrance était devenue une seconde peau, je l’avais choisie, en quelque sorte. Elle me protégeait. » […] « Sauf que tu es encore ici, parmi les vivants […] mais tu ne peux rien rejouer, tu ne peux que regarder le passé. C’est comme au musée : interdiction de toucher aux objets exposés. »

Stanley a une liaison inattendue avec Sarah : il ne sait pas vraiment pourquoi il est avec elle, mais il a l’impression que sa présence lui est essentielle, comme si c’était un ange.

Mais qui est Sarah ? Une petite amie ? Une projection de son subconscient ? Un ange ? À vous de le découvrir…

Elle aide Stanley en réduisant sa dépression et en l’encourageant à reprendre goût à la vie.

Par la suite, on apprend que Stanley est enfermé dans une existence dont la vérité est évitée par son esprit, qu’il fait semblant, via son subconscient, de ne pas connaître les raisons de sa situation, auxquelles il doit se confronter pour se délivrer.

World Trade Angels est une œuvre magistrale qui aborde le sujet de la perte de l’autre, puis la perte de soi qui en résulte.
Une BD incontestablement bouleversante !

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4 commentaires leave one →
  1. Syracuse Cat permalink
    25 février 2010 10:23

    Cet article me fait penser à une autre œuvre particulièrement réussie sur le thème des conséquences psychiques et affectives du 11 Septembre,Netherland de Joseph O’Neil (disponible en français sous le même titre) : Hans est un homme d’affaire néerlandais qui vit à New York avec sa femme et son fils. Après l’effondrement des tours du World Trade Center, ils sont relogés au Chelsea Hotel (comme dans la chanson de Leonard Cohen), mais Rachel ne supporte plus cette vie ni cette ville. Traumatisé, désœuvré, perdu, Hans fait alors la connaissance de Chuck Ramkissoon et une étrange amitié se forme autour de leur passion commune pour le cricket, un sport de marginaux aux États-Unis.
    Netherland est un livre un peu étrange, mais d’une grande richesse, je vous le recommande vivement.

    • Raniver permalink
      25 février 2010 16:04

      Ce livre a l’air d’être captivant. Une question me taraude concernant le titre ^^
      Quelle est la signification de « Netherland » ?

  2. Lib permalink
    25 février 2010 16:10

    « nether » ça veut dire « parties basses »
    Netherland, je le traduirais pas ‘le pays d’en bas’, un truc comme ça (c’est de là que vient Netherlands, le nom anglais pour Pays-Bas.

    C’est un que j’ai pas réussi à finir, ça, non, mon chat de Syracuse préféré ?

  3. Syracuse Cat permalink
    25 février 2010 17:46

    En effet, Lib, tu n’as jamais pu le finir : c’est vrai que la construction est un peu… déroutante, le développement du texte suivant la voix et la mémoire du narrateur plus tôt qu’un fil chronologique précis.
    Le titre est un jeu de mot sur le pays d’origine du héros : aux Pays-Bas le livre s’appelle Laagland et pas Nederland, le bas pays plutôt que les Pays-Bas. Il y a dans ce titre l’idée d’une terre basse, plate, voire rasée… que l’on retrouve un peu dans l’expression « Ground Zero » même si les deux concepts ne se recouvrent pas tout à fait.

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