Skip to content

Un tramway… sans désir

19 février 2010

Dans sa nouvelle création, Warlikowski adapte la pièce mythique de Tennessee Williams, Un Tramway nommé Désir. Avec une nouvelle traduction de Wadji Mouawad, un décor fait de néons, de miroirs et de parois de verre et de vidéos, Warlikowski prend le parti de la modernité, au détriment de l’essence du texte.

Chassée de chez elle, Blanche DuBois débarque à la Nouvelle-Orléans pour habiter chez sa sœur Stella et son mari, Stanley Kowalski. Les circonstances qui ont poussé Blanche à quitter sa ville natale ne sont pas claires – et Blanche ne semble pas vouloir les éclaircir. L’appartement dans lequel vivent ces trois personnages est petit, étouffant. La chaleur et la promiscuité leur montent à la tête, poussent Blanche vers une folie déjà en germe, alors que Stanley ne dissimule pas sa haine. Les esprits s’échauffent, la tension gonfle dans la chambre crasseuse…

Cette chaleur d’où naît la sensualité, cette promiscuité destructrice, Warlikowski les a éliminées de sa mise en scène. Le plateau, immense, est d’une froideur glaciale – tout est blanc et noir, éclairé par la lumière crue des néons. Sous cet éclairage impitoyable, les comédiens sont blafards. De part et d’autre de l’espace immense, ils ne se touchent presque jamais, annulant cette sensation d’étouffement qui fonde leurs actes dans la pièce de Tennessee Williams.

Sur ce plateau qui n’en finit pas, les comédiens semblent perdus, effacés. Sauf Isabelle Huppert, autour de laquelle est pensée toute la mise en scène. Stanley (Andrzej Chyra) a perdu cette virilité sauvage qui le caractérise dans le texte original – si bien qu’on ne comprend pas le jeu de séduction malsaine qui se met en place entre lui et Blanche. Stella (Florence Thomassin) est d’une fadeur insondable : le personnage de Stella a bien plus de profondeur que cela. Tout tourne autour de Blanche, dont le paysage mental est représenté par des vidéos – Warlokowski a au moins compris la mégalomanie destructrice qui mène Blanche à sa perte.

Et pour mieux signifier cette longue descente aux Enfers, Wadji Mouawad a choisi de parsemer le texte de références diverses. De Platon à Coluche, de Sophocle à Claude Roy, ces allusions à d’autres textes ont sans doute pour but de donner plus de poids encore aux actes des personnages. Sauf que cela donne l’impression désagréable que les mots de Tennessee Williams ne suffisent pas. Cela est vrai dans cette mise en scène déshumanisée, privée de toute sensualité – mais cela n’est pas la faute de Williams.

Finalement, ce que je me suis dit en sortant du théâtre, c’est que c’est ce genre de pièce qui entretient un climat snob et élitiste autour du théâtre parisien – et qui pousse les publics à fuir les salles. Il est si difficile – voire impossible – de rentrer dans le délire créatif de Warlikowski que l’on s’ennuie ferme.

Une création pleine de trouvailles stylistiques, magistralement interprétée par Isabelle Huppert – au détriment du reste de la distribution – mais qui prive la pièce de Tennessee Williams de toute humanité, de toute chaleur humaine, de toute sensualité. Dans la mesure où ces trois éléments font le génie de Tennessee Williams, on ne peut s’empêcher de penser que Warlikowski a bien fait de renommer cette production : aucun désir dans ce Tramway.

Retrouvez cet article sur Artistik Rezo !

Petites infos pratiques…

Un Tramway
D’après Un Tramway nommé Désir de Tennessee Williams
Mise en scène de Kzrysztof Warlikowski
Texte français de Wadji Mouawad
Avec Isabelle Huppert, Andrzej Chyra, Yann Collette, Renate Jett, Cristiàn Soto

Jusqu’au 3 avril 2010
Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h, relâche le lundi
Durée : 2h45
Tarifs : de 12 à 32€
Tous les jeudis, tarif exceptionnel de 24€
Réservations au 01 44 85 40 40  / theatre-odeon.eu

Théâtre de l’Odéon
Place de l’Odéon
75006 Paris
Métro Odéon (lignes 4 et 10) / RER B Luxembourg

Publicités
6 commentaires leave one →
  1. Raniver permalink
    19 février 2010 10:14

    Krzysztof Warlikowski a juste mis comme titre « Un Tramway », et toi tu as complété son titre avec « sans désir » 😀
    Tu n’as donc pas applaudi à la fin du spectacle ?
    Pourquoi Krzysztof Warlikowski n’a pas repris le titre entier « Un tramway nommé Désir » ?

  2. Lib permalink
    19 février 2010 11:39

    C’est ça, il a changé le titre, et moi j’ai fait un jeu de mots de la mort qui tue :p Warlikowski a renommé son spectacle, je pense, pour marquer le fait que c’est une nouvelle création, dans une nouvelle traduction de Wadji Mouawad. Pour moi, c’est aussi, quelque part, une marque de snobisme.

    J’ai applaudi, j’applaudis TOUJOURS à la fin d’un spectacle : monter sur scène, pour les acteurs, c’est se mettre en danger, se mettre à nu. C’est aussi le fruit d’un long travail. Applaudir, pour moi, c’est reconnaître ce travail des comédiens. Après, j’applaudis avec plus ou moins d’enthousiasme…

  3. Syracuse Cat permalink
    19 février 2010 13:35

    Ouch, j’avais fait l’erreur stratégique de lire cet article sur Artisik Rezo (vendue !^^), du coup pas d’effet de surprise aujourd’hui. L’avantage de notre pub, c’est qu’ici je peux te dire tout le bien que je pense de ta prose 😀

  4. Lib permalink
    19 février 2010 15:12

    Enfin, j’ai rajouté un paragraphe, t’as pas remarqué ?

    • Syracuse Cat permalink
      19 février 2010 15:50

      Oups, j’ai reconnu le début et la fin, j’ai parcouru le reste un peu trop vite. Shame on me, je suis mortifiée^^

  5. Lib permalink
    19 février 2010 16:19

    Je viens de lire dans les réactions à la (très positive) critique de Libé que Warlikowski se servait de T. Williams au lieu de le servir. Très juste. Williams mérite mieux que ça.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :