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La cigale et les loups

15 février 2010

Jeudi, 19h20. L’ouverture des portes est à 19h, la première partie à 19h45. J’ai donc un peu de marge. Mais en arrivant devant la Cigale, c’est une file de 500m, immobile, qui me fait face. Arrivé en bout de queue, j’apprends que les Norvégiens d’Ulver que je viens voir ce soir et qui jouaient hier à Londres, ont été bloqués dans l’Eurostar. Ils ont du retard, mais ils ont traversé. Ils sont sur la route. Apparemment des rumeurs d’annulation ont couru pendant l’après-midi, mais le concert est maintenu. Reste à savoir à quelle heure …

Première partie: Void ov Voices

Finalement, c’est seulement avec une demi-heure de retard que commence la première partie. Le noir se fait, et un type monte seul sur scène, portant une capuche qui lui cache le visage. J’ai appris plus tard qu’il s’agissait d’Attila Csihar, chanteur de Mayhem, aussi appelé Void. Ce projet Void ov Voices n’a apparemment pour unique but que de faire les premières parties d’Ulver et de Sunn O))). Devant lui, un simple pupitre avec un micro et quelques appareils électroniques. Derrière lui, un grand écran diffusant juste une ligne lumineuse sur fond noir, faisant des aller-retours de haut en bas. On imagine que l’installation servira plus à Ulver. Le chanteur va nous livrer un set d’une petite demi-heure, composé de deux morceaux, dans lesquels, avec sa voix et son sampler, il va construire, par superposition de boucles, une atmosphère dense, tendue, noire mais pas oppressante. Plutôt propice à la méditation, je dirais. Le concept peut vite tourner en rond, mais la durée bien dosée de cette première partie ne lui laissera pas le temps. Au final, une bonne mise en bouche et, ce n’est malheureusement pas toujours le cas, un choix particulièrement à propos (dark ambient, background black metal… pas de doute, on est dans le ton de la soirée).

Deuxième partie: Ulver

Alors que je m’étais préparé psychologiquement à attendre indéfiniment l’arrivée de nos petits Norvégiens, vers 21h, montent quelques personnes sur scène. Pas d’introduction sonore, pas de jeu de lumières. Quelques applaudissements hésitants. Est-ce bien eux, ou vient-on nous annoncer une mauvaise nouvelle ? Non, ce sont bien les premières notes de « EOS » qui résonnent déjà dans ma tête. Mais une présentation s’impose d’abord. Ulver (« loups » en norvégien), est à l’origine un groupe de black metal mais qui, il y a quelques années, a pris un virage à 90 degrés pour aller vers une musique plus expérimentale, qu’on pourrait qualifier de dark ambient, d’électronica, d’avant-garde, que sais-je ? Un groupe bien difficile à définir en un mot. Alors qu’ils étaient uniquement un groupe de studio depuis leurs débuts il y a plus de 15 ans, il se sont mis à la scène en 2009. Et ce soir, les amis, n’est rien d’autre que la toute première date française de leur carrière.

Le concert démarre donc avec le magnifique « EOS » , ouverture de leur dernier album, le très atmosphérique Shadows of the Sun. On a droit à quelques beaux visuels (couchers de soleil, etc) pour agrémenter ce morceau très contemplatif. Puis vient le très Coilien « Let the children go » , souligné par des images à la National Geographic (on peut voir des zèbres aller s’abreuver, je me demandais ce que ça faisait là, mais quand arrive le rythme tribal, le morceau prend une autre ampleur, et les images se trouvent en parfaite adéquation avec la musique). Puis « Little Blue Bird », pour faire monter progressivement la sauce, et nous emmener vers le bien nommé « Rock Massif » , extrait de la BO de Svidd Neger. Là, fini de rigoler. Rythmiques indus, coups de gong, et visuel mêlant images de l’armée nazie, d’Hitler et ses potes, et de l’holocauste. « Does that make you uncomfortable? » , nous demande le chanteur pendant les quelques secondes de flottement entre la fin du morceau et les applaudissements. Le concert démarre très très fort, je ne souhaite plus qu’une chose à ce moment du concert, des morceaux issus de Blood Inside. Et, comme s’ils m’avaient entendu, voilà que démarre « For the Love of God » , suivi de près par « In the Red » . L’exécution des morceaux est millimétrée, le moindre sample présent sur l’album est là, parfois légèrement modifié (3 personnes aux machines quand même). Puis, une longue sonnerie de téléphone, le groupe attend, immobile, puis nous lâche un « Operator » en pleine figure. Pour le visuel, des images d’un type dans un bain de sang, qui se taille les veines avec une lame de rasoir.

Et là, changement d’ambiance. Le guitariste/bassiste s’installe au clavier. Si les morceaux jusqu’à maintenant étaient interprétés de façon assez énergique, là, on se pose. Le groupe commence alors « Funebre » , de Shadows of the Sun. La voix du chanteur se calme. Puis vient « Hallways of Always » (tiré du très électro urbain Perdition City), où Ulver prend des airs de Massive Attack. Plus du tout de visuel de zèbres ou de type se taillant les veines, maintenant ce sont des images psychédéliques, plutôt apaisantes. Petit interlude minimaliste avec « Silence Teaches You How to Sing » , et son image de danseuse de cabaret tournant en boucle, puis c’est reparti avec « Plates 16-17 » , très indus, avec par-dessus un chant scandé et mélancolique. Puis vient « Porn Piece of the Scars of Cold Kisses » , méconnaissable, dans une version plus musclée, plus indus aussi. Enfin, retour à l’ambiant avec « Like Music » , enchaîné avec le répétitif « Not Saved » , étiré à l’infini, une bien belle conclusion pour un concert qui semble ne pas vouloir finir.

Je regarde ma montre, environ 1h10 de concert. Pas de rappel. C’est court. Mais c’était dense. Le groupe a enchaîné presque sans pause les morceaux, a très peu parlé. Il nous a livré un magnifique concert, une belle interprétation d’une setlist parfaite, illustrant à merveille la carrière d’un groupe qui n’a jamais cédé à la facilité, et qui a su se renouveler et nous surprendre à chaque nouvel album. En plus de ça, les visuels donnaient vraiment une dimension supplémentaire aux morceaux et étaient bien adaptés, même s’ils ne correspondent pas toujours aux images qu’on a dans la tête en écoutant les albums. Je précise quand même que les fans de la première heure, de leur période black metal, ont dû être très déçus, puisqu’elle n’était pas du tout représentée. Pour les autres comme moi, le concert était juste magique, d’ailleurs il est passé depuis plusieurs jours déjà, et j’ai encore du mal à écouter autre chose, signe caractéristique des grosses claques dans la gueule. Avis aux amateurs, ils seront au Hellfest en juin.

Pour ceux qui ne connaissent pas, je recommande vivement l’écoute de l’album qui est pour moi leur chef-d’oeuvre, Blood Inside, où ils ont su combiner à merveille l’électro/ambient des derniers albums avec un léger arrière-goût du black metal de leurs débuts. Mais comme je l’ai dit, leurs albums se suivent et ne se ressemblent pas, donc le mieux que je puisse vous conseiller, c’est de vous pencher sur leur discographie. Allez, un clip :

Vous voulez du myspace ? Ca tombe bien, Ulver a plusieurs pages : pour la période plus récente (ici) et pour la période black metal ( et ).

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8 commentaires leave one →
  1. playne permalink
    15 février 2010 11:46

    Ofboir, Ofboir mon ami, tu ne pouvais pas nous (me) faire plus plaisir avec cet article rondement bien mené !
    Je suis verte d’avoir loupé ça, mais on s’y croirait, tu nous plonge dans l’ambiance du concert (qui a dû être mémorable tiens …).
    Une petite setlist pour nous rendre plus colorés qu’une grenouille ?

    • Ofboir permalink
      16 février 2010 19:09

      Ben la setlist est dans l’article, mais si tu en veux une sans tout le texte autour, elle est sur setlist.fm. Par contre je ne suis pas trop sûr de mon coup pour l’ordre des morceaux …

  2. Drixé permalink
    16 février 2010 23:05

    Concert fabuleux pour ma part. Il vient se placer juste derrière mon tout meilleur concert qu’est le dernier de Tool au Zénith.
    Déjà, le cadre, La Cigale. On s’assoit, on contemple la salle, puis la scène, puis l’écran géant dans le fond, et là on se rend compte que ça va vraiment le faire et coller à la zik du groupe.
    Le show commence, le son est un peu brouillon au début, Garm ajuste un peu sa voix, mais rien de bien méchant. On est aspiré dès les premières minutes par les images projetées sur la toile et les néons changeant de couleur, la synchro est parfaite avec la musique, on a l’impression d’assister à un spectacle son et lumière.
    Rien à ajouter sur la setlist, quasiment tous les titres significatifs de leur discographie très variée y passent (quasiment hein, si ils m’avaient écouté, ils auraient joué 4h). Le show donne des frissons, les larmes aux yeux, choque, c’est mission accomplie quand un groupe arrive à faire passer tout ça grâce à sa musique et sa prestation. Et ce final Like Music/Not Saved messieurs dames ! J’ai entendu dire que certains l’avaient trouvé barbant et long, ben moi, il m’a littéralement cloué dans mon siège par sa simplicité et l’émotion qui s’en dégageait.
    S’ensuit une standing ovation bien méritée pour nos Norvégiens préférés. On les a senti contents et émus de nous avoir offert ce concert magique. Du coup, on oublie l’envie d’un rappel et la courte durée du set.
    On sort de la salle avec le sourire, en poussant un soupir de soulagement, et en se repassant le concert dans la tête. On est juste bien, et comme dirait Jean Claude Vandamme : « et ça c’est beau ».
    Pour info, j’ai tenté l’enregistrement du concert avec le dictaphone de mon téléphone, et ma foi le son est potable. S’il y a des intéressé(e)s…

    • Ofboir permalink
      17 février 2010 21:44

      Bien d’accord avec toi Drixé ! A propos de Not Saved, si j’ai utilisé l’adjectif répétitif, dans ma bouche ce n’est pas nécessairement négatif (du moins en musique), j’ai même envie de dire au contraire. Et si tu as des extraits avec un son potable, oui je suis preneur.

      • Drixé permalink
        18 février 2010 16:40

        Ah mais je ne te visais pas du tout quand je parlais des gens qui avaient été lassés par la fin du concert. Je me suis basé sur ce que j’ai entendu autour de moi dans la salle, et en sortant du concert, idem sur quelques reports et commentaires 😉
        Pour le son, ça se passe ici : http://dl.free.fr/pjEhX8s0u

      • Ofboir permalink
        18 février 2010 19:58

        Oui oui j’avais compris, mais ça m’a fait réaliser que l’adjectif que j’ai utilisé pouvait être perçu comme négatif par pas mal de gens 🙂
        Et merci pour l’enregistrement ! Je télécharge et j’écoute ça.

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