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La BD de l’affliction : Jimmy Corrigan par Chris Ware

11 février 2010

Dans la vie, il y a des gens qui, comme moi, côtoient le désespoir quotidiennement en étant rongé par une existence insignifiante, et en se demandant quel est le sens de leur vie. Il peut arriver parfois qu’une lueur d’espoir vienne nous redonner la sensation de redevenir l’enfant candide et courageux que nous étions, mais hélas la sinistre réalité nous rappelle que les années ont coulé et que nous sommes à l’âge adulte. Les événements malheureux se multiplient : par exemple apprendre de son ou sa bien-aimé(e) que nous n’étions pas en fin de compte l’homme ou la femme de sa vie qu’il ou elle rêvait : il ou elle nous demande de rompre et de cesser de le ou la voir afin de sortir de sa vie. Ou par exemple apprendre qu’un proche de sa famille, à qui nous témoignons l’amour le plus sincère, qui nous a toujours soutenu, aidé et remonté le moral en formulant modestement les bons mots et qui pouvait rendre la vie acceptable, n’a plus que les quelques jours du crépuscule de sa vie. Ou encore apprendre qu’un ami, jadis magnanime et bienveillant, s’est métamorphosé amèrement en une personne infâme et immorale qui ne sait même plus qui l’on est.

Il y a donc des gens qui, comme moi, ont été pétrifiés par la conscience atroce d’une vie tourmentée, les rêves évincés de notre enfance, les amis perdus, les rencontres ratées, les idylles rompues, et personne ne nous aide à mettre un terme à notre calvaire, à trouver une issue, afin que notre souffrance cesse.

C’est dans ce contexte de vie déprimante enrobée de tristesse intense, où le désespoir règne, que Chris Ware, auteur de bande dessinée américain, relate dans son roman graphique la destinée de Jimmy Corrigan.

Jimmy Corrigan est un homme profondément solitaire et extrêmement timide, dont la mère est très possessive.
Jimmy a un travail sédentaire inintéressant, et vit principalement dans ses idéaux illusoires pour échapper à la sinistre réalité qui l’environne.
Puis un jour, une lettre complètement inopinée lui parvient, c’est son père qui la lui adresse, mais Jimmy ne l’a jamais connu.
Jimmy et sa mère ont étés abandonnés par ce père, qui souhaite faire sa connaissance en lui proposant de le rencontrer pour la première fois. Un véritable choc pour Jimmy, il est déconcerté et apeuré. Il décide de partir retrouver son père pour le connaître.
Jimmy fera également la rencontre de son grand-père, ainsi que de sa sœur.

Nombreux sont ceux qui, dans les moments difficiles, sont en quête d’une compensation qualitative pour dissimuler leur malheur ou se réconforter. Les choix mis à notre disposition sont divers : cinéma, télévision, gastronomie, espérant ainsi découvrir quelque chose qui stimule, ou qui donne un scénario partageant notre dépression, soit par des événements, soit par la philosophie. Cependant, dans l’art, la retranscription de l’empathie est en règle générale très difficile. De plus, pleurer sur son sort à cause de nos périodes douloureuses n’est pas la solution car normalement la chance devrait tourner, et si ce n’est pas le cas il existera toujours une alternative radicale au suicide.

En lisant Jimmy Corrigan, on s’égare dans l’inconscient sexuel et familial du personnage. Les relations humaines sont décrites avec subtilité et dureté dans le chef-d’œuvre Jimmy Corrigan : la représentation de l’absence d’amour d’un fils s’y reproduit de manière bouleversante. En outre, le manque d’affection multidirectionnelle détériore les hommes, ils sont détruits et caricaturés en robots abîmés soutenus par une béquille, comme dans les songes de Jimmy.

En tout état de cause, la plupart des lecteurs est sûrement constituée de gens pour qui le chagrin n’est qu’une chimère, puisqu’ils sont entreprenants, séduisants et sexuellement épanouis. Ils s’attendent donc à découvrir quelque chose qui les stimule légèrement ou les divertit provisoirement, revalorise leur ego, en se rassurant d’avoir une vie excellente, puisque la bande dessinée Jimmy Corrigan ne contient aucun espoir et ne manifeste rien d’autre que les sentiments les plus tristes et les plus illusoires.

C’est pourquoi, si vous êtes comme moi un malchanceux dépressif, alors vous vous identifierez facilement à Jimmy Corrigan.

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10 commentaires leave one →
  1. Lien Rag permalink*
    11 février 2010 09:24

    Dis-donc, ton article comme cette BD ont l’air de nager dans la plus profonde allégresse :-/ Moi j’ai une playlist Saez/Radiohead/Aaron pour ces cas là.

    C’est assez étonnant, cette BD, dans le style on dirait de la BD américaine des années 50, alors que ça date des années 90. En tous cas ça a été pas mal récompensé.

  2. Syracuse Cat permalink
    11 février 2010 10:16

    Pour être passée moi-même (et récemment) par des périodes de dépression assez intense, je comprends assez bien de quoi tu parles : je considère que le bonheur n’est pas un devoir et qu’on a droit au chagrin. Mais c’est comme tout, dans la vie : point trop n’en faut (en ce moment, je vais bien, youpi !). Je te recommande donc vivement un régime à base de chocolat, qui aide naturellement à produire de la sérotonine (si ça s’écrit comme ça), particulièrement bénéfique quand il fait moche et froid, et que la nuit tombe vite.
    Ma chanson fétiche dans ces moments là, c’est « The Future », de Leonard Cohen, surtout dans la version de Teddy Thompson (si ça t’intéresse, elle se trouve dans mon article « Show me slowly… » et ici) : de quoi remplacer l’abattement par la colère, et parfois ça fait du bien.

    De tous tes articles, celui-ci est de loin mon préféré : c’est sans doute le plus personnel, le plus juste. Sincère, voilà le mot que je cherche. Et tu m’as complètement convaincue : j’ai la ferme intention de me mettre en quête des aventures de Jimmy Corrigan dès que possible.

    • Raniver permalink
      12 février 2010 06:24

      Je n’ai pas besoin d’être déprimé pour manger du chocolat 😀
      Les chansons peuvent donc remonter le moral ?

      • Syracuse Cat permalink
        12 février 2010 10:10

        Oh, absolument. Enfin, ça dépend lesquelles bien sûr. Mais la musique ne fait pas qu’adoucir les mœurs.

        Grande question : chocolat noir ou chocolat au lait ? Attention à ta réponse, on ne plaisante pas avec ces choses-là.

        Sinon, Jimmy Corrigan est à la médiathèque à côté de chez moi, avec un peu de chance il sera même disponible quand j’aurais le temps d’y passer… c’est-à-dire, euh… un jour, quoi.^^

      • Raniver permalink
        12 février 2010 11:05

        je préfère le chocolat noir pour le goût. J’aime pas trop le chocolat au lait.
        Le chocolat au lait est moins riche en cacao et apporte les oligo-éléments du lait, mais pour ça il y a les produits laitiers aussi 😉
        Faut-il préférentiellement déguster du chocolat noir ou du chocolat au lait ?

      • Syracuse Cat permalink
        12 février 2010 11:37

        Bonne réponse, Raniver. Le chocolat noir, c’est bien meilleur, nous sommes d’accord. Le cacao, c’est plein de magnésium, aussi. Il paraît.

      • Raniver permalink
        12 février 2010 12:59

        Et pour en revenir à la sérotonine dont tu as précédemment parlé, en effet quand on déprime, l’organisme abaisse la quantité de sérotonine, qui est un neurotransmetteur.
        Étant donné que le chocolat en contient, le fait d’en manger va rétablir l’équilibre de notre dosage en sérotonine.
        C’est pourquoi d’une manière générale, votre chocolatier ne vous abandonnera jamais dans vos moments de dépression 😀

      • Lib permalink
        12 février 2010 13:09

        DU CHOCOLAT NOIR.
        Je ne tolérerai aucun désaccord sur la question.

  3. Lib permalink
    11 février 2010 13:44

    Moi aussi je crois que de tous tes articles, c’est celui que je préfère ! Merci !

  4. DeD permalink
    13 février 2010 13:28

    Et Portishead ? Ca influe aussi sur le taux de sérotonine ? Il devient négatif, alors ?

    Moi, contre la dépression, je conseille les disques durs et les oeufs de truite. Ce n’est pas (encore) scientifiquement prouvé, mais c’est d’une efficacité impressionnante.

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