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Capitaine Nobody

6 février 2010

Mr. Nobody

2092. La Terre a manifestement résisté à 2012, qui l’eut cru. Elle a même fait mieux : au fil des progrès de la science, des cellules souches de cochon permettent aux cellules de chaque être humain de se renouveler à l’infini, offrant à l’humanité ce dont elle rêvait, l’immortalité. Dans ce monde aseptisé sans mort, sans sexe, sans risque et sans amour, un seul homme se rappelle quelle était la Terre avant. Il a 118 ans et s’appelle Nemo Nobody. En remontant dans ses souvenirs, il va faire ressurgir tous les possibles que sa vie a comportés, à la rencontre d’un univers entier de sentiments, de passions et de doutes, cet univers que l’immortalité et l’indifférence a laissé au porte-manteau.

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Mr. Nobody
est un film du réalisateur belge Jaco Van Dormael, servi par la BO intelligente de son frère Pierre, décédé l’an dernier – une pensée pour un excellent compositeur qui a accompagné tous les films de son frère.
L’intrigue tourne autour d’un choix impossible auquel est confronté un enfant de neuf ans : suite au divorce de ses parents, il doit au dernier moment sur un quai de gare décider de rester avec son père en Angleterre, ou de suivre sa mère aux Etats-Unis. La main de chacun de ses parents dans une main, l’enfant laisse son regard aller de l’un à l’autre, et le choix se refuse à lui, il ne veut écarter aucune des deux possiblités.

Nemo Nobody à 118 ans

Agée de 118 ans, la mémoire de Nemo subit les stigmates de ce traumatisme en y portant le jugement de Salomon : s’il est impossible de choisir entre deux options, alors les deux sont vraies, les deux ont eu lieu, les deux ont été vécues.
Au fil d’une hypnose instillée par un médecin inquiétant et de questions posées par un paparazzi entre cynisme et terreur religieuse, dans un monde futuriste faux et inquiétant, Jared Leto vieilli artificiellement revient sur ses vies parallèles, les amours et les drames qui les ont parcourues, sans jamais que l’on sache laquelle était la bonne, laquelle est réelle : toutes le sont.

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Ce pitch offre au film des possibilités presque infinies, à l’égal des possibilités offertes à un homme à qui il serait permis de vivre toutes ses vies. Le travail de Jaco Van Dormael parvient à articuler cet univers gigantesque de manière presque cohérente, et en tire un film onirique et pourtant terriblement matériel, servi par un jeu d’acteur remarquable – mention spéciale à Diane Kruger, qui est bien plus qu’une jolie femme.
Aussi différents que les trois épouses de Nemo, Van Dormael allie des éléments épars, des notions de science, des passages déjantés qui dépassent allègrement la limite du kitsch, des scènes d’humanité qui mettent un coup dans l’estomac.

Diane Kruger et Jared Leto

Ces ambiances très différentes sont la raison du défaut principal du film, certaines scènes poussent trop loin le kitsch et Jared Leto a une crédibilité très réduite en vieillard, d’autres ne vont presque pas assez au bout de leur logique et à force d’osciller entre le crédible et l’exagéré, ne peuvent tout à fait fonctionner ni pour l’un ni pour l’autre.
Mais le film garde malgré ces quelques aspérités une réelle puissance, en premier lieu pour l’intensité des situations auxquelles il confronte les personnages : toutes les émotions sonnent vrai, ce qui les rend d’autant plus signifiantes, placées face au surréalisme galopant du pitch.
Ensuite et surtout, le tissu de possibles qu’il développe, les droits à l’hésitation, l’enchevêtrement de mondes oniriques, scientifiques, irréels, matériels, cinématographiques, pose la question de qui est l’imaginaire, qui est l’inventeur, qui est l’imaginé. Est-ce le vieillard qui refuse à l’orée de la mort de sédimenter sa vie en lui donnant une trame unique et s’enferre dans une fuite illusoire du temps ? Est-ce l’enfant sur le quai de la gare qui contemple durant les quelques secondes de son impossible choix les futurs qui lui sont réservés et met sa vie entière dans la balance ? Est-ce l’acteur qui tient à bout de bras son script dans telle scène et crée un monde fragmentaire et illusoire dont en fait aucun possible n’existe ?

***
*

Entre questions d’analyse cinématographique et puissance d’une imagination qui transporte le spectateur du sourire à la nausée aux larmes, Mr. Nobody est un film complexe et complet, issu d’un cinéma qui prend la parole parce qu’il exprime un regard neuf, et non pas parce qu’il raconte à l’infini la même histoire. Version plus noire, plus inquiétante et plus percutante du déjà excellent Eternal Sunshine of the Spotless Mind, c’est un must see de ce début d’année, et l’outsider le plus prometteur pour le classement de meilleur film 2010. To be continued…

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7 commentaires leave one →
  1. Ofboir permalink
    10 février 2010 16:29

    C’est vrai que le film est très sympa, avec beaucoup de scènes un peu stranges visuellement très réussies, d’autres marrantes (la scène de Nemo gamin à la piscine, très très drôle). J’ai moi aussi tout de suite pensé à Eternal sunshine of the spotless mind (tellement que je pensais que c’était le même réalisateur), ce qui est plutôt une bonne chose. On ne s’ennuit pas et on passe même un bon moment.

    Mais (car pour moi il y a un mais) j’ai trouvé que ces différentes histoires parallèles, où l’on ne sait pas laquelle est vraie, est une fausse bonne idée, car le film hésite entre ce flou artistique et une envie de nous dire quelle histoire est la bonne (le film se finit quand même sur un vrai dénouement pour une seule des histoires, qui du coup nous fait penser que c’est celle-là la bonne, je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler). En plus de ça, j’ai trouvé que le discours pseudo-philosophique, à la hauteur d’un Matrix 2, était clairement de trop.

  2. Lib permalink
    10 février 2010 16:42

    Il existe déjà un film sur ce thème-là, non ? Avec Gwyneth Paltrow et John Hannah : que serait-il arrivé si elle avait loupé son métro ? Je ne me rappelle plus le titre, c’est balot…

    • Lien Rag permalink*
      10 février 2010 17:07

      Heu, pas sûr que ce soit le même niveau (un peu girly à mon gout ^^). Mais oui c’est le même principe.

      Mais sinon ya pas mal de films sur le thème des choix et des conséquences, dont l’effet papillon, où la moitié du film consiste à changer le passé pour éviter un destin de merde pour la fille.

      • Ofboir permalink
        10 février 2010 17:17

        Oui mais voilà, comme tu le dis, si l’idée paraît au départ originale, ça en revient un peu toujours au même : on balance des histoires différentes, jusqu’à ce que ça se finisse bien. Il y a aussi Lola rennt, qui n’échappe pas à la règle.

      • Lien Rag permalink*
        11 février 2010 09:48

        La première fin de l’effet papillon (celle qui a été censurée et remise dans la director’s cut) est justement géniale.

        ATTENTION ça va spoiler :
        L’effet papillon : le mec peut remonter dans le passé en voyant des films, des photos, etc. Mais quoi qu’il fasse il pourrit la vie de la fille qu’il aime, donc il essaie de remonter toujours plus loin pour changer « la branche des possibles ».
        spoil
        Fin de la version normale : le héros voit un film de son anniversaire, où il rencontre la fille. Il est odieux avec elle, résultat elle voudra jamais le revoir et aura une belle vie.
        spoil
        Fin de la director’s cut : le héros voit le film de son échographie. Il s’étrangle alors avec son propre cordon ombilical, pour ne pas rencontrer la fille et qu’elle ait une belle vie ^^. Enjoy !
        /spoil

    • Syracuse Cat permalink
      10 février 2010 22:00

      @ Lib : Pile ou Face ou quelque chose ça, non ?

      • Lib permalink
        11 février 2010 15:57

        Je crois, oui. Je me rappelle que John Hannah parle de l’Inquisition espagnole, mais pas de grand chose d’autre, en fait.

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