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… vs. Les Tudors

18 janvier 2010

Jonathan Rhys Meyers et Natalie Dormeur (haha) assoupis suite au visionnage d'un épisode des Tudors

J’ai parlé la semaine dernière de l’excellente série historique : Rome. Il est évident que, par comparaison, je voulais démonter regarder de plus près le blockbuster historique : Les Tudors.

Vous connaissez tous l’adage : Une tumeur, et hop, tu meurs. La superbe série de Michael Hirst (retenez ce nom, j’y reviens la semaine prochaine) m’en a inspiré un autre : Un tudor, et hop, tu dors !

Cette série existe depuis 2007, sa 4e (et dernière) saison est en cours de tournage, tout va bien pour elle. Pourtant, il est possible que mon avis ait transparu dans l’introduction : qu’est-ce qu’on s’ennuie devant ! La série veut retracer la dynastie des Tudors, soit la famille régnant en Angleterre au XVIe siècle (François 1er et ses enfants en France). Historiquement, cette époque prend place après une période de guerre civile, et ses grands représentants sont Henri VIII, celui qui réforma l’église pour pouvoir divorcer (dit-on pour simplifier) et eût six femmes, et Élisabeth, la reine vierge, qui amena l’âge d’or en Angleterre, époque de Shakespeare notamment.
Quand je dis que la série veut, il faut comprendre qu’elle prétend. La série commence en 1518, éclipsant donc Henri VII – le premier Tudor à avoir la couronne – les mésaventures du frère ainé d’Henri VIII, et les 9 premières années de règne de celui-ci. La fin de la saison 4, actuellement en tournage, devrait voir la mort d’Henri VIII. Et sera la dernière de la série, on éclipse donc ses trois enfants qui régnèrent successivement sur le trône. On voit qu’en fait de Tudors, la série est finalement très centrée sur celui qui inspira Barbe-bleue.

Tu es un homme ? Viens voir ma série, elle est super sexy… Tu es une femme? Viens voir ma série, elle est super sexy…

Quatre saisons pour un seul homme,  il faut en avoir des choses à raconter. Or, et c’est là que le bât blesse : Michael Hirst n’est pas Vivaldi ! C’est le plus gros problème de la série : elle est lente, molle, et largement trop diluée. Par exemple, la saison 1 ne sert à rien ! Les évènements, personnages, et situations, sont au début de la saison 2 dans le même état qu’au début de la série, à trois _nuances_ près. Sincèrement, commencez à la saison 2, qui a deux très bons épisodes (le troisième et l’avant-dernier) – le reste de la saison est d’autant plus plat. La saison 3, sans être beaucoup plus vivante (on passe quand même quatre épisodes à chercher une reine) voit deux mariages et un enterrement, c’est quand même 50% de bonus par rapport aux autres saisons.
Les personnages n’ont pas des comportements rationnels, ce qui nuit à la crédibilité de la série. Henri VIII est une girouette autoritaire, le pape est un mou qui hésite, l’Espagne est inexistante, François 1er dit toujours oui et fait toujours le contraire, quant aux conseillers du roi, parfois en grâce parfois en disgrâce, sans raison apparente, ils ont tous un objectif secret mais on n’en saura jamais rien !

Celui qui a la classe n'est pas celui qu'on croit...

Hirst a été critiqué pour les adaptations qu’il a faites dans son script. Personnellement, ça ne me choque pas, il est évident qu’il faut simplifier un peu l’Histoire et réduire le nombre de protagonistes. Le parti-pris de Hirst par contre me dérange plus. En effet, Henri VIII est _toujours_ une victime, forcée de prendre ces décisions, parce que ses ennemis l’ont attaqué ou ses amis l’ont manipulé. Lui, au fond, c’était un grand gentil. À plusieurs moment, en comparant la série à une encyclopédie, on se rend compte que là où les historien ne sont pas d’accord, ou disent qu’ils ne savent pas, Hirst tranche. Voire il invente des intrigues ou des trahisons. C’est sans doute son rôle, mais il touche à l’Histoire, et comme sa série est plus facile d’accès que le livre d’un historien, c’est un petit peu dangereux. Pour faire un parallèle, imaginez qu’on adapte un peu l’Histoire, et qu’on fasse passer certains hommes politiques autrichiens du début du XXe siècle pour de gentilles victimes manipulées, ça aura du mal à passer. Gling, point Godwin 🙂 .

Au niveau visuel, les costumes et les intérieurs sont beaux ; les extérieurs, par contre, sont très décevants. Trois vraies façades de châteaux pour situer les scènes, c’est un peu léger. Les « rues » de Londres sont symbolisée par un simple couloir en T dont on peine à croire que c’est en extérieur. Vu le nombre de scènes qui s’y passent, c’est plus que ridicule, c’est affligeant. Enfin, le reste des vues sont faites en images de synthèse assez laides, qui ne font absolument pas illusion. Ceci dit elles me rappellent Settlers II donc ça fait des bons souvenirs.

La ressemblance est frappante...

Enfin, les acteurs jouent honnêtement. Choisir Jonathan Rhys Meyers pour jouer Henri « Double-menton » VIII, je trouve ça un peu abusif mais bon… Pour attirer le chalans, les actrices sont très plantureuses, et les scènes de sexe sont légions (le générique à lui seul pourrait passer sur M6 le dimanche soir), et souvent sans rapport avec l’histoire. Exemple : Thomas Wyatt va se taper la dame de compagnie de la reine Catherine ; ajout à l’histoire : nada, parce qu’à part leur scène d’adieu trois épisodes plus tard on n’en reparlera pas.
Et ce cas est symptomatique de toute la série. 52 minutes ça faisait surement « sérieux » alors il a fallu diluer. A côté des personnages qui apparaissent ou disparaissent au gré des saisons (Le duc de Norfolk qui déco, Sir Francis Bryan qui pop, etc), certains personnages mènent leur petite vie sans intérêt et n’ont aucune interaction avec l’histoire. On guette, notant ce qu’ils disent ou font en imaginant quelle va en être l’incidence dans l’histoire, et finalement rien.  L’exemple ultime est Thomas Tallis, le compositeur à l’air niais de la saison 1. Il débarque de nulle part, parle avec tout le monde _une_ fois, couche avec un mec, couche avec une fille qui meurt, se marie avec sa sœur, fin. Passionnant !

Sans être foncièrement mauvaise, cette série aurait gagné à avoir des épisodes de 40 minutes. Heureusement, chaque saison fait 10 épisodes, sans quoi ce serait un supplice. Une histoire pas palpitante et trop diluée, dont on se demande parfois où elle veut en venir, des personnages dont les réactions souvent imprévisibles et irrationnelles sont peu crédibles, des acteurs sympathiques mais pas transcendants, des images agréables mais inégales… Toute cette série est à l’image de la mention qu’elle mérite : passable.

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18 commentaires leave one →
  1. Syracuse Cat permalink
    18 janvier 2010 01:05

    Et bien moi, j’ai bien aimé. C’est sûr, ça n’a pas la saveur vitriolée de Rome, mais enfin, c’est quand même bien, et puis je me suis rendue compte que je ne connaissais rien à cette période de l’histoire anglaise, et ça m’a donné envie de me renseigner (ce que j’ai fait, Wikiedia est mon amie). C’est donc une série qui m’a rendue un petit peu moins bête, c’est toujours un bon point.
    Que l’auteur prenne des libertés avec l’histoire, à la télé, franchement, qui ne le fait pas ? Et sur certains points, ça reste assez juste, notamment les raisons de son premier divorce.
    Après je suis d’accord, pourquoi ce titre ? C’est vrai que c’est quand même un peu plus glamour que « Henri VIII, sa vie, son œuvre, ses 6 femmes et ses maîtresses », mais c’est pour le moins mensonger… En plus, je suis d’accord, Henri VIII est insupportable (en plus, en ce qui me concerne, la plastique de Jonathan Rhys Meyers, bof, quoi, pas mon type, et les autres ne sont pas tellement mieux). Cela dit, justement, un protagoniste impiffrable présente souvent l’occasion de développer des personnages secondaires ou tertiaires (qu’un public plus versé en histoire anglaise attend peut-être, qu’est-ce que j’en sais ?) et ça ne m’a pas dérangée. J’ai trouvé que globalement, les motivations des personnages n’étaient pas si mal amenées, même si le tout est parfois un peu rapide. En revanche, je suis d’accord, dans la saison 3 il ne se passe vraiment pas grand-chose…
    Bon, en fait, tout ça pour dire, que je vois ce que tu veux dire, mais je te trouve un peu sévère : je reconnais que je suis quand même assez bon public.

  2. 18 janvier 2010 09:14

    « Péplum versus soap opera », c’est aussi l’avis de vos collègues de Télérama :
    http://television.telerama.fr/television/cesar-plus-fort-qu-henri-viii,38599.php

  3. Makuchu permalink
    18 janvier 2010 18:13

    Effectivement, l’article de Télérama reprends le même avis …
    Concernant les Tudors, (que j’ai regardé en fond d’écran, et en passant quelques passages, surtout à partir de la 3e saison), la série aura eu au moins le mérite de m’avoir lancée sur wikipédia, comme Syracuse… J’ai été sensible au destin d’Anne Boylen (même si elle est pas franchement sympathique dans cette version). Et si Henri VIII a inspiré « Barbe-bleue », il a dû aussi inspirer Shéhérazade avec sa manie de décapiter ses femmes et de pondre des lois mettant à mort les filles arrivées non vierges au mariage. (D’ailleurs qui à eu la riche idée de rendre la virginité féminine vérifiable ?)

    • Lien Rag permalink*
      19 janvier 2010 08:25

      Déjà au moyen âge il existait des moyens de « reconstruire » la virginité d’une femme. C’est sans doute la première chose qu’elles ont faites après que ces messieurs aient décidés de s’attacher à la présence de cette membrane.
      Comme quoi, les mesures et contremesures des pirates et des autorités ne datent pas d’hier 🙂

      • Raniver permalink
        19 janvier 2010 09:09

        Au moyen âge il y avait déjà l’hymenoplastie ?

      • Lien Rag permalink*
        19 janvier 2010 12:42

        Pas de manière comparable à la chirurgie moderne, mais oui, il y avait des moyens de faire des fakes.
        De même que les égyptiens avaient déjà des préservatifs, faits en boyaux de porc, ce qui n’était pas beaucoup moins glamour que les préservatifs modernes 🙂

  4. Iwayado permalink
    18 janvier 2010 20:51

    Je suis à la fois d’accord et pas d’accord:
    – d’accord pour l’abondance des scènes de sexe, qui donnent à la série une ambiance un peu racoleuse et qui sont parfois… chiante à mourir, quand elles n’ont pas de rapport avec l’intrigue principale.
    – d’accord aussi pour avoir représenté Henri VIII avec JR Meyer, qui est, disons, dix fois plus beau que l’original.

    En revanche, je ne suis pas d’accord sur le parti pris (mais je n ‘en suis qu’au milieu de la saison 3): il semble qu’au cours des saisons, le personnage d’Henri VIII est de moins en moins « gentil », de plus en plus barge et mythomane. Particulièrement dans le début de la saison 3 (j’en dis pas plus pour éviter les spoilers), il apparait vraiment pas sur son meilleur jour : en tout cas, c’est mon avis de spectatrice^^
    Et puis pour finir, Tudors, si on devait faire le règne de H VIII, Marie et Elisabeth, il faudrait bien 15 saisons, à peu près (surtout, effectivement, que le rythme est pas toujours très entrainant) : la vie d’Henri VIII, de ses femmes, de la rupture avec le catholicisme, tout ça suffit à faire bien 4 saisons.

    • Lien Rag permalink*
      19 janvier 2010 08:45

      SPOIL FIN SAISON 3

      Fin de la saison 3, Cromwell finit par se faire décapiter.
      -Charles Brandon intrigait depuis longtemps pour le faire tomber
      -Henri VIII venait d’assurer son amour à Cromwell
      -CB a prétendu que les Français voulaient bien négocier, à condition de faire tomber Cromwell

      Je crois qu’une fois de plus c’est le pauvre H8 qui est la victime de ses amis, tandis que lui est forcé de prendre ses décisions. D’ailleurs, à la fois pendant le procès par contumace de Cromwell et quand H8 lit sa lettre, on ne voit pas le roi, et il ne dit rien. On ne sait donc pas s’il est désolé, s’il sacrifie sciemment Cromwell, ou s’il n’en a juste rien a foutre.
      Finalement la seule question intéressante (ce que sait/pense le roi) est -une fois de plus- laissée sans réponse.

      Autre exemple : la seule fois où H8 prend une décision, c’est pour refuser Anne de Clèves. Sauf qu’il le fait parce qu’elle est complètement coincée en sa présence et qu’il n’aime pas ça. OR juste avant, Charles Brandon a un tête-à-tête avec la (futur) reine et après un petit dialogue où il sous-entend que le roi est insupportable, il lui demande « mais que vous a-t-on réellement dit sur le roi », et la scène se finit sur CB qui va vraisemblablement faire passer H8 pour un monstre (dans le but de faire tomber Cromwell, là encore une bombe historique inventée par Hirst), ce qui est confirmé lorsque de Clève demande au roi « vous allez me tuer moi aussi si je ne vous donne pas un fils? ».
      Donc CERTES H8 répudie de Clèves, mais c’est parce que elle est toute intimidée à cause des manigances de ses amis. H8 est encore la victime, CQFD. D’ailleurs dans sa grande bonté, H8 va a plusieurs reprise tenter de faire touche-pipi-mélange-poil avec de Clèves, mais c’est ELLE la vilaine qui ne fait pas d’effort…

      FIN SPOIL

      Donc même fin saison 3, H8 est une pauvre marionnette qui mérite notre compassion. En privé il est caractériel, mais ses décisions, franchement c’est pas de sa faute…

      Pour moi, cette série est une suite d’évènements sans liens ni logique les uns avec les autres.

      • Iwayado permalink
        19 janvier 2010 10:31

        SPOIL saisons 2 et 3

        Pas d’accord :p
        Le sacrifice de Cromwell comme le sacrifice de T.More avant, le fait passer pour un lunatique et pour un cruel : pas une super image de la royauté quand même! Ensuite, là où il y a un certain manichéisme, c’est dans la présentation Cromwell = méchant et CB = gentil, je te l’accorde.

        Pour le reste: la mort d’Ann Boleyn, ses problèmes avec Anne de Clèves, tout ça est du à un caractère grincheux et dangereux. Sincèrement, je trouve qu’il passe quand même pas mal pour le salaud, à changer d’avis tout le temps et à mentir. Pareil pour la révolte, quand il fait des promesses qu’il ne veut pas tenir.

      • Lien Rag permalink*
        19 janvier 2010 12:43

        Tu marques un point pour la révolte, où c’est clairement le roi qui décide seul.

        Mais ce qui m’énerve c’est qu’on ne comprend rien aux motivations du roi, de Cromwell, de Brandon, etc. On a l’impression que c’est juste des lubies…

  5. Raniver permalink
    18 janvier 2010 21:44

    « Toute cette série est à l’image de la mention qu’elle mérite : passable. »
    Donc, tu me déconseilles de regarder cette série ? ^^

    • Lien Rag permalink*
      19 janvier 2010 08:28

      Si tu viens de te casser le pied en loupant un escalier et que tu as 5 semaines à rester chez toi, oui tu peux te permettre de la regarder, le temps que le téléchargement de trucs plus intéressant se finisse…
      Sinon… Faut voir… Je ne pense pas que la rater soit une grosse perte.

  6. Iwayado permalink
    19 janvier 2010 16:11

    Je suis tout à fait d’accord sur les motivations: on ne comprend rien (enfin, sauf que CB déteste Cromwell et du coup fera tout pour se venger de lui). J’avais pris ça pour un message: les chefs de l’époque sont impulsifs, superficiels et lunatiques :p

    • Syracuse Cat permalink
      19 janvier 2010 23:03

      Oui, enfin, il y a quand même tous les aspects religieux : c’était viscéral, à l’époque (ce qui naturellement n’empêchait pas tout ce petit monde de s’en donner à cœur joie), et la question du protestantisme a fait couler du sang dans toute l’Europe. La question d’aller en enfer, c’était très sérieux pour ces gens, ce qui explique en partie l’animosité des anglicans (qui sont en fait encore sacrément catho) contre Cromwell le luthérien.
      Après ils sont tous un peu barges, le pouvoir corrompt, la chair est faible et les neurones se touchent.

      Ah oui, en fait Anne de Clève n’était pas frigide, juste super moche. Quand il l’a vue arriver, c’est tout juste si Henri VIII s’est pas barré en courant. Mais apparemment, les actrices pas très belles, ça n’existe pas. C’est fou, ça.

      • Iwayado permalink
        20 janvier 2010 11:05

        Bah oui, l’atrice qui joue Anne de Clèves est quand même pas si mal que ça!!
        Ensuite là il y a aussi un côté « bébé gâté » de la part d’Henri VIII: à cette époque tu choisis une femme pour former une alliance, et ensuite pour aller voir tes maitresses! Bon c’est vrai qu’il veut un gosse et que ça implique de la toucher…

  7. Lib permalink
    19 janvier 2010 17:03

    J’ai le coffret de la première saison – je n’ai vu que le début, je ne sais pas trop si j’ai arrêté de la regarder par manque de temps ou de motivation, probablement un mix des deux… Pour ce que j’en ai vu, ça ne m’a pas déplu. J’attends de la finir pour déposer un jugement ferme et définitif 😉

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