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Gentleman Cambrioleur

13 janvier 2010

Dans la vie, il y a les livres sérieux. Les livres qu’il faut avoir lu, pour les cours ou pour briller dans les dîners mondains. Et puis il y a ces livres que l’on découvre au bord de la mer, sur les rayonnages poussiéreux de la maison de vacances familiale. Tâches de café, grains de sable coincés entre les pages qui se décollent, voire manquantes… Chez moi, ces livres-là, c’était soit des romans à l’eau de rose (Delly…), soit des polars. Parce que chez moi, on est très branchés polars. Surtout ceux du Masque et de la collection du Hibou. Ah, la collection du Hibou… J’étais fascinée par les pastilles rondes qui forment leurs yeux, et qui changent de couleur selon les titres. Ces livres-là sentaient bon le vieux bouquin, les longs après-midis (parfois pluvieux, c’était en Bretagne…) à dévorer leurs pages jaunies, les lectures de vacances… Maman déteste la police, On n’empoisonne pas les saints, Il n’aurait pas tué Patience… des titres qui restent accrochés à mes souvenirs, même si l’intrigue m’échappe parfois aujourd’hui. Et puis, il y avait les séries. Les Agatha Christie, presque toute la collection. Et les Baron, d’Anthony Morton. Que personne ne connaît, semble-t-il.

La scène est à Londres, dans les années 1930 – le premier roman est publié en 1937. Un jeune nanti britannique, John Mannering, vient de perdre sa fortune en jouant aux courses et en offrant des cadeaux extravagants à tout ce qui bat des cils en sa direction. Fauché comme les blés, il se lance dans une carrière tout à fait lucrative : il se fait gentleman-cambrioleur. Attiré par les pierres précieuses et bijoux en tout genre, délestant les rombières de leurs plus belles parures avec grâce et élégance. Parce que c’est un gentleman, il ne fait jamais de mal à personne. Jusqu’au jour où il croise le regard de la belle Lorna Fauntley – fauchant moult cailloux à son Lord de père au passage. À compter du jour où la jeune fille devient sa soupirante, il renonce à sa carrière de monte en l’air… et ne jouera les perceurs de coffre-fort que pour aider la royale police de sa royale majesté – à savoir, Scotland Yard, en la personne de l’honorable inspecteur-chef Bristow, toujours tiré à quatre épingles, un œillet à la boutonnière. Ajoutez un journaliste impudent, Daniel Chittering, un sergent balourd, des belles demoiselles en détresse, des méchants très vils et très retors, des bijoux somptueux… et vous obtiendrez une série policière au charme désuet, teintée d’un humour so british, qui continue de me ravir.

47 romans Le Baron ont été publiés en tout, par John Creasey, sous le pseudonyme Anthony Morton. 25 traduits en français. La traduction française est assurée par Claire Séguin, qui a fourni un travail remarquable. Je n’ai jamais eu la chance de tomber sur un quelconque exemplaire des aventures du Baron en anglais – Dieu sait que j’aimerais en trouver un ! – mais les traductions françaises sont excellentes. D’aucuns sont même allés jusqu’à dire que les versions françaises dépassaient en qualité les originaux… Cela reste à prouver, mais toujours est-il que mon intégrale, publiée dans la collection Intégrales du Masque (les vieilles éditions de La Chouette sont quelque part chez mes grands-parents – et l’intégrale n’est pas complète, il y a 3 tomes, 7 romans par tome, faites le calcul, en tout cas ça ne fait pas 25 !), reste un modèle pour moi.

Il y a eu une série télévisée britannique, aussi, que je n’ai pas vue, et je ne suis pas sûre de vouloir voir – John Mannering est tellement figé dans mon esprit que toute adaptation serait trahison. Le rôle principal est tenu par Steve Forrest (frère de Dana Andrews, ceux qui ont vu Laura ou Les plus belles années de notre vie sauront de qui je parle), qui présente bien sur les photos. Mais voilà, pour moi, John Mannering, c’est ça :

« Son compagnon se leva, un sourire éclatant sur son beau visage hâlé. Grand et mince, il était extrêmement sympathique malgré la régularité presque trop parfaite de ses traits. Très élégant dans son complet de flanelle grise, sa cravate assortie à ses yeux noisette, il dévisageait l’inspecteur amicalement, mais non sans ironie. »

Le Baron et le receleur, 1938

Quelques romans plus tard…

« Sur la toile, un homme d’une quarantaine d’années souriait, d’un sourire indolent et légèrement ironique. Son visage hâlé était d’une régularité parfaite, mais de minuscules rides le sauvaient de la banalité. Dans ses cheveux, on distinguait quelques reflets gris. Comme l’avait remarqué la jeune collégienne, il avait de beaux yeux noisette, auxquels le peintre avait su donner une curieuse expression de défi, à la fois insolente et amusée. »

Le Baron et le poignard, 1950

Le Baron a vieilli, mais le jeu, c’est de repérer le nombre de mots en double dans ces deux descriptions… Au moins, on pourra dire de Morton qu’il est constant ! Mais comment ne pas tomber amoureuse d’un tel tombeur ? John Mannering, c’est l’élégance et le flegme britanniques en un seul homme, la grâce masculine d’un gentleman né, mêlée à l’insolence d’un cambrioleur malin. C’est aussi le décor dans lequel il évolue : un Londres de légende, entre le West End et Fleet Street, poussant jusqu’à Whitechapel quand le Baron s’encanaille dans les quartiers mal famés, à la recherche de quelque coquin. Il roule en Aston Martin, il boit du whisky tandis que sa femme boit du sherry, il s’habille chez les tailleurs de Savile Row – sa femme, elle, se fournit chez Balenciaga, Dior et autres Hermès. C’est l’Angleterre telle que tout étranger se la représente, empreinte de traditions et de bonnes manières.

Si je devais utiliser un adjectif pour résumer tout cela, ce serait « délicieux », je pense. Cette série de romans policiers est délicieuse. Quand meurtre il y a, ils sont décrits avec une pudeur toute réservée. Mannering et sa femme se vouvoient en public, réservant le tutoiement à l’intimité du couple en tête à tête. Les hommes portent des chapeaux, les femmes des gants. Pas de serial killer, de psychopathe ou de tueur d’enfant. Ce n’est pas que je n’aime pas ce genre de polars – je les dévore également. Mais les aventures romanesques du Baron sont rafraîchissantes, et je ne m’en lasse pas.

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2 commentaires leave one →
  1. Zakari Anas permalink
    18 février 2012 11:16

    Salut
    J’aime bien ce que vous avez écrit sur le Baron, personnage qui me fascine depuis longtemps par ses aventures extraordinaires, j’adore aussi les aventures du Saint Simon Templar de l’écrivain Leslie Charteris et je cherche depuis pas mal de temps quelques titres, ils sont devenus rares de nos jours, dommage!!

  2. Zakari Anas permalink
    25 février 2012 13:12

    Salut,

    Je suis moi même un grand admirateur de tout ce qui est gentleman cambrioleur, je connais Arsène Lupin de Maurice Leblanc, le Saint de Leslie Charteris et le Baron d’Anthony Morton
    je cours toujours à la recherche de ces romans dans les bibliothèques et quand je trouve par hasard quelques uns je ne peux vous décrire exactement la joie que je ressens, c’est vraiment fantastique
    J’aime bien les parties des livres où le gentleman cambrioleur se met à discuter d’une manière ironique avec le représentant de la loi, ce dernier est toujours proche de l’aventurier et espère pouvoir l’attraper un jour et se venger de lui pour la police du monde entier, mais comment ? hélas notre héros est très malin et il arrive toujours à sortir sain et sauf et en héros des pièges montés par ses ennemies méchants ou policiers.
    J’aime bien ce que vous avez écrit et j’aimerai bien que vous écrivez encore plus parce que j’ai trouvé du plaisir en lisant tout ça, je l’avoue
    Bon courage alors

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